LA LIGNE DE CHEMIN DE FER ANNEMASSE - LA ROCHE

ET LA GARE DE CHEVRIER

Article paru dans le bulletin n° 8

La ligne Annemasse-La Roche a été mise en chantier vers 1879-1880 par la compagnie PLM (Paris-Lyon-Méditerranée), à l'instigation de l'ingénieur Sadi Carnot, futur Président de la République.

Sadi Carnot serait venu à Pers-Jussy

Selon une tradition orale, les contrats d'acquisition des terrains de Pers-Jussy nécessaires à sa construction auraient été signés par Sadi Carnot lui-même dans la maison de la famille Volland à Chevrier. Le tracé de la voie a dû faire l'objet d'un débat car, dans un projet précédent, on avait retenu un autre itinéraire décalé vers l'ouest.

Les habitants de Chevrier manifestent pour obtenir un passage à niveau

Il fallut construire une gare, qui existe toujours bien que désaffectée, et des passages à niveau. On en avait prévu un à Loisinges mais pas à Chevrier : l'administration estimait en effet que "le chemin était trop étroit et trop en pente et que la courbe qu'il décrivait était telle que deux voitures allant à la rencontre l'une de l'autre ne pouvaient s'apercevoir qu'à une distance de 8 à 10 m".

Le 29 mai 1882, les habitants de Chevrier organisèrent donc une manifestation de protestation. Ce jour-là, "monsieur Auguste Chambet, maire de Pers-Jussy, accompagné de deux conseillers municipaux, devait assister M. Bellon, constructeur, et M. Dubois, agent voyer, pour procéder à la réception des passages à niveau de la voie ferrée sur le territoire de la commune. Tous les habitants de Chevrier sont allés à leur rencontre pour protester contre le refus opposé par l'administration à la construction d'un passage à niveau à Chevrier." Ils ont dû obtenir gain de cause puisque le passage à niveau a été réalisé.

Chaque jour, six trains s'arrêtaient à Chevrier

La ligne a été ouverte le 10 juillet 1883. Chaque jour, trois trains dans chaque sens s'arrêtaient à la gare de Chevrier. En direction d'Annemasse, on avait le choix entre les trains de 9h30, 12h37 et 18h12 et on arrivait au terminus au bout d'environ une demi-heure. Pour aller à La Roche, les horaires étaient les suivants : 8h53, 11h40 et 17h27 et il fallait 8 minutes pour atteindre le but.
Le prix du billet La Roche-Annemasse était de 1,55 F en 2ème classe et de 1,15 F en 3ème classe (les trains avaient alors trois classes mais y-avait-il des wagons de 1ère classe sur cette ligne ?).



La gare de Pers-Jussy-Chevrier vers 1930


Horaire des trains entre Aix-les-Bains et Annemasse au début du XXe siècle
Tous les trains s'arrêtaient à la gare de Pers-Jussy-Chevrier

Le chef de gare était une femme

Le premier chef de gare a été une femme : Augustine Rodet, épouse de Jacques Candé, brigadier poseur. Quelques années après, Augustine a été rem-placée par Élisa Godard, épouse Thura, dont le mari était également brigadier poseur. Henri Thura, leur fils, a été tué au cours de la guerre de 1914-1918, son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy. La tradition a été conservée car le chef de gare de Chevrier à (presque?) toujours été une femme. Cette voie ferrée qui permettait d'accéder rapidement à Genève a eu une importance considérable sur l'économie de la commune et les personnes qui souhaitent en savoir davantage sur son histoire peuvent consul-ter le bulletin n° 4 des "Amis du Vieux La Roche" (disponible à la Maison du Pays Rochois au prix de 40,00 F) ainsi que plu-sieurs numéros récents de la revue municipale d'Annemasse.

Les citations entre guillemets sont extraites des délibérations du conseil municipal de Pers-Jussy

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À PROPOS DE LA LIGNE DE CHEMIN DE FER
LA ROCHE-ANNEMASSE

Dans sa jeunesse, notre Président d'honneur , le frère Maurice Rosset, a eu l'occasion de glaner quelques anecdotes remontant aux origines de cette ligne dont l'inauguration a marqué la vie des Pers-Jussiens de l'époque.

Le forgeron de Chevrier

Cette anecdote m'a été rapportée par Auguste Naville (Guste à Mile à Phonse à la Tiennette à Bargoen). Lors du passage du premier convoi, toute la population riveraine était accourue le long de la voie et attendait avec fièvre. A Chevrier, bavardant avec ses voisins, le grand oncle d'Auguste, forgeron ou maréchal, je ne sais. Entre autres déclarations, il disait :
- "Pensa vi ! i vu pò tgni bin longtems s'lou ròye, u bà det na dovan'ne d'passajhe, i va tot s'éclafò, i vu pò tgni ! D'pouai en parlò, d'mi cniesse, d'sai d'la partia ! (Pensez voir ! ça ne va pas tenir bien longtemps ces rails, au bout d'une douzaine de passages, çà va tout s'éclater, ça ne va pas tenir ! Je peux en parler, je m'y connais, je suis de la partie !)".

Les trains de Chevrier vont à Paris

Un homme de Chevrier, un peu demeuré, disait fièrement à un habitant des hauts de la commune : "Oh ! Shevri, yet pò ran ! i passan lou train qu'van à Paris ! (Oh ! Chevrier, c'est pas rien, y passent les trains qui vont à Paris !)".

On ne marchande pas le prix du billet !

Une femme du haut de Pers-Jussy prenait le train pour la première fois à Chevrier. Le convoi était déjà en gare. Notre dame demande le prix du billet :
- "Yet tret shé ! (c'est trop cher !) Y faut en rabattre" clame-t-elle à la "chefesse"(1)
-"Mais madame, c'est le prix imposé, je ne peux pas vous faire un rabais !".
Le train siffle, la chefesse dit alors :
- "Dépêchez-vous, le train va partir !".
La bonne femme sort et s'écrie :
- "Sublia, sublia pò ! D'enn barê pò on sou d'pliet ! (Siffle, siffle pas ! Je ne donnerai pas un sou de plus).
Et le train s'ébranla sans la femme !

(1) Les chefs de gare de Chevrier ont presque toujours été des femmes.

Les trains ne passeront pas dans ma grange !

La dernière anecdote se passe non sur notre commune mais, paraît -il, en amont de La Roche.
Quand on dut construire la voie ferrée, les ingénieurs du P.L.M. vinrent trouver un vieux paysan dont la grange se trouvait sur le tracé.
- "Monsieur, lui expliquent-ils, vous serez avantageusement remboursé, dédommagé, le train passera dans votre grange".
Réplique furieuse du propriétaire :
- "Ah ! monchu, n'y comptò pò ! Alô, vot creyi qu'à tot lou cou, ma fenne avouai met, on va ovri la pourta à v'tron mécanique ? Ah ! non ! n'y comptò pò ! (Ah! monsieur n'y comptez pas ! Alors, vous croyez qu'à chaque fois ma femme et moi, on va ouvrir la porte à votre mécanique ? Ah ! non, n'y comptez pas!)".

 

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