LA POPULATION DE PERS-JUSSY, IL Y A UN SIÈCLE

Article publié en 1997 dans la revue municipale de Pers-Jussy

Un document présenté à l'exposition "Pers-Jussy autrefois et aujourd'hui" en juin dernier a particulièrement retenu l'attention des visiteurs : le registre du recensement de 1896. Il s'agit d'un dénombrement nominatif indiquant le nom, le prénom, l'âge, la nationalité, la profession et la situation familiale de chaque habitant de la commune. Les individus sont regroupés par "villages" et il existe une numérotation des individus, des maisons et des ménages.
Le recensement en question a été réalisé au cours de la première quinzaine du mois de mars 1896. Les formulaires ont été assez bien remplis, sans doute par le maire de l'époque assisté du secrétaire de mairie, cependant l'identification des individus laisse parfois planer un doute car le prénom figurant sur le registre n'est pas obligatoirement l'usuel. Par ailleurs, l'âge indiqué n'est pas toujours rigoureusement exact.

Les patronymes les plus représentés en 1896 sont Constantin (160), Roguet (129), Naville(101), Péguet (72), Regat (57), Mieusset (53), Chevallier(37), Chambet (36), Tissot (35), Dumont (34), Desbiolles (30), Mugnier (30), Barbier (29), Laphin (26), Dubouloz (25), Maréchal (25), Passerat (22), Bouvard (20), Gerine (18), Grange (18), Métral (18), Lacrosaz (17), Fenouillet (16), Maulet (16), Burnier (15), Critin (14), Dompmartin (14), Gignoux (14), Navilloux (14), Paccard (14), Duvernay (13), Perréard (13), Suatton (13), Vachoux (13), Vidonne (12), Rosnoblet (11), Laverrière (10), Verdel (10), Volland (10).

L'examen des prénoms est particulièrement intéressant car on constate une rupture totale avec ce qu'on observait jusque vers 1850 : une diversification extraordinaire des prénoms dont l'originalité dépasse peut-être ce qu'on observe actuellement. Ceci est dù au fait qu'on ne donne plus systématiquement aux nouveaux-nés les prénoms des parrains ou marraines. Cette coutume avait pour effet de réduire singulièrement la liste des prénoms utilisés. Ceux qui, aujourd'hui, cherchent l'originalité à tout prix peuvent se plonger dans ce registre, ils trouveront des idées. Pour les filles ils auront le choix entre Alphonsine, Ambroisine, Amédine, Anastasie, Anatolie, Appolonie, Célestine, Divine, Eudoxie, Euphrasie, Eusébie, Fébronie, Polixène, Valère, Vaninca, Zélie, Zénaïde, etcÉ Pour les garçons Alphonse, Casimir, César, Cyprien, Dorestan, Dosithée, Éphise, Eusèbe, Fédib, Francisque, Hippolyte, Isidore, John, Japhet, Josué, Marin, Nazaire, Phanus, Placide, Théobald, Théodore, Théophile, Virgile, etc...

Le recensement de 1896, complété par quelques autres sources, permet d'avoir une bonne"photographie" de la population de Pers-Jussy il y a un siècle. Pers-Jussy avait alors 1647 habitants (un peu plus d'hommes que de femmes), répartis en 387 logements et 293 maisons habitées. Le village le plus peuplé était Chevrier (y compris L'Ossenèlaz et Les Bégauds) avec 219 habitants, suivi de Loisinges-Les Vuardes (155 habitants), Le Chef-Lieu (139), Ornex (138), Jussy (120), Navilly (106), Les Cornus (84), Vuret (81), Marny (79), Chevranges (66), Le Four-Combloux (63), Le Châble (60), Le Biollay (56), Les Roguet (48), Les Pittet (37), La Crosaz (32), Les Verdel (27), Le Beule (25), Épineuse (25), Vercot (25), La Collay (23), Cevins (22) et enfin Crêtet (17).
Le type familial le plus représenté est la famille mononucléaire, c'est à dire constituée uniquement par les parents et les éventuels enfants : presque 60 % du total. Les familles qui cohabitent avec d'autres personnes de la parentèle (ascendants, descendants ou collatéraux) ne représentent que 26%. Les autres familles sont constituées par des personnes seules ou des " structures non conjugales" (ex : cohabitation frère et sÏur). Cette classification ne tient pas compte des domestiques ou des ouvriers qui vivent au domicile de leurs "maîtres". Ces personnes sont au nombre d'environ 60 dans la commune : toutes les grosses fermes ont au moins un domestique. La famille Challend de Cevins, à elle seule, emploie deux femmes de chambre, un valet de chambre, un cuisinier et une cuisinière pour l'entretien du château.

Dans 60% des foyers, le chef de famille est agriculteur (ou agricultrice veuve) mais, en fait, c'est plus de 75 % de la population qui vit directement de l'agriculture. Les autres professions sont très variées mais chacune ne compte qu'un petit nombre de représentants même en incluant les ouvriers et apprentis. Ces personnes sont, par ailleurs, souvent des conjointes ou des enfants d'agriculteurs. La majorité relève de l'artisanat : charpentiers (19), couturières et tailleurs d'habits (19), maçons (14), cordonniers et "galochers" (9), forgerons et charrons (10), meuniers (8), fromagers et laitiers (5), tailleurs de pierres (4), modistes et chapelières (3), mécanicien (1), menuisier(1), puisatier(1), régisseur(1), vannier(1), repasseuse (1), entrepreneur (1), couvreur(1), plombier(1), peintre en voitures (1) ! D'autres professions sont liées à une activité commerciale : aubergistes (6), épicières (5), boulangers (2), coquetière (1). Pour terminer, il faut citer le curé (l'abbé Brasier) et son vicaire, les instituteurs et institutrices (8 en additionnant les effectifs du public et du privé, dont Mme Maréchal qui commence alors sa longue carrière à Pers-Jussy), deux cantonniers, un garde-champêtre, un chef de gare, une garde-barrière, un brigadier-poseur, un géomètre. N'oublions pas les trois sages-femmes qui étaient avant tout des épouses d'agriculteurs.

On a également recensé des gens installés plus ou moins temporairement à Pers-Jussy : les pensionnaires (26). Ils correspondent à deux catégories de personnes : les adultes et les enfants. Les premiers résident provisoirement dans des familles ou à l'auberge (exemple : trois jeunes géomètres travaillant à la révision du cadastre). Les seconds, âgés de 11 jours à 13 ans, sont parfois natifs de Pers-Jussy (exemple : un fils de Mme Maréchal, l'institutrice) mais viennent souvent de Suisse (quatre suisses et deux allemands !). Les enfants en nourrice repartaient généralement très tôt dans leurs familles mais certains sont restés jusqu'à l'adolescence voire jusqu'à l'âge adulte. Dans les archives municipales on trouve un cahier des nourrices pour enfants de moins deux ans. On y apprend qu'à l'époque, à Pers-Jussy, une quinzaine de de ces personnes gardaient plus ou moins temporairement des enfants et que ces femmes étaient astreintes à une visite médicale annuelle. On y indique le "mode d'élevage" (sic ) des nourrissons (au sein, au biberon ou sevrés) et le prix mensuel de la pension : de l'ordre de 20 à 25 francs de l'époque (il s'agissait du franc germinal valant 322,5 mg d'or).
Les enfants pensionnaires n'étaient pas les seuls étrangers : à Pers-Jussy en 1896 il y avait en outre dix suisses (un fromager, un agriculteur, un charpentier, des domestiques) et dix italiens (des maçons, des tailleurs de pierres, un puisatier, etc...).

PYRAMIDE DES ÂGES DES HABITANTS DE PERS-JUSSY EN 1896

La pyramide des âges représentée ci-contre donne une bonne idée de la répartition des classes d'âge dans la population de 1896. Elle montre un déficit des classes d'âge de 0 à 10 ans : il correspond à une baisse de la natalité amorcée entre 1885 et 1890 et confirmée par l'analyse de l'état-civil de cette époque (voir le graphique donnant le nombre annuel des naissances entre 1873 et 1896) . Le déficit des classes d'âge de 15 à 50 ans a sans doute une autre explication : l'exode rural auquel il faut ajouter le service militaire pour les hommes d'une vingtaine d'années. La forme de la pyramide ne devient normale que pour les classes d'âge au-dessus de 50 ans. Quelques personnes ont atteint un âge respectable pour l'époque : 193 personnes ont 60 ans et plus soit 11,7 % de la population. Les doyens de la commune étaient Françoise Carrier, du Beule, 85 ans, pour les femmes, Claude Panquet et Jean-Pierre Uldry, tous deux de Chevrier, 80 ans, pour les hommes.

Il est intéressant de comparer ce recensement avec celui de 1891. En cinq ans, la population de la commune est passée de 1706 à 1647 habitants soit une chute d'environ 3,5%. Parallèlement le nombre des foyers est passé de 401 à 389. Cette dépopulation est due principalement à l'exode rural : le graphique ci-joint montre qu'elle a commencé vers 1885 pour culminer vers 1968.

Si on compare plus finement les deux recensements, on constate que près de 75% des habitants de 1891 sont toujours présents en 1896. Que sont devenus les 25% qui manquent ? 
Certains sont décédés entre 91 et 96 : environ 130 soit 7,6% de la population de 1891.
Les autres ont quitté la commune :

- temporairement : jeunes gens au service militaire ou partis provisoirement "à maître" sous d'autres cieux,

- définitivement : agriculteurs non propriétaires ayant passé un bail dans une autre commune, jeunes mariés (en général c'est l'épouse qui suit son conjoint) , instituteurs mutés, fromagers remplacés, domestiques agricoles partis pour une autre commune, jeunes ayant tenté "l'aventure citadine" à Annecy, Annemasse, La Roche, Genève, Lyon, Paris, peut-être New-York, etc...

Les absents ont été (incomplètement) remplacés par les nouveaux venus et par les enfants nés entre les deux recensements. Les nouveaux habitants appartiennent à plusieurs catégories : agriculteurs non propriétaires ayant contracté un nouveau fermage, jeunes mariés (en général les épouses) venus rejoindre leurs conjoints, domestiques et apprentis récemment engagés, instituteurs et institutrices ballotés d'un poste à l'autre, fromagers ayant pris en charge une fruitière, enfants en nourrice.

On peut signaler qu'il existe aussi une migration de personnes entre hameaux de la commune : elle concerne environ 3,5% de la population de 1891 (jeunes époux ou épouses ayant rejoint le domicile de leurs conjoints, jeunes partis "en place" dans un autre hameau, agriculteurs non propriétaires ayant changé de ferme).

Pour les lecteurs qui voudraient en savoir davantage, le dénombrement de 1896 a été dépouillé et saisi sur informatique. Un exemplaire de ce travail peut être consulté à la mairie. Une préface développe largement l'analyse présentée ci-dessus. On y trouvera notamment la longue liste des enfants et jeunes hommes qui ont été recensés en 1896 avant d'être par la suite inscrits sur le monument aux morts de la guerre de 1914-1918.

 

ÉVOLUTION DE LA NATALITÉ À PERS-JUSSY ENTRE 1873 ET 1896

    Article rédigé par les Amis du Pers-Jussy d'Autrefois et d'Aujourd'hui

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