UNE FIGURE D’AUTREFOIS : FOUAI À TEUPET

Frère Maurice Rosset, président d’honneur de notre association, aime beaucoup faire revivre des figures du passé hautes en couleurs, celles qu’il a connues dans sa jeunesse à Pers-Jussy. Aujourd’hui, il évoque François Roguet, dit “Fouai à Teupet”, né le 21/01/1860 et décédé le 21/10/1932.
Sur les Roguet dits Teupet, on peut relire l’article d’Albert Roguet dans le bulletin, n° 18.


Autrefois, à Pers, qui n'a connu le légendaire Fouai  à Teupet, dans le civil (comme disait Fred à l'Aubry).
François Roguet ? Un personnage populaire s'il en fut, il resta longtemps célibataire jusqu'au jour où il s'éprit d'une mienne cousine, Julie Constantin du Beule, nièce de mon arrière grand-mère, la Monique au Marin. La voyant un jour passer sous sa fenêtre du premier étage de sa maison où I'on accédait par un vieil escalier aux marches usées, il la héla, lui disant : "Julie, monta pi ! D'vu t'parlo !" (monte seulement, je veux te parler).
La femme obéit et, à peine entrée, s'entendit proposer tout de go : "Julie, s'on s'marie tot lou dou ? " (si on se mariait tous les deux ?). Celle-ci acquiesça volontiers en disant : "Oh ! det d'mande pô miot !" (Oh ! je ne demande pas mieux !). Et ils convolèrent en justes noces le 5 février 1919, Fouai avait 59 ans.
Fouai continue en précisant que le curé n'était pas loin et qu'ils iraient l'avertir sans tarder. Ce qui fut fait et c'est ainsi que notre Julie devint Madame Roguet, ou comme on la nommait communément, "la Julie à Fouai"! ...
Fouai  habitait donc près du bachal du Village près de cette place où les pompiers faisaient annuellement leurs manœuvres. Or, notre homme était capitaine de cette compagnie. Ah ! Il fallait le voir donner le signal de l'exercice ! Abaissant solennellement le bras, il clamait : "En ac'chon !" (En action)... Personne ne souriait !
Une autre facette de notre bon Fouai  était sa connaissance de quantités de familles, dans une commune pourtant grande de 1800 hectares. Cela provenait de sa facile entrée en communication. Aussi pouvait-on le consulter sur ce chapitre !
En outre, son expérience précieuse lui permettait de donner d'excellents conseils. C'est ainsi que quelques jeunes filles lui ayant demandé de leur indiquer un bon mari, il vit arriver chez lui la Léonie, future Madame Pollian, le cantonnier. Ayant écouté sa demande, il s'écria : "Bon, iorandrê, m'vétia forcha d'sarvi d'détret !" (Bon ! Maintenant, me voila forcé de servir de détret). Le détret est cet appareil bien connu des éleveurs de bovins.
Notre cher homme ne manquait pas d'humour, ainsi il répondit un jour à une femme d'Ornex qui lui montrait la plaque minéralogique d'une belle voiture:
- "Tai qui vu dire santye: C.H.. ?" (Qu’est-ce que ça veut dire C.H.?)
- "T'vê bin, répondit goguenard Fouai , t'vê bin, i vu dire : Chuisse ! " (Tu vois bien, ça veut dire : Suisse).
Un homme de Loisinge, dont nous tairons le nom (et surtout le surnom !) lui montra une montre à gousset : “Je reviens de Genève, j'ai fait une bonne affaire, elle est d'avant-guerre" (Entendez d'avant la guerre de 14-18). Notre Fouai , lui répliqua en souriant : "Tet t'ô fai avê ! Lou Chuisses n'an zhamai fai la guerra !" (Tu t'es fait avoir, les Suisses n'ont jamais fait la guerre).
De sa fenêtre, Fouai  pouvait aisément apercevoir les murs du cimetière, qui lui rappelaient sa famille et tous ses amis disparus qui dormaient leur demier sommeil... Un jour, il fit cette réflexion à sa chère Julie : " Pet quet fôr d'moraille u tot du cemtire ? Sleu qui san d'dian n'vuIan pô en sourti, apoai, s'leu qui san d'feu, n'en vulan pô y intrô !" (Pourquoi faire des murailles autour du cimetière ? Ceux qui sont dedans ne veulent pas en sortir et ceux qui sont dehors ne veulent pas y entrer !)
Tel fut notre populaire Fouai  à Teupet !

Maurice ROSSET

*    Si un de nos lecteurs se souvient de cette personne, qu’il nous le fasse savoir.

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