LA RÉNOVATION DE L'ÉGLISE

L'ÉGLISE DE PERS-JUSSY AVANT RÉNOVATION

Article publié en 2004 dans la revue municipale de Pers-Jussy

Sur l'église de Pers-Jussy figure une date : 1854. C'est celle du début des travaux de construction. Nous sommes en 2004, l'église a donc 150 ans. Est-ce pour cet anniversaire que la commune a entrepris d'importants travaux de rénovation, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ?
Nous nous proposons de survoler ce siècle et demi d'existence. Nous avons déjà eu l'occasion d'aborder l'histoire de notre église dans le bulletin municipal de 1996. Dans le présent article, nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons écrit à l'époque afin de développer d'autres aspects.

Avant 1854, il y avait une autre église à Pers-Jussy, située au centre du terre-plein où se trouvent aujourd'hui les terrains de tennis. Mais, dès 1845, l'administration communale envisage de l'agrandir ou d'en construire une nouvelle. Elle sollicite donc du roi de Sardaigne l'autorisation d'aliéner plusieurs parcelles de terrains communaux pour financer l'opération. Dans une lettre en italien, à l'entête de "Il Re di Sardegna, di Cipro e di Gesrusalemme", adressée à l'Intendant du Faucigny, un fonctionnaire royal donne l'accord du gouvernement sarde.Mais il faut attendre 1853 pour voir bouger les choses : le syndic (c'est ainsi qu'on désignait le maire sous le régime sarde) de l'époque propose au Conseil communal une construction nouvelle selon un plan dressé par M. Monnet . Malgré une forte opposition mais avec l'appui du Révérend Chevallay, curé de la paroisse, qui offre une somme de 4.000 Livres, le conseil accepte le projet de M. Monnet en tenant compte de quelques modifications proposées par M. Impérator, ingénieur de la province.

Un avis d'adjudication est publié les 15 et 16 mai 1853 : le public est prévenu que le mardi 24 mai suivant, il sera procédé, à Bonneville, au Bureau de l'Intendance, à l'adjudication par la voie des enchères publique "à l'extinction de la bougie vierge", des travaux pour la reconstruction de l'église paroissiale de la commune de Pers-Jussy. En juillet, on prévoit de lancer un emprunt auprès de "la Bourse des mains-mortes ou de toutes autres". En septembre, le conseil accepte les frères Gallay de Samoëns "pour caution de M. Anthonioz, entrepreneur de l'église de Pers-Jussy".
Tout semble prêt, mais... on n'a pas de terrain ! Après de multiples tergiversations narrées dans l'article de 1996, le curé Chevallay propose l'achat d'un verger qui jouxte la ferme du "château Dompmartin" et appartient à deux habitants de La Roche. Les opposants, emmenés par le baron de Cevins, veulent un autre emplacement, mais ils sont déboutés.
C'est alors que les difficultés commencent : le terrain acheté est instable et il faut envisager des fondations beaucoup plus onéreuses que celles prévues par l'entrepreneur Anthonioz, surtout sous le clocher. L'Intendant de la province de Faucigny se rend sur place et, sur les conseils de l'Ingénieur de la Province, propose de réduire la longueur de l'édifice et de diminuer la hauteur de la nef et celle du clocher d'environ un mètre. Ces modifications permettraient une économie de cinq à six mille Livres. Au conseil communal, le projet de l'Intendant est adopté par huit voix contre sept.
À partir de ce jour, les choses vont vite. Le conseil désigne un "assistant de travaux", Joseph Marie Barbier, garde champêtre de la commune. Il sera chargé "de cuber la quantité de pierres et de sable transportées", de "tenir note des journées faites" par les personnes chargées du transport, "de faire tout ce qui sera commandé en sa qualité par le syndic et de rendre compte des opérations au Conseil toutes les fois qu'il le jugera à propos", moyennant la somme de 70 Livres par mois. "Il sera tenu de se rendre sur le lieu des travaux avant le lever du soleil et ne devra terminer sa journée qu'à la nuit, sous la déduction des parties de la journée qu'il n'aurait pu travailler".
Il désigne également un valet de commune : Pierre Grange, "pédon" de la commune, qui sera "tenu de porter les ordres et distribuer les billets de corvées qui lui seront donnés par le syndic ou son représentant".
On cherche aussi des carrières pour extraire les pierres nécessaires à la construction. L'exploitation d'une carrière de "grès molasse" au hameau de Navilly, au lieu dit les Biolettes, est attribuée après enchères à François Duboin. Quant aux pierres calcaires nécessaires à l'édification des piliers et des arceaux, elles proviendraient, selon une tradition orale, d'un gros rocher de la plaine des rocailles appelé depuis - du moins ce qu'il en reste - la "Pierre à l'église". On répartit les corvées entre les contribuables de la commune pour réaliser le transport des matériaux : la journée d'un chariot tiré par deux bÏufs est payée huit Livres, celle d'un chariot tiré par un seul cheval, six Livres. Les journées de manÏuvres sont payées deux Livres.

Pour ce qui est de la construction proprement dite, on aurait fait appel à des maçons et tailleurs de pierre venus de Samoëns. Les travaux avancent, mais on manque d'argent : en novembre 1854, il faut vendre des terrains communaux et lancer un nouvel emprunt de 1.200 Livres. La réception des travaux a lieu le 8 août 1856. Il reste encore 5.564,70 Livres à payer.

Le nouvel édifice religieux appartient au style appelé néoclassique sarde. Néoclassique, pace que ce style, fortement inspiré par l'architecture romaine, marquait une réaction contre le baroque de l'époque précédente. Sarde, parce que l'inspiration venait de Turin avec l'objectif de magnifier la toute puissance divine et royale à travers des monuments majestueux et écrasants. Ce style eut son heure de gloire pendant la période qui va de la restauration du royaume de Sardaigne jusqu'à l'annexion, c'est-à-dire de 1815 à 1860. On le retrouve, avec quelques petites variantes, dans la plupart des édifices construits en Savoie à cette époque : églises, mairies, etcÉ En 35 ans, 85 églises de ce style ont été construites dans l'ancien Duché de Savoie. La façade de notre église est caractéristique de ce style avec trois parties en hauteur et en largeur. En hauteur, elles sont séparées par des corniches ; la dernière partie en fronton triangulaire porte une croix et surmonte une fenêtre en demi-cercle. En largeur, elles sont limitées par des pilastres : les deux parties extérieures correspondent aux bas-côtés et offrent chacune une niche qui abrite une statue : St Joseph à gauche et St François de Sales à droite.
Le clocher, de section carrée, est édifié sur la gauche du bâtiment, près du chÏur. Il abrite trois cloches, fondues en 1842 et provenant de l'ancienne église mais la plus grosse - 1.069 kg - a dû être refondue en 1946 par entreprise Paccard d'Annecy-le-Vieux. Il a été modifié en 1956 avec le remplacement du toit ancien, assez écrasé, par une flèche plus aiguë. De ce fait, le coq a été surélevé de quatre mètres. On dit que lorsque ce dernier regarde vers Annemasse c'est signe de beau temps.

À l'intérieur (37.76 m de long sur 19,56 m de large), on compte trois travées ; le projet initial en prévoyait quatre, mais on en a "rogné" une par souci d'économie. La nef centrale est plus haute que les bas-côtés. À l'intersection du transept, on trouve une coupole de 4,35 m de diamètre dont le centre culmine à 17,30 m alors que la hauteur de la nef est de 12,95 m. Dans le chÏur, se trouve le maître-autel en bois doré, datant de 1859-60. C'est l'Ïuvre d'un sculpteur d'Albertville, Pierre Delponty. Près de la porte du clocher, un grand tableau est une copie d'un Raphaël du Vatican.

L'intérieur a été aménagé progressivement après la consécration du bâtiment. Il a fallu trouver de l'argent pour les bancs (ce qui a fait l'objet d'une polémique), les stalles, la table de communion, les vitraux, le dallage en béton, les tribunes. Au XXème siècle, diverses modifications ont été apportées à l'intérieur. En 1948, à l'initiative du curé Bouvard, une petite chapelle a été aménagée au fond de l'église, à gauche sous les tribunes. Là se trouvent les fonts baptismaux et une petite statue de Notre Dame de Grâces, probablement du Moyen Âge, statue en noyer d'une vierge assise portant dans sa main droite une pomme, symbole du péché originel, et tenant dans sa main gauche, son fils, le Christ, symbole de la Grâce. En 1954, pour le centenaire, l'intérieur de l'église a été repeint et on a ajouté un bandeau rouge cramoisi qui fait le tour de l'édifice à la hauteur du sommet des piliers.

L'acquisition récente d'une bande de terrain le long du côté droit, a permis de dégager la construction.

À la fin de cet article, nos lecteurs se posent peut-être deux questions : "Combien coûte la restauration actuelle ? " et "Pourquoi est-ce la commune de Pers-Jussy qui paye ?". La réponse à la première se trouve dans les comptes rendus des délibérations de Conseil Municipal. En ce qui concerne la seconde, la réponse est claire : l'église est propriété communale. Comme tous les lieux de culte construits avant 1905, elle a été "municipalisée" par la loi de séparation de l'Église et de l'État. On peut noter qu'en 1905, la grande majorité des Catholiques étaient opposés à cette loi ; aujourd'hui, ils s'en félicitent car, sans elle, les paroisses n'auraient pas assez de ressources pour entretenir leurs églises.

Article rédigé par les "Amis de Pers-Jussy
à partir d'archives municipales.

 

UNE ÉGLISE REMISE À NEUF

Article paru dans le bulletin n° 32


L’église de Pers-Jussy a été désaffectée pendant près d’un an, le temps de subir une opération de rajeunissement très spectaculaire. Depuis le début du mois de mai, elle a été enfin rouverte au culte et les Pers-jussiens  ont pu apprécier le travail accompli sur ce monument qui, rappelons-le, est leur propriété commune, qu’ils soient catholiques ou non.
Extérieurement, les murs ont été décapés jusqu’à la pierre pour être recrépis avec un enduit jaune ocré qui sied fort bien au style néoclassique sarde de l’édifice (voir ci-dessus).


Des murs extérieurs grattés et recrépis
Des statues extérieures restaurées
Une zinguerie totalement rénovée

Sur la façade, les statues extérieures ont été restaurées : Saint-Pierre et St-François de Sales ont retrouvé leurs mains !  Quant au mur sud du transept, on a rompu sa froide austérité à l’aide d’un bandeau horizontal en pierre grise, légèrement saillant. La toiture du bâtiment et la flèche  du clocher ont subi une simple visite de contrôle avec toutefois une rénovation totale de la zinguerie et la pose d’un paratonnerre. 

Un sas d’entrée vitré
Des murs intérieurs repeints
Les trois autels restaurés

Après avoir franchi la grande porte d’accès à l’église, on entre maintenant dans  un sas vitré où a été fixée la plaque commémorative des paroissiens morts pour la France.  De là, on peut voir l’intérieur de la nef quand l’église est fermée au public. Les murs ont été entièrement repeints avec des enduits jaune pâle, bleu pastel ou gris tendre. Une frise très élégante ceinture la nef et le chœur à hauteur des chapiteaux des piliers. Les trois autels et le retable du maître-autel ont été restaurés et dorés avec une petite touche de néo-baroque. Des tableaux modernes très sobres marquent les stations du chemin de croix.

Les boiseries, la chaire, les statues,

les tableaux et les crucifix déposés et rénovés

Les stalles et autres boiseries ont été déposées, restaurées et remises en place. La chaire a subi le même sort mais déplacée afin de mieux dégager la perspective. Les statues et les tableaux ont tous été rénovés. Rappelons que l’un de ces derniers est une copie d’un Raphaël exposé au Vatican. Les deux crucifix - qui sont considérés comme des œuvres d’art - ont eux aussi été restaurés. Le plus petit a été placé à l’entrée du chœur sur la droite, le second sur la tribune. Signalons au passage que le premier provient de l’ancienne église de Jussy, détruite peu après la fusion entre Pers et Jussy (voir à ce propos notre bulletin n° 21 ou notre site internet). Avant d’en terminer avec le gros œuvre et la décoration intérieure, il convient de signaler une  nouveauté : la pose d’un vitrail sur la gauche du sas d’entrée, côté chapelle de Notre-Dame de Grâce.

Une chaufferie refaite,
Des bancs nouveaux,
Une sonorisation et un éclairage refaits à neuf

Pour le confort des paroissiens (et des simples spectateurs lorsque l’église est utilisée pour des manifestations musicales), diverses mesures ont été prises. La chaufferie a été refaite entièrement en ménageant une issue de sécurité pour le local technique. Les bancs ont été changés, la sonorisation et l’éclairage ont été refaits à neuf : les spots lumineux ont été disposés de manière à mettre en valeur la voûte, la coupole et les piliers.
Concluons par une remarque un peu “cocardière” : auparavant le clocher de notre église se voyait de partout dans la basse vallée de l’Arve, maintenant il se remarque.

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