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PERS-JUSSY ET LA GUERRE DE 1914-1918 Article publié en 1998 dans la revue municipale de Pers-Jussy |
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Pers-Jussy en 1914, les nouvelles du monde extérieur
arrivaient principalement par les colporteurs et le bouche
à oreille sur les marchés des villes
environnantes. Dans bien des familles, on lisait aussi un
des nombreux hebdomadaires locaux, qui nous paraissent
"squelettiques" aujourd'hui avec leurs quatre pages. Mais
jusque vers le 25 juillet, la situation internationale n'a
sans doute guère alimenté les conversations
dans les dix-huit cafés de la commune. On peut dire
que les Pers-Jussiens n'ont rien vu venir ! Le
monument aux morts de notre commune donne l'interminable
liste - 87 noms - des Pers-Jussiens qui ont
été ainsi sacrifiés. En fait, ce nombre
doit être nuancé car on y a inscrit des soldats
qui n'habitaient pas la commune lors de la
déclaration de guerre : des natifs de Pers-Jussy
émigrés sous d'autres cieux (souvent en Suisse
ou dans la région parisienne), des conjoints de
filles du pays, des ouvriers agricoles ou des pensionnaires
ayant séjourné dans des familles du lieu,
etc... On retrouve d'ailleurs parfois leurs noms sur
d'autres monuments dans des communes voisines ou lointaines.
Il est difficile de faire un compte exact mais on peut
estimer à une soixantaine le nombre de Pers-Jussiens
résidents morts à la guerre ou des suites de
la guerre. Ceci représente environ 4% de la
population totale de l'époque mais, si on compare
avec la population masculine mobilisable, on arrive à
une proportion qui approche les 20% ! Pour bien se rendre
compte de l'atrocité de cette hécatombe, il
faut imaginer ce que serait aujourd'hui Pers-Jussy si un
cinquième des hommes nés entre 1947 et 1978
avaient été fauchés par une guerre
étalée sur quatre ans, par exemple
d'août 1993 à novembre 1997. Si, en plus, on
prend en compte les invalides pour cause de blessures (au
moins une trentaine de Pers-Jussiens plus ou moins
grièvement blessés) ou de "gazage" on peut
dire que la commune a été "saignée"
dans ses forces les plus vives.
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Pour bien
faire saisir les effets de la guerre sur la population de
Pers-Jussy, on a construit deux pyramides des âges
à partir des recensements de 1911 et de 1921 mais en
apportant quelques corrections aux chiffres bruts : on a
fait abstraction des étrangers, assez nombreux
à Pers-Jussy (suisses, italiens, etc..), et on a
rajouté les jeunes hommes au service militaire. La
pyramide de 1921 montre bien le déficit en hommes
dans la population qui avait entre 18 et 40 ans pendant la
guerre (ne pas oublier que ceux qui avaient par exemple
20-24 ans en 1911 en ont 30-34 en 1921). Mais la
conséquence la plus grave de la guerre se trouve
ailleurs : dans le faible effectif des classes d'âge
0-4 ans et 5-9 ans. Quand les hommes en âge de
procréer sont absents, les femmes ne font pas
d'enfants. On a ici l'illustration flagrante de ce qu'on a
appelé les classes creuses.
Pendant que les hommes jeunes et moins jeunes se battaient au front, les travaux agricoles furent effectués par les femmes, les enfants, les vieux et les réformés. Des problèmes innombrables se posèrent tel celui du battage : les propriétaires de batteuses étant sous les drapeaux, il fallut parfois revenir au fléau. Les exploitations agricoles étaient soumises à de multiples réquisitions : bovins, chevaux, porcs, blé, avoine, fourrage, etc... On réquisitionna aussi les noyers - pour faire des crosses de fusils - et les peupliers. Avant-guerre, il y avait de nombreux et beaux noyers à Pers-Jussy et la production de noix était importante. Ils ont presque tous été arrachés et on raconte que certains intermédiaires - étrangers à la commune - ont largement tiré profit de ce commerce, avant d'y "laisser des plumes" à la fin de la guerre quand leurs stocks de noyers sont devenus invendables : d'après Placide Duvernay, doyen de la commune, une grande quantité de bois a pourri sur place à la gare de Reignier. Pour compléter le tableau, il faudrait évoquer les restrictions alimentaires et les cartes d'alimentation (surtout pour le sucre) mais, de ce point de vue, la situation a été moins grave qu'en 1939-45. Avant de conclure, on peut encore évoquer le culte rendu après la guerre aux soldats morts pour la France et aux anciens combattants. Parmi les manifestations organisées dans ce but, on peut signaler la célébration du 11 novembre 1919, immortalisée par les trois photos de J.F. Lefèvre agrandies et encadrées dans la salle du conseil municipal. La première illustre la cérémonie devant la mairie : il n'y avait pas encore de monument aux morts, ce dernier, payé par une subvention municipale et une souscription auprès des habitants, a été édifié en 1922-23. La seconde montre quatre jeunes femmes de la commune : costumées, elles symbolisent la France, l'Alsace, La Lorraine et l'infirmière. La dernière représente le rassemblement des Pers-Jussiens sur l'ancien cimetière. Maurice Rosset a autrefois recueilli le témoignage d'un témoin sur la cérémonie au cimetière. Le lieutenant Léon Mugnier, blessé de guerre et futur maire de Pers-Jussy, a fait un discours terminé par un vibrant : "Sergent Perrier, sonnez aux morts !". A ce moment, les larmes de nombreux assistants coulèrent. Puis vint le discours du curé qui eut, entre autres, ces paroles : "Que sont devenues ces hordes teutonnes ? Demandez à ces poilus héroïques..." Pour conclure sur une note optimiste cette rubrique historique assez "noire", nous dirons que cette rude épreuve a eu quand même quelques conséquences positives. Nous en citerons deux. La guerre a marqué le début de l'émancipation des femmes : pendant plus de quatre ans, elles ont dirigé l'exploitation des fermes et des commerces, elles ont montré qu'elles pouvaient faire aussi bien que les hommes. D'autre part, dans les tranchées, l'instituteur et le prêtre ont été contraints de fraterniser, le "rouge" et le "blanc" sont montés ensemble à l'assaut. La guerre a ainsi contribué a atténuer les vives tensions créées dans les communes par la séparation de l'Église et de l'État. C'est d'ailleurs pendant la guerre que la paroisse de Pers-Jussy, privée de curé depuis 1911 par suite d'un conflit entre la mairie et l'évêché, a accueilli son nouveau pasteur, l'abbé Blanc. Il faut toutefois reconnaître que ces deux aspects positifs ont été chers payés.
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Article rédigé par les Amis du Pers-Jussy d'Autrefois et d'Aujourd'hui |
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(exposition de novembre 1997)