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Article publié en 1999 dans la revue municipale de Pers-Jussy |
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Attention
aux confusions! Les biens fonciers qui appartiennent
aujourd'hui à la commune de Pers-Jussy ne sont pas
tous des communaux. Il faut réserver le terme
"communaux" aux biens fonciers qui appartenaient
déjà à des communautés
d'habitants sous l'ancien régime. La
propriété collective de la majeure partie de
ces terrains remonte au Moyen Âge. Cette longue
période de notre Histoire est
caractérisée par le régime de la
féodalité dont les séquelles n'ont
totalement disparu qu'à la Révolution. En
simplifiant beaucoup on peut dire qu'au début du
Moyen Âge les paysans, sans cesse exposés aux
menaces des brigands et des armées en guerre, ont
progressivement aliéné leur liberté en
se mettant sous la protection d'un seigneur qui
régnait sur un territoire appelé seigneurie.
Les paysans appartenaient corps et biens au seigneur dont
ils dépendaient, ils ne possèdaient rien et ne
pouvaient quitter la seigneurie sans l'autorisation du
maître : ils étaient "taillables et
corvéables à merci". Les paysans
étaient donc des serfs bien que ce terme ait
été peu utilisé dans notre
région. A Pers et à Jussy, les biens fonciers
appartenaient à divers seigneurs laïcs ou
ecclésiastiques. Toutefois, dans ces deux paroisses
comme un peu partout en Savoie, existaient des territoires
ingrats qui exigeaient un effort collectif pour être
défrichés et exploités convenablement.
Par souci d'efficacité plus que par philanthropie,
les seigneurs ont confié la propriété
collective et indivisible de certains de ces terrains
à des communautés de paysans. Tout bien
foncier ainsi concédé était un
"communal", les paysans bénéficiaires du
communal étaient appelés "communiers" et
l'ensemble communiers-communaux constituait une commune. Ce
terme de commune n'avait donc pas du tout le même sens
qu'aujourd'hui. En règle générale, la
concession d'un communal n'était pas un don pur et
simple du seigneur : les communiers n'en avaient pas la
pleine propriété, le seigneur leur consentait
un abergement perpétuel, c'est-à-dire une
formule intermédiaire entre la
propriété et la location, les communiers
redevaient des droits annuels aux seigneurs, c'est ce qu'on
appelait des droits seigneuriaux.
Ces concessions ont sans doute été
consignées par écrit mais, à
Pers-Jussy, il n'en reste pas trace et on ne sait rien sur
leur ancienneté, on peut cependant estimer qu'elles
datent des XIIIè-XIVè siècles. Aux
origines, il y avait sans doute plusieurs communes sur le
territoire des paroisses de Pers et de Jussy : ce n'est pas
pour rien qu'on parle encore aujourd'hui des "communaux de
Chevrier" ou des "communaux de Loisinges". Il y avait de
fortes inégalités entre les hameaux mais, au
cours des siècles, une évolution s'est
produite et la commune s'est peu à peu confondue
territorialement avec la paroisse. Toutefois, jusqu'à
la Révolution, ont subsisté des communaux
propres à Ornex : deux pâturages
représentant environ quatre hectares au total, dont
l'usage était limité aux seuls habitants de ce
hameau. On ne
sait pas grand chose de la localisation et de la superficie
des communaux qui existaient à Pers et à Jussy
avant le XVIIIè siècle. En revanche, le
cadastre de 1732 est extrèmement précis et on
peut penser que la majeure partie des communaux figurant sur
la mappe sarde (voir à ce propos l'article paru dans
le bulletin municipal de 1993) sont un héritage du
Moyen-Âge. Leur surface totale était d'environ
110 hectares (un peu moins de 100 à Pers et une
douzaine à Jussy). Les communaux
représentaient donc environ 6% de la superficie de
l'ensemble des deux paroisses, proportion comparable
à celle observée dans les communes voisines.
Grosso modo, on peut dire qu'ils étaient
constitués aux deux tiers de bois et broussailles et,
pour le tiers restant, de pâtures et teppes (terres de
mauvaise qualité).
En 1732, environ 60% des communaux de Pers étaient
situés dans le secteur qu'on appelle encore
aujourd'hui par abus de langage "Les Communaux", en
contrebas de Chevrier et de Loisinges. On trouvait
également d'assez grandes surfaces de bois et
broussailles sur les versants du Foron (dans les
Corbassières et les Arquausses). A Jussy, les
communaux les plus vastes étaient situés sur
la colline du Châtelard. Dans les deux paroisses,
existaient également des communaux dispersés,
des lopins dépassant rarement l'hectare, à
Navilly, à Épineuse, au Chef-lieu, à
Vuret, aux Cornus, aux Roguet, au Four, au Biollay mais pas
à Marny. Ces terrains de petites dimensions avaient
peut-être une autre origine : achat à des
particuliers, appropriation collective de terres
abandonnées, etc...
Sous l'ancien régime, ces terrains communaux étaient à la disposition de tous et étaient très appréciés des habitants les plus pauvres qui pouvaient y faire paître leur maigre bétail et s'y approvisionner en bois. Il faut reconnaître cependant que leur exploitation était plutôt anarchique : les communaux n'étaient pas gérés et leur rendement était très faible. ·En 1772, les communaux ont bien failli être aliénés. Cette année-là, le roi de Sardaigne abolit les droits seigneuriaux tant pour les collectivités que pour les personnes : finie la servitude personnelle (qui s'était bien adoucie), finies surtout les servitudes financières qui liaient tout propriétaire foncier à son seigneur. Mais cette mesure a une contrepartie : les communautés doivent indemniser les seigneurs pour compenser leur manque à gagner. Le montant de cette indemnité est très élevé : 8.280 livres pour Pers et 3.587 livres pour Jussy. Pour donner une idée de ce que cela représente, on peut signaler qu'en additonnant ces deux sommes (11.867 livres) on aurait pu acheter à cette époque une vingtaine d'hectares de prés ou un troupeau d'une centaine de bovins ou encore 850 hectolitres de froment. À Pers comme à Jussy, les communiers les plus riches proposent de vendre les communaux afin de pouvoir indemniser les détenteurs de droits seigneuriaux mais la majorité renâcle et fait traîner les choses. En 1792, la Savoie est rattachée à la France alors que rien n'a encore été décidé ; les lois françaises s'appliquent et les droits seigneuriaux sont abolis sans indemnité ! Les habitants de Pers et de Jussy ont bien fait de temporiser : ils ont eu "le beurre et l'argent du beurre !" Nouvelle alerte sous la Révolution : la loi du 10 juin 1793 vise à abolir la propriété foncière collective. Les habitants de Pers et Jussy font à nouveau traîner les choses et les communaux restent en l'état, à une nuance près, ils appartiennent maintenant à la commune telle que nous la concevons aujourd'hui et dépendent de l'autorité municipale. Ils sont devenus des biens communaux. Alors commence une nouvelle histoire pour les communaux. Nous en reparlerons une autre année... peut-être. |
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Article
rédigé par les Amis du Pers-Jussy d'Autrefois
et d'aujourd'hui à l'aide, entre autres, des
précieux renseignements trouvés dans les
articles de Paul Guichonnet (Le Messager) et dans "La Savoie
de l'an mil à la Réforme" (Ouest-France
Université ed.)
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