ENCORE L'INSÉCURITÉ

Article paru dans le bulletin n° 28
 

Comme nous l’avons fait dèjà plusieurs fois, nous vous présentons un fait divers d’il y a bien longtemps, un peu à la manière d’un journal d’aujourd’hui, tout en gardant un certain “parfum de l’époque”. 


Le 10 juillet 1763, le sieur Philibert Monnet, natif de Pont-de-Vaux en Bresse, avait quitté son domicile d'Étrembières pour se rendre à Chevrier dans la paroisse de Pers. Il venait recouvrer une dette chez l'Andréaz Roguet, veuve de maître Balthazard Béné : c'était le prix d'une coupe d'herbe effectuée pour cette dernière dans un pré appartenant à la femme du sieur Monnet, dans la paroisse d'Étrembières.

Un guet-apens tendu par une bande de voyous

Vers 7 heures du matin, sur le grand chemin de Genève à La Roche, aux confins de la paroisse de Jussy-sous-Pers, le sieur Philibert Monnet est tombé dans un guet-apens tendu par une bande de voyous. Il a été sauvagement agressé à coups de triques et de baïonnette.

La victime a été transportée sur un matelas posé sur un chariot

La victime a été secourue par François Barbier et le meunier du seigneur de Magny. Ce dernier, noble Claude-Melchior Constantin de Magny, a demandé à son valet, Claude Péguet, d'aider au transport du blessé. Pour ce faire, il a prêté un chariot et un matelas. Le blessé était sans connaissance, "tout meurtri, brisé de coups et souffrant de cruelles douleurs" mais il a pu être emmené chez lui.

La victime est décédée. Une autopsie a été exécutée par un maître chirurgien

Le 16 juillet, le sieur Philibert Monnet est mort de ses blessures au château d'Etrembières. L'autopsie, exécutée par un maître chirurgien*, a révélé que la mort avait été causée par l'agression.
L'enquête a permis d'identifier trois agresseurs : les propres enfants de l'Andréaz Roguet, les nommés André, Jean et Jacques Béné. Le quatrième frère, Gabriel, âgé de 15 ans, semble hors de cause. Les frères Béné ont la réputation d'être des "coquins". A Pers, ils passent pour des joueurs, des "querelleur
s débauchés", des "gens à craindre". Il a été prouvé qu'André Béné a agressé le sieur Monnet avec une baïonnette, les autres se contentant de donner des coups de triques.

Les agresseurs ont été identifiés : des joueurs, querelleurs débauchés ,
des gens à craindre

Mais ces trois voyous avaient des complices. La police pense qu'André Calligé, de Pers, et Joseph Pugin, de Reignier, étaient avec eux. Ce dernier, appelé "Gros Joseph" par dérision "parce qu'il est de taille médiocre" a le visage "troué de petite vérole" : il a la réputation d'être "un petit vaurien" dont la paroisse de Reignier voudrait bien être "défaite".

Un mandat d'arrêt a été lancé contre les agresseurs. Le 11 août, les soldats de justice venus pour les arrêter n'ont trouvé que Jean Béné, natif de Meyrin dans le pays de Gex, qui nie avoir participé au guet-apens.

Les malandrins sont allés au cabaret à Annemasse 
avant de chercher refuge à Genève

Après leur forfait, les autres malandrins se sont rendus à Annemasse où ils sont allés boire dans le cabaret tenu par la Charlotte Gavairon. Ils ont ensuite gagné Genève d'où ils narguent maintenant la justice de leur pays.

On ose espérer qu'ils auront le toupet de revenir et qu'ils se feront prendre afin qu'ils soient jugés et punis de leur forfait.

* A l'époque, les chirurgiens n'étaient pas des médecins mais des barbiers !

A.D.

Cet article a été rédigé à partir de procès verbaux de l'époque conservés aux Archives départementales de la Savoie à Chambéry (Cote BO 4147)

 

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