LES CHÂTEAUX FORTS DE PERS-JUSSY

Article publié en 1995 dans la revue municipale de Pers-Jussy

Du seul château fort entièrement situé sur la commune de Pers-Jussy, le Châtelard du Foug, il ne reste pratiquement rien : quelques vestiges de soubassements de murailles qui disparaissent sous les ronces et les buissons sur la colline du Châtelard, près de la Charmille. Son nom viendrait de "l'Eau de Fouz", terme par lequel on désignait le Foron qui coule en contrebas. On pense qu'il a été construit à la fin du XIIè siècle ou au début du XIIIè, il est donc approximativement contemporain de la tour de La Roche. Son rôle était de surveiller "le grand chemin de Reignier à La Roche". Il appartint successivement à plusieurs familles seigneuriales dont l'histoire est assez complexe mais toutes étaient vassales des comtes de Genève : historiquement, la seigneurie dépendant de ce château faisait donc partie du Genevois.

Le bâtiment avait la forme d'un polygone irrégulier, tout en longueur, qui s'étirait sur environ 80 m à la crête de la colline . "Par une première porte on entrait dans une cour basse et de là, par un long couloir entre deux murs, on montait à l'enclos supérieur du château. Une seconde porte donnait accès à la cour supérieure du Châtelard, défendue [É] par une tour carrée de 7,3 m à 7,5 m de côté" (T) dont les murs avaient plus d'un mètre d'épaisseur. "Les logements étaient appuyés contre l'enceinte au nord et au couchant [É] une tour carrée légèrement en saillie, occupait l'angle septentrional des logis, probablement le donjon".

Dès la fin du XVIè il était déjà en ruines, celles-ci demeurèrent imposantes jusqu'à une période assez récente mais les pierres furent peu à peu enlevées pour faire des constructions dans les environs immédiats. Les batisses anciennes de la Charmille ont été en grande partie édifiées à l'aide de ces matériaux.

Aux confins des communes de Pers-Jussy et de Cornier, se trouve un autre château très ancien, une véritable forteresse, qui eut son heure de gloire : le châtelet du Crédoz. Il se composait de trois parties : une tour carrée, un logis rectangulaire et un donjon. Les deux premières furent bâties, vraisemblablement au début du XIIIè siècle, sur le territoire de la paroisse de Cornier et il n'en reste presque rien aujourd'hui. Le donjon, autrement dit la tour actuelle, fut construit plus tardivement, vers 1260 semble-t-il, sur le territoire de la paroisse de Pers ; il mesurait "environ 14 m de haut sur 7,68 m de diamètre, avec des murs épais de 2,80 m". On accédait à ce donjon par une porte située à six mètres de hauteur, reliée au logis par une galerie en bois. "La partie inférieure, accessible seulement par une trappe, était voûtée et servait de cave ou de citerne".

L'ensemble formé par les trois bâtiments était entouré d'une courtine, autrement dit une muraille, qui ménageait un espace avec une cour et des bâtiments légers pour loger la garnison ou entreposer le matériel. Vers l'est, une tour ronde renforçait la courtine.

A l'extérieur du château se trouvait un petit bourg enfermé dans une enceinte décagonale dont il reste encore quelques vestiges. Elle était munie de deux portes : une dirigée vers Reignier, l'autre vers La Roche. Des fossés alimentés par le ruisseau cernaient le tout.

Crédoz est une déformation de Crest (= crêt) d'ost. Ost, mot bien connu des cruciverbistes, désignait l'armée à l'époque féodale. Le château du Crest d'ost était le lieu où on faisait la levée des troupes. Il est d'ailleurs cité pour la première fois dans un acte de 1225 qui se rapporte à un conflit de voisinage entre le Genevois et le Faucigny. En effet, à la différence du châtelard du Foug, le châtelet du Crédoz appartenait aux sires de Faucigny. Il faut se souvenir que la frontière entre Faucigny et Genevois passait à travers la paroisse de Pers. Au Moyen-âge on se battait souvent entre les deux provinces et le châtelet du Crédoz était aux premières loges, tout comme celui du Châtelard mais dans le camp adverse. Que de fois le petit peuple de Pers, de Jussy, de Cornier, de Reignier, etcÉ a dû maudire ces jeux guerriers ! Heureusement, au cours du XIV° siècle, les Comtes de Savoie vinrent mettre bon ordre dans ces querelles de voisinage en imposant leur tutelle sur le Faucigny et le Genevois. Depuis lors, le châtelet du Crédoz et le châtelard du Foug perdirent leur valeur stratégique.

Le châtelet du Crédoz conserva pendant plus d'un siècle une fonction administrative et fiscale en demeurant le siège d'une châtellenie. Plus tard, sans doute au XVI° siècle, le château et le bourg furent abandonnés et tombèrent progressivement en ruines. Les pierres furent pillées par les habitants de la région pour leurs propres constructions. Les pierres de taille qui habillaient extérieurement le donjon ont été utilisées pour la construction du pont de Bellecombe et on disait autrefois à Pers-Jussy : "on a déshabillé la tour pour habiller le pont". On ose espérer que les rares vestiges qui ont subsisté jusqu'à nous demeureront protégés afin que les enfants, en passant devant la tour du Châtelet, puissent rêver pendant encore longtemps aux chevaliers du Moyen Age dans l'attente éventuelle des É "visiteurs".

A.D.

Plan du Châtelet du Credoz

 

 

 

Plan du châtelard du Foug

Cet article a été rédigé principalement à partir de l'ouvrage de L. Blondel : "Les châteaux de l'ancien diocèse de Savoie". Les citations entre guillemets en sont extraites.

 

Retour à l'index thématique

Retour à la page d'accueil