UN CASSE-TÊTE DIGNE DE L'EURO, À PERS, EN 1718 !

Article paru dans le bulletin n° 24

Sous l'ancien régime, les habitants de Pers et de Jussy - qui n'étaient pas encore des pers-jussiens - passaient presque toujours un contrat de mariage devant notaire avant de convoler en justes noces. On y précisait en particulier la dot de la future épouse, en contrepartie de laquelle elle renonçait à ses droits sur la succession de ses parents.

Tous les contrats de mariage postérieurs à 1697 ont été conservés aux Archives Départe-mentales de la Haute-Savoie. En les consultant, on a parfois des surprises : pourquoi donc le 16 juin 1718, la Françon Gars, de Loisinges, reçoit-elle une dot de 266 livres 13 sols et 4 deniers, à l'occasion de son mariage avec Claude Dard, de Reignier (Magny)? Quelle idée de donner à sa fille une somme aussi peu arrondie? Si les dots existaient encore aujourd'hui imaginerait-on, par exemple, une dot de 3811 euros et 23 cents ? Pourquoi pas, si vous calculez que cette somme correspond à 25.000 francs. Or, en 1718, 266 livres 13 sols et 4 deniers correspondaient à 400 florins, ancienne monnaie de Savoie.

Il faut savoir qu'en 1717, Victor-Amédée II, roi de Sicile et duc de Savoie, avait imposé brutalement une réforme monétaire. Il avait remplacé le florin de Savoie par la livre* de Savoie à raison de 3 florins pour une livre. La monnaie officielle étant la livre, les notaires devaient l'utiliser dans leurs actes mais les Savoyards ont continué pendant longtemps à raisonner en florins. Ils indiquaient dans cette monnaie le montant de la dot qu'ils donnaient à leurs filles et le notaire convertissait en livres. Et ça a duré longtemps!

Ne faisons nous pas un peu la même chose aujourd'hui avec les euros et les francs? Et combien de temps cela durera-t-il?

André DÉCÉRIER

* La livre était divisée en 20 sols (= sous) et le sol en 12 deniers)

 

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