À LA FOIRE DE LA ROCHE AVEC CEUX
DE PERS-JUSSY

Article paru dans les bulletins n° 3, 4 et 5

Notre président d'honneur, Maurice ROSSET, a rédigé un récit dans lequel il revit la foire de La Roche telle qu'il l'a connue quand il était jeune, dans les années trente. Il y rassemble, dans des situations purement imaginaires, la plupart des Pers-Jussiens qui fréquentaient la foire à cette époque. Il désigne chacun par le nom sous lequel il est connu . Pour certains, il s'agit d'un surnom. Pour la plupart, il s'agit d'un prénom ou d'un diminutif de prénom suivi de "à " avec, derrière, le prénom ou le surnom du père ou de la mère ou encore du mari voire de l'épouse .

Aujourd'hui, quelle circulation intense sur les routes qui convergent vers la petite cité rochoise ! Affluence inhabituelle car c'est la grande foire annuelle. Aussi, de bon matin, les chars à banc, les tape cul et les autos des riches propriétaires déversent leur cargaison de gens. S'y mèlent, bien entendu, les charrettes bourrées de marchandises diverses. Toutes les campagnes environnantes y sont représentées, surtout Pers-Jussy, grosse de 1840 habitants.

La Judith à Bagui, la Fouaise au Socqui, Élie à J'rò, la Françoise à Dosithée, la Lise à Malot


Toutes les classes sociales y sont représentées et on fraternise, se coudoie sans gène. Tenez la Judith à Bagui, cette humble lavandière, taille une bavette avec la Fouèse au Socqui, opulente fermière aux beaux habits ; à côté, Élie à J'rò, riche géomètre, discute sérieusement avec Joson du Crêtet ; puis la Françoise à Dosithée rit de bon coeur avec la Lise à Malot.
Sur la grand'place, que de bancs et de stands ! Les légumes, les fruits, la mercerie, la chaussure, la quincaillerie et j'en passe, s'offrent aux chalands qui passent et repassent, comparant les prix, calculant, discutant. Aussi, quel choix de figures typiques! Pour les définir, il faut recourir aux sobriquets les plus cocasses. Quelle galerie de portraits pittoresques. Ne résistons pas à la tentation de les énumérer.

 
La Mélie à Biollut , la Fernande au Levraut, Fred à l'Aubry, Mile à la Péronne, la Phine à Critin, Guste à Mile à Phonse, La Dèrienne à Gazoillon, Lise à Pany, L'Alice au Commis, la fille au Serin, l'Angèle à Borguet ou à la Size à Dandalet, a Mélie à Pschon ou à la Franceline à Stan.

Ici, la Mélie à Biollut embrasse sans façon la Fernande au Levraut, sous les regards étonnés de Fred à L'Aubry et de Mile à la Péronne. Puis, c'est le tour de la Phine à Critin qui dépose des mimis sur les joues roses d'une cousine de Guste à Mile à Phonse, un peu gênée par ces effusions. Survient la Dèrienne à Gazoillon, une robuste coquetière, remarquée aux marchés de Genève, au verbe haut et coloré. Tout en marchant, elle répond à la Lise à Pany, une fille à la langue bien pendue. L'Alice au Commis, suivie de la fille au Serin, se fraye une voie à travers les flâneurs. Déjà, les dames de La Roche jaugent à la fois la marchandise et le visage de la vendeuse, essayant de faire baisser les prix... Mais il ne faut pas en conter à l'Angèle à Borguet ou à la Size à Dandalet qui leur tiennent la dragée haute ; pas plus qu'à la Mélie à Pschon ou à la Franceline à Stan.


La Tette, la Phine à Magnin, la Mène au Bovi, la Zette au Piet, la Marie à Guste à Jean-Pierre, la Louise à Guiron, l'Alice au Frère ou la Fouaise à Gustin, Misette à Pierre au Marin, à la Jogeyle, à la Thrèse à Faillou, à l'Irène au By,

De même, inutile d'en compter à la Tette, la Phine à Magnin ou à la Mène au Bovi ! Le prix ne baissera pas d'un sou ! Essayez de parlementer avec la Zette au Piet, la Marie à Guste à Jean-Pierre, la Louise à Guiron, l'Alice au Frère ou la Fouaise à Gustin ! Autant parler à la pierre à Bottoilly ! Vous perdrez votre temps et votre salive si vous si vous vous engagez à parler à Misette à Pierre au Marin, à la Jogeyle, à la Thrèse à Faillou, à l'Irène au By, etc... Mais qu'est-ce que ce brouhaha et ce rassemblement autour d'une estrade ? C'est Margoton, voyons ! le bonimenteur par excellence, le roi de la foire ! Quel bagout ! Il interpelle les assistants : il en connaît beaucoup ! Pensez donc, il a des cousins à Pers-Jussy : les Perrier !

Fouè à Borguet, Pierre à la C'mare, Tiuaine à la Malon, la Zouzou à la Suzanne, Frédéric à Marlet, Fanfouè Meury, Sicien à la Polonie, Daude aux Beule, Joset à Cami, François à la Teupta, Ninan à la Mailloc, Julien au Vieux, Dian à Parnan 

"Hé ! Dis donc, Fouè à Borguet, et toi, Pierre à la C'mare ! Tiens, Tiuaine à la Malon ! Approche, la Zouzou à la Suzanne !". Tout çà entremêlé de patois : "Dis dan, Frédéric à Marlet, t'ai qu'tet fô partiet ?".
 Fanfouè à Meury, Sicien à la Polonie, Daude aux Beule, Joset à Cami, François à la Teupta ! Approche, Ninan à la Mailloc, Julien au Vieux, Dian à Parnan !"

Le Seudô, la Piccolta, la Lise à Bolliet , la Phine à Dandry. Marcel à Rénon et Louis à la Génie, Fernand à Morel et Armand du Château

Tiens v'là le héros de septante : le gloreux Seudò ! Et la Piccolta, comment va-t-elle ? Et puis la Lise à Bolliet ? La Phine à Dandry. Jugez le magicien, il connaît tout son monde... Sur ce passe Marcel à Rénon, indifférent à tout ce tumulte, suivi de son fidèle Louis à la Génie, dit le Baron. Comme de juste, ils parlent de gestion communale, d'économie rurale... Un gros éclat de rire, c'est Fernand à Morel qu'Armand du Château amuse avec ses plaisanteries.

Jules à Collomb, Pierre au Marin, le gros Morel, Fouè à Borguet, Guste à Moretti, Mali de la Montanière, Mali au Bossu, Esther à Grabiet, Cano à Chaton, Jules à Bsolet, Claude à Ouiss', Louis à l'Alban, Mayet à Tollance, Simon à Bargoend, Claude 'es Tiuan'ne, Dèrien à Tiuaine !

Allons faire un tour au foirail rempli de bétail : c'est ici que se pressent les maquignons, une race de marchands bien à part ! On y trouve Jules à Collomb, Pierre au Marin, le gros Morel, Fouè à Borguet, Guste à Moretti, Mali de la Montanière, Mali au Bossu, Esther à Grabiet, Cano à Chaton, Jules à Bsolet, Claude à Ouiss', Louis à l'Alban, Mayet à Tollance, Simon à Bargoend, Claude 'es Tiuan'ne, Dèrien à Tiuaine !
C'est la tribu des blouses noires flottantes. Le nom de maquignon dit bien ce qu'il veut dire et c'est tout dire ! Ici, on observe, se guette, se juge, se jauge. La lutte est serrée. On cherche sans fin la ruse de l'homme ou le défaut de la bête... Brr !

La femme à Quicasse, la Phine à L'ca, la Goje, la Lisa à R'fon, la Rélie à Sarmou, la Fouèse à Popais, la Lène au Marin. Dolphe à Bazan, Jean à Malot, l'Édoa à Cauly, Sicien à Corson.

Dans le coin des "pattes", peu de visages connus. Des femmes surtout, comme la femme à Quicasse, la Phine à L'ca, la Goje, la Lisa à R'fon, la Rélie à Sarmou, la Fouèse à Popais, la Lène au Marin ; quelques hommes semblent s'y être égarés comme Dolphe à Bazan, Jean à Malot, l'Édoa à Cauly, Sicien à Corson.

François Raffy. La Zize à Piccolet, la Renée à Diouamy, les deux Plagnes, la Bolna, La Lise à Pampois, la Lise à Pany, la Phine au Gras, la Lympe à Barcelogne, la Julie à Fouè, la Zélie à la Chat'na.

Tiens ! Quelle est cette musique enjouée ? Elle est connue : c’est celle de François Raffy, le violonneux de La Crosaz. Quelques curieux l’écoutent ; l’un d’eux paiera sans doute à boire. Passons maintenant à la section basse-cour : là le bruit et l’odeur sont garantis. Ça caquette au propre et au figuré, les femmes y rivalisent avec la volaille, les oies et les canards : la Zize à Piccolet, la Renée à Diouamy, les deux Plagnes, la Bolna, La Lise à Pampois, la Lise à Pany, la Phine au Gras, la Lympe à Barcelogne, la Julie à Fouè, la Zélie à la Chat’na. Toutes jasent, barjaquent, rient, crient. Assemblée joyeuse et sympathique, toute cette foule qu’on rencontre aujourd’hui l’est, à croire que les gro-gnons, les coquins, les filous sont restés à la maison...

La Lène au Mousse, la Piccolta, la Lucie au Frère, la Louise de la Cure, la Mathilde à Chambet, la Zénaïde à Barbier, puis la Broisine à Barcelogne, Constant à Raouir, Chevalier à Taque, Jérémie à Sarmou, la Lionie à Pollian et Myet à Cliyo, la Thérèse à Borguet, Ludivine à Bazan, la Lise au Maréchaud, l'Anna à Josine, Tityi à Morel.

Mais les magasins de la ville ne sont pas moins fréquentés. Ainsi la pharmacie Perrin où se pressent la Lène au Mousse (véritable soeur de charité du village connue de tous les malades et des vieillards) qui fait provision de tous les soulagements et de plusieurs médicaments, la Piccolta, la Lucie au Frère, la Louise de la Cure, la Mathilde à Chambet, la Zénaïde à Barbier, puis la Broisine à Barcelogne.

Chez le bourrelier Mieusset, on y voit Constant à Raouir, Chevalier à Taque, Jérémie à Sarmou, la Lionie à Pollian et Myet à Cliyo. Quel tableau pittoresque que cette grande place : couleurs, odeurs, sons réjouissent l'oreille et l'Ïil. Ici, la Thérèse à Borguet marchande : "Nan ! denn' barê pò on sou d'plet !" Là c'est la Ludivine à Bazan qui se plaint de la cherté de la vie. La Lise au Maréchaud lui fait écho, approuvée en cela par l'Anna à Josine. Tityi à Morel en rit...

Dian à Parnin , la Fifine à l'Alban , François à Christin, la Mène au Bovi, la Julie à Fouè à Teupet , René à Chalais, la Maria à Borguet , Marius à Ciclet, l'Anita à Bargoend

Plus loin, Dian à Parnin flirte avec la belle et fière Fifine à l'Alban qui n'en a cure. Fred à l'Aubry s'y essaie sous les yeux réprobateurs de la Marie, sa femme... La belle insensible a déjà fait son choix : c'est le beau François à Christin qui retient son regard... La Mène au Bovi chaperonne sa fille. La Julie à Fouè à Teupet surveille son mari et suit ses regards. René à Chalais passe et la salue bruyamment. La Maria à Borguet fait se retourner les passants par ses rires en cascade. Marius à Ciclet l'interpelle sans vergogne. L'Anita à Bargoend n'est pas loin, essayant d'attirer les gars dans son clair de lune.

Et tout ce petit monde se croise, s'entrecroise, s'interpelle, se saluant par des "Adieu Phine, adieu Lène, arr'vi Fouèse".

La Mène à Divine, la Lise à Bolliet , Félix à Plagne, Sicien à Corson, la Fifine Dorange, la Lucie aux Barbiers, la Marie à Vaillant, la Martine à Gustin, la Julie au Bourgne, la Lise à Collombet.

A midi, quand sonne l'Angelus, les restaurants sont pleins. On mange de la salade et des tartifles, du lard, des atriaux, du boudin aux pommes, des bogn'tets et l'on boit ferme, qui du vin, qui du bidoillon, tout cela assaisonné de grands éclats de voix et de rires sonores. Parmi les plus bruyants, on note les aigus de la Mène à Divine, de la Lise à Bolliet et les graves de Charles au Soqui, de Félix à Plagne et de Sicien à Corson.
Dans la rue de Silence qui, pour une journée, a perdu son nom, les clientes et clients fréquentent les quelques magasins d'alimentation et la cordonnerie. Chez la Fifine Dorange les amateurs de graunes se fournissent ; s'y côtoient la Lucie aux Barbiers, la Marie à Vaillant, la Martine à Gustin, la Julie au Bourgne, la Lise à Collombet.

Benjamin à la Marcire et Joset à Pétacha, Joset au Guernadi, la Louise à Guernoillon et la Zize à Sory. Lexandre à Dévlò, Firmin de La Collay, le Ptiou Jean de la Tour. Le Moet à Bolliet, Yoyet à Joassin, Julien au Crotu, la Mayon au Frère.

A la terrasse d'un café, Benjamin à la Marcire et Joset à Pétacha dégustent religieusement leur Pernod. Passe Joset au Guernadi déjà passablement gris, ils le saluent mais n'osent l'inviter... Ce dernier lance un "adieu" sonore à deux commères qui causent bruyamment : la Louise à Guernoillon et la Zize à Sory ne daignent même pas lui répondre.

A la quincaillerie, peu de clients pourtant : ce sont Lexandre à Dévlò, Firmin de La Collay, le Ptiou Jean de la Tour.

Ici, un individu gesticule sans parler, c'est le Moet à Bolliet qui essaye d'expliquer à Yoyet à Joassin ce qu'il désire ; Julien au Crotu intervient mais en vain, pas plus que la charitable Mayon au Frère.

La Zouzou à Louis à Élie, la Marie à Gignoud, la Célestine à Lafleur, la Marie au Bouclier, Tave au Boulanger. Mile à Guste, François à La Teupta, Jules à la Grembre, la Sidonie à Dévlò, Julien à Branquais, Daude à Ouiss', Arsène à Gustin, Fouè à Dodet, le fils à Féternes, l'Angèle à Borguat.

Les merceries font des affaires d'or ; elles sont débordées par la Zouzou à Louis à Élie, la Marie à Gignoud, la Célestine à Lafleur, la Marie au Bouclier et ce vieux garçon de Tave au Boulanger.

Près du poids public, autour de Mile à Guste qui pérore au milieu d'un cercle de badauds, on aperçoit, tour à tour rieurs ou sérieux, François à La Teupta, Jules à la Grembre, la Sidonie à Dévlò, Julien à Branquais, Daude à Ouiss', Arsène à Gustin, Fouè à Dodet, le fils à Féternes, l'Angèle à Borguat.


Le mouet à Bolliet, Joset à Cami, Roland à Dandalet, le gros Morel, Ouiss' au Beule, la Mélie à Biollut, Phonse à la Tine à Perréard, Léon du Beule, l'Irène au Bi, la Zélie à la Marie à Gérine. 

Un éternuement fait retourner : c'est le Moet à Bolliet qui éternue, effrayant ainsi le chien à Joset à Cami, affreux cabot qui fleurtait avec la chienne à Roland à Dandalet. Un rire énorme lancé par la robuste poitrine du gros Morel vient ajouter à la confusion... La cause ? une histoire drôle racontée par ce farceur de Ouiss' au Beule qui détaille la dernière mésaventure de la Mélie à Biollut, victime d'un tour de Phonse à la Tine à Perréard.

Sous les arcades, cherchant l'ombre, à qui Léon du Beule semble-t-il conter fleurette ? A l'Irène au Bi ou à la Zélie à la Marie à Gérine ?

Daude à Ornuss, Marius à Teupet, le Rouge à Borguet, Jean aux Barbières, Mali au Bossu, Fanfouè à Meury, Phanus des Cornus, Noré à l'Henry, Dore à la femme, François à la Duisa, Mile à Guiron, Phonse à Paroy

Entrons prendre un verre au café du Pont-Neuf ! Le tenancier et sa femme ont de la peine à servir Daude à Ornuss, Marius à Teupet, le Rouge à Borguet, Jean aux Barbières, Mali au Bossu, Fanfouè à Meury, Phanus des Cornus, Noré à l'Henry, Dore à la femme, François à la Duisa, Mile à Guiron.

Bref, la commune de Pers a envahi La Roche tellement on y rencontre des visages connus. Même monsieur le curé Blanc a jeté un coup d'oeil sur les bancs. Le char à bancs de Phonse à Paroy l'a amené ici. A son passage, les gens le saluent aussi affectueusement que respectueusement. Il y répond de sa voix bien timbrée. Après quelques menus achats... de complaisance, il se rend à la cure pour saluer ses confrères.

Mais le jour baisse, il faut songer à "se rentrer" et, comme on dit, "prendre du souci". Ici, il y a les bêtes à soigner, les vaches à traire et le port à la fruitière. Aussi, les cafés se vident, les bancs et les stands dégarnis, les marchandises remballées.

Les chars à bancs s'ébranlent, chargés de gens et de paquets. Les moteurs des autos grondent et tout ce monde quitte la place et les rues adjacentes. Et la nuit tombe sur la petite cité.

Maurice ROSSET

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