|
Certains
événements ne sont relatés nulle part,
aucun monument ne les commémore et, cependant, leur
souvenir se transmet de génération en
génération, ils sont inscrits dans la
mémoire collective. Ainsi en va-t-il de l'incendie
qui a ravagé le presbytère de Pers il y a 240
ans, dans la nuit du 13 au 14 septembre 1754.
Il faut d'abord préciser qu'à l'époque
l'église et le cimetière de Pers occupaient
l'emplacement du terrain de tennis actuel. Quant au
presbytère, il était situé juste
au-dessus, c'est la maison qui appartient aujourd'hui
à monsieur et madame Komadina.
De 1752 à 1754, on avait procédé
à d'importants et coûteux travaux de
réfection sur ce bâtiment mais l'incendie vint
briser tous les rêves du curé Philippe Peccouz
qui avait participé pour moitié au financement
de la rénovation. En ce temps là, on
combattait de tels sinistre à l'aide de seaux qu'on
remplissait à la fontaine et qu'on se passait de main
en main, à la chaîne. Inutile de
préciser que le feu eut le temps de dévorer
tout ce qui pouvait brûler. Les archives de la
paroisse furent détruites ou gravement
détériorées par l'eau. Ainsi partirent
en fumée les livres terriers du fief de la cure,
documents de base pour la perception des droits seigneuriaux
; pour de nombreuses personnes, ce fut le côté
positif de l'incendie. Furent également
endommagés les registres paroissiaux, autrement dit
l'état civil ancien. Heureusement, le curé
Peccouz et ses vicaires eurent le courage et la patience de
retranscrire les documents encore lisibles ; c'est
grâce à leur travail que subsiste encore, dans
les archives municipales, une copie des registres des
naissances et des décès pour la période
1704-1740.
On décida immédiatement de reconstruire la
cure. Le financement s'échelonna sur plusieurs
années et les fonds nécessaires provinrent de
plusieurs sources. D'abord, l'Intendant de la province du
Genevois autorisa, pendant quelques années,
l'affectation à ce budget de 4 à 5 % du
montant de la taille (impôt direct de l'époque,
sorte de taxe foncière destinée aux finances
de l'état). Ensuite, les contribuables
participèrent directement à la dépense
par un artifice comptable lors de la perception de la
taille. Enfin, des donateurs apportèrent leur obole :
le curé Philippe Peccouz se montra très
généreux, Charles-Emmanuel III, roi de
Sardaigne, y alla de son écot ainsi que le regretier
(débitant du sel et percepteur de la gabelle).
Devant l'ampleur des travaux de
"réédification", il fallut cependant "faire
à l'économie". Dans un premier temps, on se
contenta de recouvrir le toit en chaume. C'est en 1775
seulement qu'on put faire une toiture définitive. On
fit alors l'achat de 6.000 tuiles et 4.000 ardoises. Par
souci d'économie, les paroissiens allèrent en
prendre livraison eux-mêmes à Bonneville avec
charettes et tomberaux. Il faut dire qu'entre temps on avait
dû effectuer de sérieux travaux sur
l'église, mais ceci est une autre histoire, pour une
autre année peut-être.
Frère Maurice ROSSET et André
DÉCÉRIER
|