EN 1858, LES PERS-JUSSIENS SONT RECENSÉS
POUR LA DERNIÈRE FOIS SOUS LE RÉGIME SARDE

Article publié en 2008 dans la revue municipale de Pers-Jussy

Il y a exactement 150 ans, en 1858, l’administration sarde mettait en chantier un recensement de la population. C’est en fait un dénombrement nominatif réalisé commune par commune et celui de Pers-Jussy nous offre une intéressante “photographie” de la population à la veille de l’annexion.

Contenu du recensement :
Les habitants sont recensés hameau par hameau et famille par famille. Pour chacun d’eux, les formulaires consciencieusement remplis fournissent les renseignements suivants : Nom, Prénom, Situation dans la famille, État civil, Sexe, Âge, Commune de naissance, Commune d’habitation, Profession, Religion (tous catholiques comme il se doit à cette époque), Niveau d’instruction ("sait lire" ou "sait lire et écrire"). Dans une colonne, le recenseur a parfois indiqué au crayon - confidentiellement peut-être - le surnom de la personne en question. Dans la même colonne, et toujours au crayon, il a parfois inscrit “absent”, ce qui justifie la colonne “lieu d’habitation” : on a donc recensé aussi les Pers-Jussiens qui avaient quitté temporairement ou définitivement la commune.
Population :
L’effectif total des recensés est de 2001 habitants mais, si on fait abstraction des absents, il retombe à 1773 répartis dans 354 logements, soit un taux moyen de 5 habitants par logement.
Le tableau ci-joint montre la répartition, hameau par hameau, de la population réellement présente..
Les 354 chefs (de famille) ne sont pas tous des hommes puisque 67 femmes assurent cette fonction (43 veuves, 3 épouses qui suppléent leurs maris absents, 21 célibataires dont deux qui suppléent leurs parents dans ce rôle).
Professions des chefs de famille :
86% des "chefs" sont cultivateurs ou cultivatrices, mais on manque d’éléments pour déterminer la taille de leur exploitation même si certains sont qualifiés de “propriétaires cultivateurs” ou “d’agriculteurs” ou de  “laboureurs”. Le seul indice de prospérité est la présence d’un ou plusieurs domestiques : 46 cultivateurs, répartis dans pratiquement tous les hameaux, ont de un à quatre domestiques. Les "chefs" journaliers et domestiques, qui vont travailler “chez les autres”, sont minoritaires (4 %) mais, en fait, nombre de petits exploitants sont sans doute également contraints d’aller “faire des journées” chez les gros producteurs.
Ces chiffres montrent que les autres professions sont peu représentées : cinq tisserands, autant de meuniers (dont deux sont également agriculteurs), quatre tisserands, trois maçons, deux charpentiers, deux maréchaux-ferrants, deux propriétaires vivant sans doute des revenus de leurs biens, un menuisier, un tailleur, une “tailleuse”, une marchande ambulante, un curé et un... mendiant ! Signalons aussi que treize “chefs” veuves sont dites “ménagères” mais ces femmes ont généralement des enfants en âge de subvenir aux besoins de la famille et sans doute mériteraient-elles la qualité de cultivatrices.
Professions des autres membres de la famille :
Nous n’avons pris en considération que les personnes âgées de 14 ans et plus (des enfants d’un an sont qualifiés d’agriculteurs dans ce recensement). L’immense majorité est constituée de cultivateurs des deux sexes, employés dans leur famille ou à titre de domestiques dans d’autres familles. On compte quelques “ménagères”, généralement des épouses, des filles ou des sœurs de cultivateurs, quelques journaliers, quatre tailleurs ou tailleuses, trois tisserands ou tisserandes, quatre meuniers, deux ouvriers, deux vicaires dont l’un est également “régent” (maître d’école).
Quelques cas particuliers :
Cinq personnes sont qualifiées de “pensionnaires”. L’une est un homme de 60 ans originaire Genève, dont nous ne savons rien. Les quatre autres sont de jeunes enfants : une fillette de deux ans, native d’Amancy, est une parente de la famille d’accueil, les trois autres viennent de Genève ou de Chêne, deux (9 et 19 mois) dans la même famille de Chevrier, le troisième est un nourrisson de trois mois placé dans une famille d’Ornex.
On peut également signaler que, dans une colonne, on a recensé les infirmes (sans doute pas tous) : deux muets et un aveugle.
Le niveau d’instruction de la population présente :
Au début du XIXe siècle, l’enseignement (ni obligatoire, ni gratuit, ni laïque) était sans doute dispensé dans des locaux paroissiaux à proximité de l’église par le “vicaire-régent” car aucun instituteur n'est recensé. La situation va vite changer car, en 1861, on recensera deux institutrices enseignant dans une école située aux Verdel.
Le tableau ci-joint, qui ne prend en compte que les personnes de 9 ans et plus, montre que le niveau d’instruction n’est pas très brillant : les personnes les plus instruites sont celles qui ont été en âge d’apprendre au début de la restauration sarde (en gros 1814-1838), pourquoi ? Une analyse plus fine, hameau par hameau, montre que le niveau d’instruction n’est pas totalement lié à la proximité de l’école : les deux hameaux qui comptent le plus de “sachant lire” sont certes le Chef-lieu (associé aux Verdel et au Beule) mais aussi les Pittet (61%). Si on prend en compte l’écriture, c’est Marny qui arrive largement en tête (41%). Les “derniers de la classe” sont Navilly, Chevrange et les Roguet pour la lecture (23 et 24%), Épineuse pour l’écriture (6%).
Les absents :
On en compte 228 (111 de sexe féminin, 117 de sexe masculin), plutôt jeunes (72% ont moins de 30 ans), majoritairement célibataires. Certains sont des absents temporaires puisqu’on les retrouve au sein de leur famille dans le premier recensement français (1861), mais la majorité ont émigré pour longtemps sinon pour toujours.
En général, ils ne sont pas partis très loin de Pers-Jussy : l’immense majorité se retrouve dans un rayon de 30 Km autour de leur commune d'origine. Quelques rares “aventuriers” se retrouvent à Paris, Lyon ou Marseille voire beaucoup plus loin, tel Jean-Pierre Perréard, missionnaire aux Indes d'où il ne reviendra jamais.
Quels métiers exercent-ils ? Près de la moitié sont domestiques (valets de fermes à la campagne, employés de maison à la ville, surtout à Genève). Les cultivateurs sont également bien représentés : s’agit-il de fermiers qui louent à bail - généralement pour neuf ans - une exploitation agricole, ou bien de personnes travaillant pour le compte de gros expoitants ? Le reliquat est constitué d’artisans (un graveur à Genève, un cocher à Paris, etc...), de fonctionnaires (deux préposés des douanes), de religieux (un prêtres, un moine et une bonne sœur). On dénombre également six militaires tous cantonnés à Turin : le service militaire touche peu de monde, mais il est très long (de l'ordre de 7 ans). N’oublions pas les détenus : eh ! oui ! Il y a quatre Pers-jussiens en prison : trois femmes et un homme !
La place nous manque pour exploiter totalement ce document, le recouper avec d’autres, analyser la structure des familles, faire des statistiques sur les patronymes et les prénoms, dans le style de ce qui avait réalisé fait à propos du recensement de 1896 (bulletin municipal de 1997). Nous restons à la disposition de toute personne qui désirerait obtenir des informations complémentaires.    



Répartition de la population
 par hameaux









Niveau d'instruction

de la population

Télécharger le RECENSEMENT NOMINATIF  
(annexe absente du bulletinmunicipal)
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