L'INCENDIE DU PRESBYTÈRE DE PERS

Article publié en 1995 dans la revue municipale de Pers-Jussy

Certains événements ne sont relatés nulle part, aucun monument ne les commémore et, cependant, leur souvenir se transmet de génération en génération, ils sont inscrits dans la mémoire collective. Ainsi en va-t-il de l'incendie qui a ravagé le presbytère de Pers il y a 240 ans, dans la nuit du 13 au 14 septembre 1754.
Il faut d'abord préciser qu'à l'époque l'église et le cimetière de Pers occupaient l'emplacement du terrain de tennis actuel. Quant au presbytère, il était situé juste au-dessus, c'est la maison qui appartient aujourd'hui à monsieur et madame Komadina.
De 1752 à 1754, on avait procédé à d'importants et coûteux travaux de réfection sur ce bâtiment mais l'incendie vint briser tous les rêves du curé Philippe Peccouz qui avait participé pour moitié au financement de la rénovation. En ce temps là, on combattait de tels sinistre à l'aide de seaux qu'on remplissait à la fontaine et qu'on se passait de main en main, à la chaîne. Inutile de préciser que le feu eut le temps de dévorer tout ce qui pouvait brûler. Les archives de la paroisse furent détruites ou gravement détériorées par l'eau. Ainsi partirent en fumée les livres terriers du fief de la cure, documents de base pour la perception des droits seigneuriaux ; pour de nombreuses personnes, ce fut le côté positif de l'incendie. Furent également endommagés les registres paroissiaux, autrement dit l'état civil ancien. Heureusement, le curé Peccouz et ses vicaires eurent le courage et la patience de retranscrire les documents encore lisibles ; c'est grâce à leur travail que subsiste encore, dans les archives municipales, une copie des registres des naissances et des décès pour la période 1704-1740.
On décida immédiatement de reconstruire la cure. Le financement s'échelonna sur plusieurs années et les fonds nécessaires provinrent de plusieurs sources. D'abord, l'Intendant de la province du Genevois autorisa, pendant quelques années, l'affectation à ce budget de 4 à 5 % du montant de la taille (impôt direct de l'époque, sorte de taxe foncière destinée aux finances de l'état). Ensuite, les contribuables participèrent directement à la dépense par un artifice comptable lors de la perception de la taille. Enfin, des donateurs apportèrent leur obole : le curé Philippe Peccouz se montra très généreux, Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne, y alla de son écot ainsi que le regretier (débitant du sel et percepteur de la gabelle).
Devant l'ampleur des travaux de "réédification", il fallut cependant "faire à l'économie". Dans un premier temps, on se contenta de recouvrir le toit en chaume. C'est en 1775 seulement qu'on put faire une toiture définitive. On fit alors l'achat de 6.000 tuiles et 4.000 ardoises. Par souci d'économie, les paroissiens allèrent en prendre livraison eux-mêmes à Bonneville avec charettes et tomberaux. Il faut dire qu'entre temps on avait dû effectuer de sérieux travaux sur l'église, mais ceci est une autre histoire, pour une autre année peut-être.

Frère Maurice ROSSET et André DÉCÉRIER

Retour à l'index thématique

Retour à la page d'accueil