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On a une assez bonne
idée de la configuration de ce sanctuaire grâce
à un dessin de 1830 conservé dans les archives
de la famille Deshusses : l'église y est vue du
chemin du presbytère. D'après la mappe sarde
de 1732 (voir figure ci-jointe), la nef mesurait environ 25
m de long sur un peu plus de 12 m de large. A
proximité du chÏur, sur la droite, se trouvait une
chapelle latérale. Autour de l'église,
s'installa évidemment un cimetière qui a
accueilli des sépultures jusque vers 1930.
Vers 1850, il faut se rendre à l'évidence :
l'église se délabre. On pense d'abord à
la restaurer mais cette solution paraît bien vite
insuffisante car le bâtiment est devenu trop petit
pour accueillir décemment les paroissiens de plus en
plus nombreux. A la fin de l'année 1852, le syndic
(c'est ainsi qu'on désignait le maire sous le
régime sarde) propose qu'on construise
carrément une nouvelle église. Il estime que
la commune en a les moyens et il a déjà fait
faire des plans qu'il soumet au conseil. Le baron de Cevins,
farouche opposant qui n'a jamais vraîment
accepté la fusion de Pers et de Jussy, trouve le
projet "trop gigantesque" et trop coûteux : il
provoquerait "la ruine de la commune". Il propose un projet
beaucoup plus économique qui consiste simplement
à agrandir la vieille église "du
côté du midi où il existe un solide
tertre" et de surélever le clocher. Trois clans
s'affrontent alors au conseil communal. Cinq conseillers
sont favorables au projet du syndic. Cinq autres se rallient
au baron de Cevins. Les cinq derniers sont favorables
à une reconstruction mais à moindre frais. Le
8 avril 1853, Antoine Chevallay, curé de Pers-Jussy
depuis 1825 (et qui le demeurera jusqu'en 1875), offre la
somme de 4.000 livres pour la reconstruction de
l'église sous la condition expresse que les
fondations seront jetées dans le courant de
l'année. Cette proposition fait céder les
opposants et, à l'unanimité, le conseil
décide la reconstruction de l'église.
Il faut maintenant choisir l'emplacement et la querelle
repart de plus belle. Trois positions s'affrontent à
nouveau. Les uns, avec le baron de Cevins, veulent
démolir l'ancienne église et édifier la
nouvelle à la même place. D'autres proposent le
verger de la Cure. Les derniers, soutenus par le
Révérend Chevallay,
préféreraient un champ situé en
contrebas et jouxtant la ferme du "château
Dompmartin". Le 23 septembre le conseil choisit la
troisième solution sous prétexte que ce
terrain est "en plaine", "solide" et "d'un accès
très facile". Selon une certaine tradition orale,
cette décision fut fortement influencée par la
servante du curé, une femme autoritaire qui avait une
grande influence sur les affaires communales. Le baron de
Cevins et ses partisans présentent alors une
requête auprès de l'Intendant du Faucigny et
font valoir, entre autres arguments, que l'emplacement
choisi est entouré de maisons "couvertes à
chaume" (d'où un risque d'incendie) et qu'il est
situé dans un bas-fond "d'où les hameaux de la
commune n'entendraient presque jamais le son des cloches".
La cause n'est pas entendue et on propose aux
propriétaires du terrain retenu d'acheter leur bien :
il s'agit de deux habitants de La Roche qui vendent leurs
parcelles, le premier pour 400 livres et le second pour 60
livres.
Très vite, on est contraint de constater que
l'emplacement choisi n'a pas tout à fait les
qualités annoncées : la terre, meuble et
humide, nécessite de profondes et coûteuses
fondations surtout pour la tour du clocher. En
conséquence, les devis doivent être revus
à la hausse. En avril 1854, une pétition
signée par seize propriétaires non
résidents est envoyée au Ministre de
l'Intérieur pour protester contre un projet aussi
"grandiose, trop coûteux et d'une dépense
disproportionnée aux besoins de cette époque".
"Ils ne voyent pas sans effroi que cette commune se lance
légèrement dans des dettes qui finissent
toujours par retomber sur la propriété
foncière". Ils estiment que " c'est préparer
une ère de sacrifices qu'une piété,
bien entendu, n'impose jamais et qu'une Autorité bien
renseignée n'autorise pas". Ils demandent la
suspension des travaux et la révision du projet.
Cette démarche amène l'Intendant de la
province de Faucigny à venir lui-même sur les
lieux : il estime qu'il faut limiter la dépense pour
éviter de compromettre la situation financière
de la commune. Il propose au conseil de réduire la
longueur de l'église d'une travée, de diminuer
d'un mètre la hauteur de l'édifice et du
clocher. Il est calculé que ces modifications
permettront une économie de cinq à six mille
livres. Le baron de Cevins revient encore une fois à
la charge et propose à nouveau l'agrandissement de
l'ancienne église. Le conseil communal passe au vote
: le projet de l'Intendant l'emporte par huit voix contre
sept à celui de M. de Cevins.
Pour faire de nouvelles économies, on procède
encore à diverses autres modifications, ainsi
remplace-t-on la coupole initialement prévue par une
voûte arêtière. Pour limiter les frais,
les pierres de molasse et le sable nécessaires
à la construction sont extraits sur le territoire
même de la commune et on fait appel aux corvées
pour véhiculer 3.000 mètres cubes de
matériaux.
Malgré tous ces expédients, la dépense
continue de dépasser largement les devis et on
décide de mettre en vente un cinquième des
bien communaux, pour une valeur de 12.300 livres. Cette
mesure déclenche quelques protestations dans certains
hameaux, en particulier au Biollay. On trouve des acheteurs
mais, comme ils n'ont pas suffisamment de liquidités,
on est contraint de leur consentir un délai de
payement de huit ans. En attendant que l'argent rentre, la
commune contracte des emprunts : 12.000 livres en
décembre 1855. En juillet 1856, au moment de la
réception des travaux, il reste encore 5.564,70
livres à payer.
Un problème reste en suspens : celui des abords de
l'église. Selon le conseil communal, le Rd Chevallay
aurait promis d'acheter lui-même une bande de terrain
de 5 à 6 mètres de large tout autour de la
nouvelle église mais, le temps passant, il aurait
"oublié" sa promesse. Il en résulta un conflit
larvé et sans solution entre le pouvoir temporel et
le pouvoir spirituel. C'est ainsi que, pendant plus d'un
siècle, l'église fut serrée de
près par des terrains privés qui ne
permettaient pas aux processions, fort en honneur
jusqu'à une période récente, d'en faire
le tour. Ce problème a été
réglé, non sans mal, il y a quelques
années seulement.
Que faire de l'ancienne église ? Au début, on
pensait la transformer en maison commune
(c'est-à-dire une mairie). Mais dès
l'été 1856, on décida la
démolition pure et simple. On a d'abord
envisagé de récupérer les
matériaux pour construire la maison commune quand les
finances le permettraient mais finalement on les mit en
vente.
La nouvelle église a entraîné bien
d'autres contentieux entre le curé Chevallay et ses
paroissiens, comme celui de l'achat des bancs, mais ceci est
une autre histoire...
A.D.
(d'après les archives communales et une étude
du frère Maurice ROSSET)
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