LE DOLMEN DE PERS-JUSSY

Article paru dans le bulletin n° 10

Dans les bulletin 1 et 2 nous avons déjà évoqué le dolmen de Pers-Jussy qui portait lui aussi le nom de Pierre aux Fées. Ce monument aurait été détruit en 1863-64 par un tailleur de pierres, Pierre Mugnier dit Bony, pour en faire une conche de pressoir, des "môhs" (meules pour écraser les pommes et les poires), une couverture de puits, des marches d'escaliers, des montants et des linteaux de portes. Que savons-nous exactement sur ce monument mégalithique ?

Le dolmen de Pers-Jussy a été évoqué pour la première fois, semble-t-il, en 1820 par l'écrivain suisse Salverte, dans son ouvrage sur les mégalithes du Genevois et du Faucigny : il l'appelle "Pierre à cache de Mandrin" et le situe "à l'entrée du bois de la Perrière" mais ce bois est totalement inconnu dans la région.


Pierre aux Fées ou Cache de Mandrin ?

Vers 1857, le dolmen de Chevrier a été dessiné par G. Roux pour illustrer les "Nouvelles montagnardes" évoquées dans le bulletin n° 6. Ce dessin est reproduit ci-contre : en toile de fond, on reconnaît la pointe d'Andey, le Jalouvre. etc...


Décrit après sa destruction par Fenouillet, Mairot et Revon

Les descriptions les plus précises sont postérieures à la destruction. Elles sont l'oeuvre des instituteurs Fenouillet (Félix) et Mairot et surtout de l'archiviste Louis Revon, d'après les témoignages recueillis auprès des habitants. Félix Fenouillet serait l'auteur du dessin datant des années 1870 et reproduit ci-dessous.

`

 

 

 

Dessin de G. Roux



L'emplacement du dolmen de Chevrier
(symbolisé par un point rouge)
sur une carte topographique récente

Adossé à la pente orientale d'un monticule de la plaine des Rocailles

D'après Revon "il était adossé à la pente orientale d'un des innombrables monticules qui s'élèvent dans la plaine des Rocailles, près du mas de Chautenber". Il avait la forme d'une énorme table de protogine (granite verdâtre à gros cristaux provenant du massif du Mont-Blanc) mesurant six mètres sur quatre, épaisse de près de deux mètres et soutenue par trois piliers. Il était donc plus grand que la Pierre aux Fées de Reignier. Le tout formait une espèce de chambre ouverte vers le Nord-Est où, dit-on, les bergers allaient se mettre à l'abri.

Plus grand que la Pierre aux Fées de Reignier

Revon signale également que, lors de la destruction, "lesupport postérieur ayant été enlevé pour être utilisé, la table subit un mouvement de bascule et prit une position inclinée".
On connaît donc assez bien la forme et l'orientation de ce dolmen mais il restait un doute sur sa situation, objet d'hypothèses controversées.

Où était situé le dolmen ?

Selon quelques personnes, dont France Robert, qui ont autrefois recueilli les témoignages d'anciens, le dolmen dominait la route de Chevrier au Châtelet du Crédoz, sur la gauche quand on descend, juste après le pont de la voie ferrée. D'autres le situent près de la maison Naville dit Collambet en arguant que le coin de cette demeure s'appellerait La Perrière.
En revanche, Jean Lavorel qui a toujours été intrigué par l'implantation du dolmen pense qu'il devait être situé aux Essartons, en bordure du sentier de crête qui accède aux Vuardes. Il a en outre émis une idée intéressante ouvrant une piste de recherches : les pierres du dolmen ont sans doute été taillées sur place avant d'être transportées et on devrait donc retrouver des débris de protogine là où il se trouvait.

Était-il aux Essartons ?

Nous avons fait des recherches dans ce sens et, dans un premier temps l'hypothèse de Jean Lavorel semblait prendre corps. Il y a sur le chemin des Essartons un amas de petits blocs anguleux qui pouraient être des débris abandonnés après la taille. Toutefois, il ne s'agit pas de protogine mais d'une sorte de gneiss et les cassures paraissent un peu "fraîches". Un peu plus loin, toujours sur le chemin des Essartons, on trouve un gros bloc de granite à mica blanc, en forme de tronc de pyramide assez régulier de 1,80m de haut. C'est le seul bloc erratique granitique de ce secteur, les autres étant de nature calcaire (nous sommes déjà dans la plaine des rocailles). De là à penser qu'il pouvait s'agir d'un des piliers du dolmen resté en place, il n'y avait qu'un pas. Nous avons failli le franchir.


Le dolmen a été cartographié vers 1840

Mais une autre découverte toute fortuite nous a fait éliminer cette hypothèse. En consultant dans un tout autre but une vieille carte d'état major sarde levée vers 1840, nous avons constaté que la Pierre aux Fées de Reignier était indiquée par un symbole évoquant la lettre grcque minuscule Pi. Nous avons cherché le même symbole sur les emplacements possibles du dolmen de Chevrier. Il y était ! Le dolmen de Chevrier avait été cartographié par les géographes sardes !


Aucune des deux hypothèses précédentes n'était bonne !

Pour le situer, il faut savoir qu'avant la réalisation de la voie ferrée, l'ancienne route de Losnèlaz passait devant les maisons Tissot et Volland et descendait tout droit. Si on tient compte des données de la carte et de la description donnée par Revon, on peut penser que le dolmen se trouvait sur la butte entre l'actuelle voie ferrée et le début du chemin de terre qui mène aux Vuardes (voir plan en encart dans ce numéro. Ainsi, l'énigme est presque résolue : on connaît à peu près l'emplacement du dolmen. Maigre consolation ! Il y a 134 ans, un acte de vandalisme utilitaire a irrémédiablement détruit un monument historique, un élément irremplaçable de notre patrimoine communal.

Article rédigé essentiellement à partir des notes réunies par Maurice ROSSET

Retour à l'index thématique

Retour à l'accueil