QUAND LES PERS-JUSSIENS ÉMIGRAIENT EN FRANCHE-COMTÉ

Article publié en 1994 dans la revue municipale de Pers-Jussy

Pendant la guerre de dix ans (1635-1644), la Franche-Comté, alors possession espagnole, fut mise à feu et à sang par les belligérants. Fuyant les massacres, la famine et une terrible épidémie de peste, des flots de réfugiés furent accueillis dans les pays neutres les plus proches, c'est à dire la Confédération suisse et le Duché de Savoie.
La lecture des registres paroissiaux de l'époque montre la présence d'au moins un de ces immigrés comtois dans notre commune, il s'agit de Jean RAVONEL qui épouse une fille du pays d'accueil, Estiennaz CALLIGE, le 8 juillet 1649 en l'église de Pers. Plusieurs enfants du couple naîtront à Pers mais n'y feront, semble-t-il, pas souche.

La paix revenue, les réfugiés retournèrent au pays. Ils y trouvèrent une Franche-Comté exsangue qui avait perdu plus de la moitié de ses habitants. Se souvenant du bon accueil des Savoyards ils firent savoir à leurs anciens hôtes qu'il y avait chez eux de la terre et du travail à de bonnes conditions. L'offre était alléchante et des milliers de savoyards quittèrent leur pays natal pour cette nouvelle "terre promise". A l'époque, c'était une aventure et il n'y avait pas de possibilité immédiate de retour car les autorités ducales avaient interdit l'émigration : le risque eût été grand de revenir au pays.
Pour savoir si des Pers-jussiens ont été tentés par "l'aventure comtoise", il faut dépouiller les archives notariales savoyardes de la fin du XVII° siècle et même du début du XVIII° à la recherche des actes de vente par lesquels les émigrés ou leurs descendants cédaient leurs parts d'héritages à leur parentèle restée au pays. On retrouve ainsi la trace de Claude et François CHAMBET, Pierre, Barthélémy et Nicolas CONSTANTIN, Jean et Claudine DARD, François et Amédée DOMPMARTIN, Nicolas GARS, Pernette GAY-BOUVIER, Jean-Louis GIGNOUX, Victoire GRANGE, Claude, Jean et Marie MIEUSSET, Pierre MONTANT, Gervais MUGNIER, Balthazarde NAVILLE, Jean-François PÉGUET, Jean et Maurice ROCH-BÉRARD, Claude ROGUET, Hugues VAUTIER, Jean VERDAN, tous de Pers ou de Jussy. On pourrait évoquer aussi le Révérend Jean-François DOMPMARTIN, originaire de Pers, qui était curé de Mouthe (Doubs) en 1660. La liste est sans doute incomplète et on est en droit d'affirmer que les départs de Pers-jussiens vers la Franche-Comté ont été nombreux.

Où sont-ils allés ? L'examen des actes notariés ne permet pas toujours de répondre avec précision à cette question mais il semble qu'ils aient essaimé dans toute la Franche-Comté avec une certaine préférence pour les environs de Besançon, Lons-le Saunier et Gray.
Ont-ils fait souche là-bas ? Pour le savoir, on peut "s'amuser" à chercher leurs patronymes sur minitel dans les départements comtois (Haute-Saône, Doubs et Jura). La plupart sont représentés. Ceux qui les portent aujourd'hui sont-ils les descendants de "nos" émigrés ? Il faudrait faire des recherches généalogiques pour s'en assurer.

Ne pourrait-on pas envisager un jumelage entre Pers-Jussy et une de ces communes franc-comtoises qui ont accueilli des émigrés pers-jussiens il y a plus de trois cents ans ?

A.D.

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