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L'an
dernier, dans cette rubrique, nous avons parlé de
l'ancêtre du conseil municipal de Pers qui, sous
l'ancien régime, se réunissait chez un
conseiller, au presbytère ou encore devant la grange
du château. Pendant la période
révolutionnaire, le presbytère devint une
"maison commune" où se réunissait le conseil
municipal. Hélas, cette première mairie fut
détruite par un incendie avant d'être
rétrocédée au curé de
Pers.
Pendant tout le premier empire (1804-1814) et sous la restauration sarde (1814-1860) il n'y eut pas de "maison communale". Au début, les conseillers se réunissaient au presbytère, dans la "salle consulaire" mais, à la suite d'un différend avec le curé de Pers, ils furent priés d'aller délibérer ailleurs. Les réunions du conseil furent alors hébergées dans une salle du château de Pers, propriété des "Dompmartin du château", mais le syndic (sous le régime sarde, le maire s'appelait un syndic) et les conseillers se plaignaient de l'indiscrétion des domestiques et l'incommodité des lieux. C'est pourquoi, avant même l'annexion, dès 1852, le conseil communal avait émis l'idée de construire une "maison commune". En 1854, Jacques Dompmartin, du château, propose un terrain lui appartenant, situé "entre sa demeure, la route, le cimetière1 et le chemin des morts". Claude Décarroux l'imite bientôt et offre un verger situé près de l'église. Mais ces projets ne parurent pas raisonnables à cause des lourdes dépenses engagées pour la construction de la nouvelle église achevée en 1854 (voir bulletin municipal de 1996).
On
évoque à nouveau le projet en 1856 avec
l'idée d'utiliser les matériaux
récupérés lors de la destruction de
l'ancienne mais les fonds manquent cruellement.
En 1857, le conseil réaffirme la "nécessité pour la commune d'avoir une maison communale". Il demande à l'Intendant2 de la province de Faucigny de déléguer l'entrepreneur Antonioz, qui a construit l'église, pour dresser des plans et présenter un devis. "La maison à construire devra être composée d'une salle pour l'école des garçons, d'une salle pour l'école des filles, d'une salle consulaire et des archives, de logements pour les régents et régentes et de pièces nécessaires à contenir leurs provisions de ménage". La commune peut y consacrer la somme de 9.000 Francs, elle s'offre à prendre en charge la fourniture et le transport des pierres de construction. L'entrepreneur prendra en déduction le produit de la vente des matériaux de démolition de l'ancienne église. Ce projet ne débouche sur rien. En 1858, le Conseil communal délibère sur l'emplacement de la maison communale en projet. Il se décide à l'unanimité pour un verger situé au chef-lieu et appartenant aux consorts Décarroux d'Eteaux. Mais on en reste là. Dès l'annexion, en 1860, on reparle sérieusement de la construction d'une maison commune à la fois mairie et école. En 1861, le maire, Jean Chevalier, et son conseil municipal s'attaquent au problème et sollicitent, comme il se doit, l'avis du sous-préfet de Saint-Julien. Pour "dresser les plans et devis des construction", ce dernier propose les services de M. Pompée, César de son prénom (ça ne s'invente pas !), architecte "renommé". C'est lui qui a déjà réalisé les travaux de la nouvelle église . La commune trouve ses honoraires trop élevés et demande au sous-préfet "l'autorisation de traiter de gré à gré avec les propriétaires des fonds sur lesquels on se propose d'asseoir le bâtiment de la mairie et de l'école". Mais le sous-préfet refuse et le conseil finit par accepter la désignation de M. Pompée.
Reste
à trouver un emplacement car on semble avoir
renoncé au verger Décarroux. La
majorité du conseil propose un terrain appartenant
aux nommés Roquet François et Dubouloz Marie,
situés près du cimetière. Ces
propriétaires sont invités à faire
connaître le prix qu'ils demandent de leur terrain.
Roquet demande 3000 F et, après négociation,
on se met d'accord sur la somme de 2250 F pour un verger
d'une superficie de 12 ares sur lequel a été
commencée la construction d' une maison dont les murs
sont déjà à la hauteur de 2
mètres. Quant au nommé Dubouloz, il demande un
prix si exagéré que le conseil n'a pu tomber
d'accord avec lui.
Des contestations s'élèvent contre le choix de cet emplacement et, en août 1861, le conseil est incité à se prononcer de nouveau. Il demande au sous-préfet l'envoi d'un expert. Ce sera M. Amoudruz qui dresse un mémoire et demande 62 F pour ses honoraires. Le conseil conteste la qualité du travail et demande que le coût de ce mémoire soit ramené à 40 F. Avant même que le terrain ait été choisi, le 22 octobre 1861, l'architecte César Pompée propose des plans et devis. Le coût total des travaux est estimé à 25.831,74 Francs dont le financement se décompose ainsi :
La différence entre 31000 F et 25.831,74 F a été prévue pour effectuer d'autres travaux, en particulier à l'église et au presbytère.
Le
Préfet approuve le projet mais n'accorde que 5.000 F
de subvention. La commune doit donc trouver 5.000 F de plus
que prévu. Elle sollicite à nouveau le
préfet pour un "complément des secours" de
1.000 à 1.500 F
Mais le problème du terrain n'est toujours pas résolu. Après quelques tergiversations le conseil jette son dévolu sur sur une parcelle appartenant à la veuve d'Eusèbe Maréchal qui l'avait acquise autrefois de Me Duffour, avocat à Bonneville. Le conseil se transporte sur place et détermine un rectangle ayant du côté de la route une longueur de 42 mètres sur une largeur de 34,15 m d'où une surface totale de 14 a 34 ca, soit un demi-journal, pour un prix total de 1000F (5F la toise). Le tout sera clos d'un mur ou d'une palissade comme le jugera le conseil. Pour la construction, on eut recours aux services d'Eugène Dénoyer, originaire de Samoëns mais habitant Pers-Jussy. C'est lui qui avait déjà bâti la nouvelle église. En étudiant le projet de l'architecte Pompée, le maire et les conseillers constatent que certains travaux n'ont pas été prévus. Ainsi, les caves risquent l'inondation et "les murs de la maison courent le danger d'être minés par leur base". Il conviendrait de drainer l'eau par la construction d'un "canal" nécessitant d'enlever 100 mètres cubes de terre sur une longueur d'une soixantaine de mètres et une profondeur de trois mètres. Le coût de l'opération est évalué à 700 F. Il faudrait également prévoir un puits ou une fontaine avec deux pompes pour les instituteurs et institutrices ainsi qu'un mur pour séparer les cours de l'école. Quant à l'escalier qui conduit au premier étage, "il importerait de le faire en pierres et non en bois". Il faudra encore pourvoir chaque salle de classe "en bancs, estrade, tableau de lecture du système métrique, cartes de géographie, etc.." Pour la mairie, on devra acheter un fourneau pour la pièce du secrétaire ainsi qu'une table pupitre et 16 chaises pour la salle de délibération. Les ressources de la commune suffiront-elles à couvrir toutes ces dépenses ? Le 29 mai 1863, le maire, Jean Chevallier, accompagné de l'architecte, invite le conseil municipal à venir prendre possession de la nouvelle maison communale.
Les
problèmes ne sont pas terminés. Ils
s'accumuleront à propos du mobilier, des
cheminées qui ne fonctionnent pas, etc... Mais ceci
est une autre histoire.
Le bâtiment construite en 1853 avait pratiquement la même surface au sol que l'actuel. Il y avait un étage au-dessus de la partie centrale mais les ailes étaient constituées par le seul rez-de-chaussée, comme le montre la photographie ci-contre. Depuis 1853, on a considérablement agrandi les locaux et les terrains municipaux à l'entours. Ceci mériterait un autre article. Signalons simplement qu'en 1904 on a fait des transfor-mations et ajouté un étage sur les ailes, d'où la date qui figure au-dessus de la porte d'entrée : 1904. La véritable date de construction est 1853. |
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Article rédigé par les Amis de Pers-Jussy, à l'aide des archives de Frère Maurice Rosset et des comptes rendus des délibérations du Conseil Municipal. |