PERS-JUSSY PENDANT LA GUERRE DE 1914-1918

Articles paru en feuilleton dans plusieurs bulletins au cours des années 2004 à 2008

ANNÉES 1914 et 1915

Bulletin n° 31 : Premier trimestre 2004

En cette année 2004 on va commémorer le 90è anniversaire du déclenchement de la guerre de 1914-1918. Cette tragédie, dont nous subissons encore aujourd'hui les conséquences (conflits de l'ex-Yougoslavie et du Moyen Orient, etc...), a profondément bouleversé l'Histoire du monde en général et de Pers-Jussy en particulier. En 1997, nous avons consacré une exposition à cet événement mais il n'est peut être pas inutile d'y revenir. Nous vous proposons donc ici le début d'un feuilleton destiné à s'étaler sur de nombreux numéros. Nous le "distillerons" à petites doses pour ne pas vous lasser.

Il ne s'agit pas de faire une histoire de la guerre, il y a de très bons livres sur ce sujet . Nous essayerons seulement de montrer ce qui s'est passé à Pers-Jussy pendant la guerre et surtout ce qu'ont enduré les soldats de notre commune pendant plus de quatre ans et ça, vous ne pourrez le lire nulle part ailleurs.

Si vous possédez des photos ou des documents (citations, par exemple), concernant des "poilus" de Pers-Jussy, faites-le nous savoir.

PERS-JUSSY LORS DE LA DÉCLARATION DE GUERRE

En 1914, Pers-Jussy est une commune totalement axée sur l'agriculture. Environ 75% des chefs de familles sont agriculteurs. Beaucoup ne possèdent que quelques vaches. On n'achète que les denrées que l'on ne peut pas produire. Les jeunes sont tentés de partir, définitivement ou non, pour aller gagner leur vie en ville (à Genève surtout).

Mais on s'amuse aussi : le dimanche, on danse, on va au café (il y a eu jusqu'à 18 cafés à Pers-Jussy !), on joue aux quilles.

En 1914, il n'y a évidemment ni radio ni télévision. Les nouvelles du monde extérieur arrivent par les hebdomadaires auxquels certains sont abonnés. Deux sont très marqués politiquement : "La Croix de la Haute-Savoie", proche de la hiérarchie catholique, et "Le Progrès de la Haute-Savoie" qui appartient au camp "d'en face". Deux autres, "Le Messager agricole" (ancêtre du "Messager" actuel) et "Le Cultivateur savoyard", affectent une certaine neutralité. On lit aussi "Le Rochois" qui donne des informations plus locales. Mais c'est surtout à la fruitière, au café, au marché de La Roche et éventuellement aux enterrements qu'on apprend les nouvelles.

En fait, on s'intéresse plus à la vie locale qu'à l'actualité nationale ou internationale. Depuis 1905, il y a matière à discussion : la loi de séparation de l'Église et de l'État - dont on parle beaucoup en cette année 2004 - a créé la zizanie dans la commune. D'un côté, il y a le camp des partisans de la loi, de l'autre, il y a le camp des adversaires. La mairie, avec à sa tête Louis Péguet dit "Ouiss à Barthou", est tenue par les premiers qu'on appelle encore "les rouges". L'application de la loi a entraîné un conflit avec l'abbé Delacroix, curé de Pers-Jussy. Les passions se sont exacerbées de part et d'autre et, en "représailles", l'évêché a supprimé le culte catholique à Pers-Jussy en 1911. On raconte que le chef de gare faisait sur le quai l'annonce suivante : "Pers-Jussy-Chevrier sans curé" ! Les fidèles allaient à la messe dans les paroisses environnantes.

On avait sans doute trop de sujets de préoccupation pour s'intéresser à l'assasssinat de l'Archiduc Ferdi-nand d'Autriche à Sarajevo le 29 juin 1914. L'assassinat de sa mère, l'impératrice d'Autriche (la fameuse "Sissi"), en 1901, avait sans doute davantage frappé les esprits : il faut dire que ça s'était passé à Genève, la "porte à côté" pour des Pers-jussiens ! C'est pourtant cet événement qui est à l'origine du conflit. Jusqu'au 23 juillet, on ne pressent pas trop le danger mais, ce jour-là, l'Autriche-Hongrie adresse un ultimatum à la Serbie et la situation s'emballe. Le 1er août, la France décrète la mobilisation générale : à 4 heures de l'après-midi on sonne le tocsin à Pers-Jussy. Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France. La grande tuerie peut commencer.

Des témoignages

Avant l'exposition de 1997, nous avions interrogé quelques Pers-jussiens assez âgés pour se souvenir de cet événement. Voici leurs témoignages.

Gabrielle NAVILLE (née en 1906) : "J'avais 8 ans. La veille, j'étais allée en promenade scolaire(1) avec M. Peccoud, l'instituteur. Nous avions pris le train à la gare de Chevrier et nous étions descendus à celle de St-Pierre-de-Rumilly(2). Nous sommes allés ensuite à pied visiter l'usine hydroélectrique du Borne, un peu avant Le Petit-Bornand. Nous sommes revenus à St-Pierre avec des carrioles à cheval. Le lendemain (donc le premier août, NDLR), le tocsin a sonné. Peu après, des hommes d'Arbusigny sont descendus de leur village dans des chars à échelles. Ils criaient : "On va à Berlin ! On sera de retour dans quinze jours !".

Augusta LAPHIN (née en 1899) : "J'avais quinze ans. On a entendu le tocsin jusque chez nous, aux Pittet, et on a compris que c'était la guerre".

Louis CHAPPAZ (né en 1907) : "J'avais sept ans. J'habitais Vercot. Je me souviens que les cloches ont sonné, des gens ont dit que c'était la guerre".

Placide DUVERNAY (né en 1903) : "J'avais 11 ans. On moissonnait dans le champ où se trouve aujourd'hui Super U(3). Les cloches ont sonné. Les ouvriers ont abandonné leurs outils et sont partis. Les jours suivants, à la gare de Reignier, des trains ont emmenés les mobilisés. Ils criaient : "À Berlin ! à Berlin !".


(
1) Les vacances scolaires commençaient alors le 1er août.
(2) Aujourd'hui St-Pierre-en-Faucigny.
(3) Devenu "Casino" depuis ce témoignage.

 

Bulletin n° 33 : Troisième trimestre 2004

LES PERS-JUSSIENS ET LES PREMIERS COMBATS

Nous avons dit que les Pers-Jussiens mobilisés en 1914 étaient, dans leur immense majorité, des fantassins et, qui plus est, des fantassins de montagne ou des chasseurs alpins. Ceci explique pourquoi ils vont presque tous se retrouver dans les Vosges, au cours du mois d'août.

En août 1914, les fantassins de Pers-Jussy sont envoyés sur le front des Vosges

Dès le 7 août, l'état-major français lance une offensive en direction du Sud de l'Alsace alors que, semble-t-il, "nos" Pers-Jussiens ne sont pas encore arrivés sur place. Au début, l'attaque est couronnée de succès, notre armée libère même Mulhouse. Dans les convois ferroviaires qui les conduisent au front, les Pers-jussiens pensent peut-être qu'ils avaient raison, ceux qui disaient, le jour de la mobilisation : "Dans trois semaines, on est à Berlin. On sera de retour à Pers-Jussy pour récolter les pommes de terre" !
Mais les Allemands réagissent avec une extrême vigueur. Il faut reculer. 
Avec le renfort des nouvelles troupes arrivées sur le front, l'État major français lance une seconde offensive le 14 août : elle débute par des victoires, Mulhouse est libérée une seconde fois. C'est dans ce contexte que nombre de nos concitoyens vont connaître le baptême du feu.
Le 97è RI entre en action le 19 août seulement. Dans ses rangs se trouve le caporal Marie Arhur Roguet, de la classe 1912 (il était donc déjà sous les drapeaux à la déclaration de guerre). Il va enfin les voir ces ennemis ! Sans doute éprouve-t-il une certaine appréhension mais, pour l'instant, il ne voit qu'un plateau dominé vers le fond par une colline boisée, au-dessus du village de Flaxlanden, à une dizaine de kilomètres au SSW de Mulhouse Bientôt les balles sifflent : l'ennemi, invisible, semble tirer de partout. Les Français continuent d'avancer sous la mitraille mais c'est l'hécatombe.

Marie Arthur Roguet, le premier mort de Pers-Jussy

Marie Arthur Roguet est mortellement frappé, le jour même de son baptême du feu. C'est le premier mort de Pers-Jussy mais Louis Péguet, le maire, n'aura pas la lourde tâche d'informer la famille : avant son incorporation, Marie Arthur avait quitté sa famille pour aller travailler à La Roche et l'avis de décès sera transmis à la mairie de cette commune. Ceci explique peut-être le fait que son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy mais pas sur la plaque commémorative de l'église.

Ce 19 août marque le début de la contre-offensive allemande. Mieux armées, mieux équipées, les troupes allemandes font des "cartons" avec leurs mitrailleuses sur les fantassins français qui, avec leurs pantalons rouges, constituent des cibles idéales.

Claudius Philistin Nicollet est porté disparu

Le 99è RI, arrivé dans les Vosges dès le 12 août, est aussitôt pris dans la tourmente. Dans ses rangs se trouve Claudius Philistin Nicollet, de la classe 1910, fils de Jean-Marie Nicollet et de Françoise Pittet, agriculteurs aux Pittet. Le 24, à Saulxures (Il s'agit sans doute de Saulxures-sur-Moselotte à une quinzaine de kilomètres à l'Est de Remiremont).
, le 99è est engagé dans une grande bataille : les pertes sont très élevées et Claude Philistin Nicollet est porté disparu. Après la retraite des Français, son corps sera identifié par les autorités allemandes grâce à sa plaque d'identité, mais l'avis officiel de décès ne parviendra à la mairie de Pers-Jussy que le 14 novembre 1915.

(1)

Joseph Bailly, Pers-jussien de Genève, meurt de ses blessures

Le 30è RI, d'Annecy, lui aussi, participe à ces premiers combats dans les Vosges, avec de nombreux Pers-jussiens dans ses rangs. L'un d'eux a été grièvement blessé dès les premiers jours. Il s'agit de Joseph Bailly : né à Plainpalais (CH - GE) en 1883, il a été élevé à Vuret chez son cousin Pierre-Marie Desbiolles. Au jour de la mobilisation, il habitait Genève, était marié avec un enfant mais il n'a pas hésité à répondre à l'appel de mobilisation. Blessé, il est recueilli par les Allemands qui le dirigent sur l'hôpital militaire de Regensbourg où il décède le 28 août. Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy, mais pas sur la plaque commémorative de l'église.

Joseph Bailly

François Adrien Mugnier meurt de maladie, à l'hôpital

Un autre fantassin du 30è RI, François Adrien Mugnier, dit Bise, de la classe 1901, fils de François Mugnier et d'Anastasie Gaud, agriculteurs à Chevrier, tombe malade au début des combats ; il décède peu après, le 12/09/1914 à l'Hôpital de la Houssière (88).

Pierre Ernest Suatton tombe au col d'Anozel

Le 30è RI poursuit sa retraite sous la poussée allemande et arrive dans le secteur de St-Dié où il perd son troisième Pers-jussien : Pierre Ernest Suatton, de la classe 1909, fils de Jean Suatton, négociant à Navilly, et de Fébronie Critin. Il tombe le 28 août au cours des violents combats livrés par son régiment au Col d'Anozel : les pertes françaises sont effroyables.

Pierre-François Constantin est porté disparu près de St-Dié

Le seul chasseur alpin de Pers-Jussy à avoir perdu la vie au cours de la campagne des Vosges sert au 62è BCA : il s'agit de Pierre-François Constantin, de la classe 1907, fils de Jean-Joseph Constantin, dit Joachim, et de Jeannette Degerine, agriculteurs au Chef-lieu. Au jour de la mobilisation, il habitait Genève et était marié avec Marie-Esther Decroux. Lui non plus n'a pas hésité à répondre à l'appel. Il est porté disparu le 29 août sur le champ de bataille de St-Dié (88) aux "Rochers Saint Martin" où son corps ne sera retrouvé et identifié que le 5 décembre 1915 ! Il meurt donc trois jours après son baptême du feu et à deux jours de son 27ème anniversaire.`

François Cyrille Gerine est mortellement blessé

Le 140è RI, de Grenoble, lui aussi se bat dans les Vosges. Dans ses rangs, il compte François Cyrille Gerine, de la classe 1908, fils de Paul Gerine et de Lucie Laphin, agriculteurs au Four. Le 4 septembre 1914, ce soldat de 1ère classe est grièvement blessé sur le champ de bataille de Sauceray (88). Il décède le soir même des suites de ses blessures.

François Gerine

Plusieurs Pers-jussiens sont blessés ou capturés

Au cours de cet épisode vosgien, plusieurs Pers-jussiens sont blessés, plus ou moins grièvement. On connaît le nom d'un seul d'entre eux : Auguste Arthur Maulet, de la classe 1904, soldat au 230è RI, blessé le 28 août 1914 au combat de Gerbéviller (54).

À la même époque, d'autres Pers-jussiens sont capturés par l'ennemi. Ils passeront plus de quatre ans dans les camps de prisonniers, mais on peut affirmer sans grand risque que plusieurs d'entre eux devront leur survie à cette mésaventure.

Pendant l'offensive des Vosges, les Allemands violent la neutralité belge et envahissent le Nord-Est de la France. L'armée française recule sous le choc, frôlant la déroute. L'avance allemande est heureusement bloquée par une vive réaction française. Le 9 septembre 1914, les Allemands battent en retraite, c'est la victoire de la Marne. Les Français reconquièrent une partie du terrain perdu. Il ne semble pas que des Pers-jussiens aient été engagés dans cette phase des opérations.


Bulletin n° 35 : Premier trimestre 2005

LES COMBATS DE FIN AOÛT 1914 À JANVIER 1915

Dans le bullletin n° 33, la place nous a manqué pour évoquer tous les Pers-Jussiens morts au combat au cours de la malheureuse campagne des Vosges d'août 1914.

L
e 62è BCA et le 230è RI dans les Vosges

Deux unités dont nous n'avons pas parlé ont, elles aussi, payé leur tribut.dans cette campagne des Vosges : le 62è BCA et le 230è RI.

Alphonse Tissot et Émile-John Burnier dans les Vosges

Le 62è BCA a perdu Alphonse Tissot, dit Pany, de la classe 1908, natif de Loisinges, fils de François Tissot, agriculteur, et de Marie Cohannier. Il a disparu le 28/08/1914 à La Roche-St-Martin, commune de Denipaire, près St-Dié (Vosges), deux jours après son "baptême du feu".



Alphonse Tissot

Le 230è RI, constitué par scission du 30è RI, a perdu Émile-John Burnier, de la classe 1901, tué à l'ennemi le 28/08/1914 à Gerbevillers (54). Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy, mais nous ignorons tout de lui et de ses liens avec notre commune. Il est né à Genève et fait sans doute partie de ces nombreux Français de Suisse qui ont répondu à l'appel de mobilisation. Son patronyme laisse supposer que son père était originaire de Pers-Jussy.

Après la victoire de la Marne, l'armée française, épuisée et à court de munitions, n'arrive pas à talonner l'adversaire en retraite qui a le temps d'organiser une ligne de défense entre l'Oise et la frontière suisse. Cependant, aucune des deux armées n'occupe sérieusement les régions situées à l'ouest de l'Oise. Un million d'allemands et autant de franco-britanniques s'y précipitent pour tenter de combler ce "vide". Cette phase de la guerre, appelée la "course à la mer", a duré deux mois (du 11 septembre au 14 novembre). Elle fut meurtrière avec de violents combats sur la Somme (23 - 26 septembre), en Artois (2 - 9 octobre) et dans les Flandres (12 octobre - 14 novembre). Au moins trois unités, comportant des Pers-Jussiens dans leurs effectifs, y ont participé : le 30è RI, le 97è RI et le 51è BCA. Dix Pers-Jussiens y ont trouvé la mort

Le 30è RI sur la Somme

Le 24 septembre, ce régiment se porte à Foucaucourt (80) où le premier bataillon livre un combat très vif pour enrayer une offensive ennemie, les pertes sont énormes : après la bataille de Faucancourt, le 1er bataillon n'existe plus ! Parmi les tués se trouve un Pers-Jussien :

François-Alphonse Grange, de la classe 1900, natif du Biollay, fils de Pierre Grange, charpentier, et de Marie-Louise Grange, disparu le 25 septembre.

François-Alphonse Grange, François-Marie Maulet, Jean-Marie Mieusset, Marius Dumont, Sylvain Gerine, Alfred Corbet et François Regat, sur la Somme

Pendant que se déroulent ces combats sanglants autour de Faucancourt, le 3è bataillon attaque Herleville. 80 hommes sont tués ou blessés. Parmi les tués, il y a trois Pers-jussiens :

François-Marie Maulet, de la classe 1900, célibataire, natif de Chevrier, fils de Joseph Maulet, agriculteur à Chevrier et de Joséphine Péguet, porté disparu le 25 septembre.

Jean-Marie Mieusset, de la classe 1903, domicilé à Chevranges, fils d'Ambroise Mieusset et de Philomène Balthassat, marié avec Marie-Angeline Henry, tué le 25 septembre.

Marius Dumont, de la classe 1911, natif de Navilly, fils de Félix Dumont, agriculteur à Navilly et de Joséphine Critin, disparu le 28 septembre..



Marius Dumont

En quelques jours le 30è RI, où combattent de nombreux Pers-Jussiens, a perdu 840 hommes tués, blessés ou disparus,


Beaucoup plus tard, en novembre-décembre 1904 et janvier 1915, le 30è RI perdra encore trois Pers-Jussiens dans la Somme :


Sylvain Gerine, de la classe 1901, domicilié au Four, fils de de Paul Gerine, agriculteur, et de Lucie Laphin, marié avec Marie Gignoux et père de famille, disparu le 5 décembre 1914 à Frise (Somme). Il est le frère de François Achille, mort au combat le 4 septembre dans les Vosges. La famille Gerine a été une des plus éprouvées au cours de cette guerre.

Alfred Corbet, de la classe 1903, natif de Taninges, mais domicilé à Ornex, fils de François Corbet et de Marie-Louise Perrier, décédé le 17 décembre à Villers-Bretonneux (Somme), à la suite de ses blessures de guerre.

François Regat, dit Taque, de la classe 1898, domicilié à Ornex, fils de Jean-Marie Regat et de Thérèse Pittet, marié avec Marie-Joséphine Regat, père d'au moins deux enfants : Armand-Léandre et Hélène-Wilelmine. Il est décédé le 29/01/15 à la suite de ses blessures de guerre à l'infirmerie de Coppy (Somme). Il a inspiré des pages émouvantes à sa petite-fille, Françoise Blanchard, dans son livre "La maille anglaise" (voir Bulletin APJ n° 22).

Le 97è RI en Artois

Ils sont livrés par le 97è RI qui arrive dans la région d'Arras le 30 septembre. Le 2 octobre, il subit une violente attaque allemande à Wancourt (62) et subit des pertes effrayantes : 1130 tués, blessés ou disparus. Au soir du 2 octobre, il ne restait que 1400 hommes de troupe valides au 97è RI ! Deux Pers-Jussiens figurent parmi les disparus :

Eusèbe PÉGUET et Eugène TISSOT en Artois

Eusèbe Péguet, dit Catelin, de la classe 1912, natif du Four, fils d'Émile-Benjamin Péguet, agriculteur, et de Victorine Dunand. C'est le troisième enfant du village du Four qui disparaît ainsi depuis le mois d'août.

Eugène Tissot, de la classe 1913, natif de Chevrier, fils de François Tissot, cordonnier et d'Andréanne Calligé.

Combats en Flandres (Belgique)

Le 51è BCA, après avoir combattu sur la Somme, arrive en novembre dans la région d'Ypres en Belgique (un toute petit secteur de la Belgique, autour d'Ypres, a échappé à l'occupation allemande). De violent combat s'engagent à proximité de la localité de Verbranden-Nolen. Deux Pers-jussiens y perdent la vie :

Jérémie-Claude CONSTANTIN et Joseph RAPHOZ en Flandres

Jérémie-Claude Constantin, de la classe 1902, natif de Chevrier, fils d'Émile Constantin, aubergiste à Chevrier et d'Angeline Roguet, tué le 17/11/1914

Joseph Raphoz, de la classe 1900, domicilié à Loisinges, fils de François Raphoz, agriculteur à St-Laurent, et de Marie Soudan, marié avec Josephte Lacrosaz, de Pers-Jussy et père d'au moins trois enfants : René, Lucienne, et Joseph. Il a encore de la descendance à Pers-Jussy. Il a été tué le 18/11/1914.

Joseph Raphoz

   A.D

Bulletin n° 38 : Quatrième trimestre 2005

L'ANNÉE 1915

Nous avons vu qu'au cours de cinq mois de guerre en 1914, vingt Pers-jussiens (21 si on compte François Regat) sont morts au combat ou des suites de leurs blessures. En fait, il faut en rajouter un qui figure à l'année 1915 sur le monument aux morts. Il s'agit de Pierre-François Constantin, né le le 31/08/1887 à Pers-Jussy, fils de Jean-Joseph Constantin, dit Joachim, agriculteur au Chef-lieu, et de Jeannette Dégerine, qui avait épousé Marie-Esther Decroux en 1912, à Genève. Il a été déclaré mort le 5/12/1915 quand on a retrouvé son corps (identifié à l'aide de sa plaque d'identité) aux "Rochers St-Martin", près de St-Dié (88). En fait, il aurait été tué en août 1914, alors qu'il combattait dans les rangs du 62e BCA. Il est peut-être mort en même temps qu'Alphonse Tissot (voir Bull. n° 35).

Dès la fin de l'année 1914, la ligne de front se stabilise sur une double ligne de tranchées dont le tracé ne changera presque pas jusqu'au printemps 1918. Pendant plus de trois ans, les deux armées vont se faire face.

En 1915, les Allemands font porter leur effort maximum sur le front russe et restent adeptes d'une stratégie défensive sur le front français. Au contraire, l'État major français a l'obsession de la "percée" ou au moins du "grignotage". Toutes les tentatives seront vaines et se solderont chaque fois par une hécatombe. Ces stratégies auront des conséquences sur la vie quotidienne des combattants. Les Allemands s'installent dans la durée et tentent de donner un peu de "confort" à leurs tranchées. Les Français, persuadés que la situation est transitoire, s'installent dans le provisoire et les conditions de vie des fantassins sont épouvantables. Le film "Un long dimanche de fiançailles" illustre de manière réaliste et poignante la vie dans les tranchées.

Une partie des "poilus" de Pers-Jussy se retrouve dans les mêmes unités qu'en 1914 mais beaucoup ont été dispersés dans d'autres régiments. Ils y côtoient des jeunes de la classe 1915, mobilisés dès la fin de l'automne 1914. Ceux de Pers-Jussy sont peu nombreux, une dizaine environ : c'est trop peu pour compenser les 20 morts de 1914. La plupart d'entre eux n'ont pas encore 20 ans et malgré leur jeune âge, ils sont rapidement envoyés sur le front.

Nos Pers-jussiens, qui sont presque tous des fantassins, sont répartis sur quatre zones du front : la Champagne, la Lorraine, l'Artois et l'Alsace. Nous les suivrons secteur par secteur en respectant, pour chaque front, la chronologie des événements.

Le front de Champagne

La plupart des Pers-jussiens du secteur servent au 30e RI mais on en trouve également quelques-uns disséminés dans diverses unités.

Jean-François Naville du 6e RI, aux trois ravins (La Chalade - 55)

Le premier mort de l'année 1915 était sur ce front et servait au 6e RI localisé dans une zone où se produisirent des combats restés tristement célèbres : la forêt d'Argonne (55). Il s'agit du caporal Jean-François Naville, décédé le 14/03/1915 aux Trois Ravins, commune de La Chalade (55). Âgé de 35 ans, il était né le 9/10/1880 à Reignier (Magny), fils de Jean-Marie Naville et d'Annette Chambet. À la déclaration de guerre, il habitait à Jussy.

Dans le même secteur de l'Argonne se trouve le 5e RIC (Régiment d'Infanterie Coloniale). En juillet 1915, il participe à un assaut meurtrier dans le Bois de la Gruerie. Le 13/07, un violent duel d'artillerie s'engage et les Allemands utilisent les gaz. C'est peut-être la première fois que des Pers-jussiens sont exposés aux gaz asphyxiants.

Joseph-Arthur Démolis et Pierre-Arthur Burnier, du 5e RIC, au Bois de la Gruerie

Les Allemands pénètrent dans nos lignes mais, le 14, les Français contre-attaquent et deux Pers-jussiens laissent la vie dans cet assaut, le jour de la fête nationale :

- Joseph-Arthur Démolis, né le 8 septembre 1895 à Pers-Jussy (il n'avait pas encore 20 ans), fils de Louis Démolis, agriculteur à Jussy et de Jeannette Lacrosaz.

- Le caporal Pierre-Arthur Burnier, né le 30 septembre 1893, à Pers-Jussy (il avait à peine 22 ans), fils de Jean Burnier, agriculteur à Loisinges, et d'Antoinette Moënne, garde-barrière.

Le 30e RI tient le front dans la région de Souain (Marne). Le 22 septembre 1915, l'armée française déclenche un formidable pilonnage des lignes allemandes par l'artillerie. Ce sont les préparatifs d'une tentative de percée programmée pour le 25. Malgré des conditions météorologiques épouvantables, l'offensive est déclenchée comme prévu à 9h15. Dès le premier jour, au 30e RI, 11 officiers et 212 hommes de troupe sont tués à Perthes-les-Hurlus (commune aujourd'hui réunie à Souain). Il y a aussi de nombreux blessés dont deux Pers-jussiens :

- Le soldat Edmond-Auguste Lamouille né le le 8/01/1890 à Pers-Jussy, fils de Jean Lamouille, cordonnier à Chevrier, et de Léonie Dumont, chapelière, frère de François-Henri évoqué ci-dessus. Il est blessé au bras droit.

- Le sous-lieutenant Léon-Auguste Mugnier, né le 5/05/1878 à Pers-Jussy, fils de François Mugnier, agriculteur à Chevrier, et d'Anastasie Gaud. Il avait épousé Anne-Andréanne Naville le 4/05/1901 à Pers-Jussy. Avant la guerre, il exerçait la profession d'épicier. Il est blessé à la jambe droite, à l'abdomen et au front. Cela lui vaudra d'être décoré de la croix de guerre. En 1919, il sera élu maire de Pers-Jussy.

Les autres Pers-jussiens qui tombent en Champagne appartiennent aux unités suivantes :

1er Régiment d'Artillerie de Montagne :

Il compte dans ses rangs l'un des rares artilleurs de Pers-Jussy :
Joseph-Marie Duvernay, porté disparu à Souain (51)

Canonnier à la 4e Batterie, est né le 22/11/1889, il est le fils d'Augustin Duvernay, agriculteur à La Crosaz, et de Marie-Adèle Péguet. Il habitait la maison qui appartient aujourd'hui à "Nous aussi".

Porté disparu à Souain le 25/09/1915, il était âgégé de 26 ans,

153e RI   

Jean-Marie Desbiolles, tué à Minaucourt (51)

Né le le 11/01/1880 à Pers-Jussy, il est le fils de Jean Desbiolles, meunier à Vuret, et de Marie Dumont. Au moment de la mobilisation, il habitait Genève.
 Il a été tué le 26/09/1915 à Minaucourt (51), à quelques km à l'est de Souain. Il avait 35 ans.
30e RI

Le 27 septembre, le 30e RI a encore 27 tués au nord de la route Souain-Tahure (51).  Parmi eux, le soldat

François Moënne

Il était né le 10/09/1892 à Pers-Jussy, fils de François Moënne, charpentier au Crêtet, et de Célestine Constantin.
Il était âgé de 23 ans.

156è RI

Le 25 septembre, ce régiment est transféré d'Artois en Champagne pour participer à la grande offensive de Champagne. Pendant environ une semaine, il livre de sanglants combats dans le secteur de Souain. Le 28 septembre, les 2è et 3è bataillons subissent des pertes extrêmement sévères, ils sont réduits à 150 hommes chacun.
Parmi les morts de cette journée se trouve

André Chambet, tué à la ferme de Beauséjour

Né le 2/11/1883 à Pers-Jussy, il est le fils de Joseph Chambet, agriculteur aux Verdel, et de Françoise Naville.
Il est "tué à l'ennemi" le 28/09/1915 à 5 heures à la ferme de Beauséjour (51). Il avait 31 ans.


Le front de Lorraine
On y trouve le 13è et le 51e BCA, le 223e et le 230e RI.

Plusieurs Pers-jussiens y perdront la vie en 1915.
Le premier mort du secteur et il  appartient au 13e BCA,

Jean-Pierre Gignoud, du 13e BCA


Né le 23/11/1894 à Pers-Jussy, il est le fils de François Gignioud, agriculteur au Châble, et de Marie-Adèle Vidonne.
 
Il décéde le 23 mars 1915 à l'ambulance 5/63 à Bussang (88) à la "suite de blessures reçues sur le champ de bataille". 
Il est âgé de 21 ans. 

Jean-Pierre Gignoud

Quatre autres Pers-jussiens morts dans ce secteur en 1915 servent au 230e RI qui, rappelons-le, a été constitué en partie avec des éléments venus du 30e RI, régiment basé à Annecy avant la guerre.

Henri-Claude-Marie Chambet, tué dans la forêt de Parroy (53)

Né le 6/10/1884 à Pers-Jussy, il était le fils de feu Jean-Xavier Chambet et d'Eugénie-Marie Chappuis, de Jussy. Au moment de son incorporation, il habitait Annemasse, aussi son nom ne figure-t-il pas sur le monument aux morts de Pers-Jussy.
Le 26 mars 1915, dans la forêt de Parroy, il est "tué d'une balle ennemie", à l'âge de 31 ans.

Henri-François Thura, mort à Lunéville (54), des suites de ses blessures

Né le 19/04/1876 à Bréry (Jura), il était le fils de François-Élisée Thura, brigadier-poseur à la compagnie PLM, et d'Élisa Godard, chef de gare à Chevrier. Il s'était marié en 1902 avec Marie-Vaninca Mugnier, de Chevrier, et avait au moins un enfant. À la déclaration de guerre, ce soldat habitait Lausanne.
Le 20 juin 1915, il est blessé au combat de de Reillon (54) au cours duquel le régiment a eu 21 tués, 96 blessés et 7 disparus. Il s'agit décédera le 24 juin à l'Hôpital auxiliaire n°102 de Lunéville, à l'âge de 39 ans. 

Joseph-Faustin Regat,  caporal, 

Il était né le 14/02/1887 à Reignier, fils de Casimir Regat et de Lucie-Josephte Paccard.
Le 22 juin 1915, il fait partie d'un détachement du 230e RI qui reçoit l'ordre d'attaquer des ouvrages allemands sur la route Vého-Leintrey, à environ 2 km de Reillon (54).  Au cours de l'opération, il y a 17 tués, dont Jodprh-Faustin. il était âgé de 28 ans,

Joseph-Faustin Regat

Joseph-Marie Verdan

Né le 18 mars 1879, à Reignier, il y habitait lors de la déclaration de guerre ac'est pourquoi son nom ne figure pas sur le monument aux morts de Pers-Jussy. Il était cependant électeur dans notre commune où résidaient son frère Gabriel, agriculteur aux Bégauds, et sa sœur, Joséphine Maréchal, aubergiste au Chef-lieu et bien connue sous le nom de "Phine à Victor".
Il décède le 23 juin 1915 à l'hôpital de Lunéville (54), des suites de ses blessures, à l'âge de 36 ans. On peut suppoqer qu'il a été blessé au cours des combats évoqués ci-dessus.

Léon-Jean Naville, sergent

Il était né le 21 mai 1878 à Pers-Jussy, fils de Joseph Naville, agriculteur à Chevrier, et de Philomène Navilloux. Il s'était marié en 1904 avec George tte-Uranie Gallon.
Ce "vieux soldat", âgé de 37 ans est tué le
17 octobre, sur ce même front, à Vého (53), pendant une période pourtant plus calme,

Léon-Jean Naville

Claude-François Tissot, du 223e RI

Né le 29/07/1886 à Pers-Jussy, il esr le fils de François-Cyrille Tissot, agriculteur à Loisinges, et de Jeannette Maulet, 
Soldat au 223e RI, 
né le 29/07/1886 à Pers-Jussy, Il décéde le 8/10/1915 "suite de blessures sur le champ de bataille", au quartier Clarenthal, ambulance 3/14, de Lunéville. Il avait 29 ans.


Claude-François Tissot

Par bonheur, les Pers-jussiens du 51e BCA, pourtant présents sur les lieux, sont sortis indemnes de ces batailles.

Le front d'Artois

On y retrouve le 1er BCP, le 17e, le 97e et le 149e RI, qui étaient déjà sur place depuis septembre 1914. Ils tiennent le front entre Aix-Noulette et Souchez (72), à une dizaine de km au S.O. d'Arras, près du sanctuaire de ND de Lorette, une chapelle située sur un promontoire qui domine le site environnant. Le site est resté célèbre pour la violence des combats qui s'y sont déroulés en 1915 : on a parlé du "charnier de Lorette".

Henri Tollance, du 17e RI

Les 9, 10 et 11 mai 1915, le 17è RI participe à une violente attaque vers la crête d'Ablain-St-Nazaire (72), au S.O. de ND de Lorette, et subit de lourdes pertes : 232 tués, 677 blessés et 205 disparus. Parmi les tués se trouvait le soldat Henri Tollance, âgé de 20 ans. Il était né le 13/08/1894 à Pers-Jussy, fils de François Tollance, agriculteur à Jussy, et d'Antoinette Constantin.

Édouard Roguet et Louis-François Regat, du 149e RI

Le 29 mai, le 149e RI combat dans le secteur d'Aix-Noulette. Un Pers-jussien y laisse la vie, le sergent Édouard Roguet, âgé de 35 ans. Il était né le 16/01/1880 à Pers-Jussy, fils de feu François Roguet et de Mélanie Roguet, cultivatrice au chef-lieu . Il avait épousé Amelina Lamasure en 1909 à Paris, où il résidait lors de la déclaration de guerre.

Plus tard, le 14 juillet, dans le même secteur, "aux tranchées de ND de Lorette", est tué un autre soldat du 149e RI : Louis-François Regat, âgé de 20 ans. Né le 26/11/1894 à Pers-Jussy, il était fils de Jean Regat, agriculteur à Navilly, et d'Andréanne Barbier

Quant au 97e RI, il combat devant Souchez (62). Trois de ses Pers-jussiens y perdent la vie.

François-Ernest Regat et Léon-Alphonse Desbiolles, du 97e RI

Le premier est le caporal François-Ernest Regat, né le 6/11/1892 à Pers-Jussy, fils de Marie-Élie Regat, agriculteur au Biollay et de Thérèse Constantin. Il est porté disparu le 5/05/1915. Il avait 22 ans.

Le second est le soldat Léon-Alphonse Desbiolles. Grièvement blessé au cours de ces combats, il décède le 13/05/1915 à 13 heures, à l'ambulance 2/18 à Camblain-l'Abbé (72). Âgé de 24 ans, il était né le 23/03/1891 à Pers-Jussy, fils de Jean Desbiolles, agriculteur à Vuret, et de Marie Dumont. Il a reçu la médaille militaire à titre posthume en1923.

Joseph Regat, du 1er BCP

Au 1er BCP combattait le sous-lieutenant Joseph Regat, né le 10 juin 1883 à Pers-Jussy. Il avait quitté Pers-Jussy très jeune pour Arbusigny puis Neydens, ce qui explique que son nom ne figure pas sur le monument aux morts. Devenu prêtre, il a été vicaire à Cranves-Sales, puis à Allinges. Il est décédé le 21/10/1915, "suite de blessures de guerre", à l'ambulance 5/17 de Houdain (72).

Le front d'Alsace

En 1915, quelques Pers-jussiens combattent dans lla partie alsacienne du massif des Vosges qui a été conquise et conservée en 1914 (secteur de Thann). En juillet l'armée française lance une attaque. Au 133e RI, on déplore un blessé chez les Pers-jussiens : François-Henri Lamouille, né le 7/11/1892 à Pers-Jussy, fils de Jean Lamouille, cordonnier à Chevrier, et de Marie-Léonie Dumont, chapelière.

Adrien-Joseph Chevalier, du 114e BCA

Né le 6/10/1895 à Pers-Jussy, il esr le fils de Pierre-Louis Chevalier, agriculteur à Ornex, et de Virginie Regat.

Le 22 juillet, il est tué alors que le 114e BCA progresse vers le Barrenkopf.


Adrien-Joseph Chevalier

Autres Pers-jussiens décédés en 1915

En 1915, deux Pers-Jussiens sont morts de maladie, loin du front. Leurs noms figurent sur le monument aux morts mais ils n'ont peut-être pas été reconnus "Morts pour la France" puisqu'ils sont absents du site internet "Mémoire des hommes". Ce sont :

Auguste Naville

Né le 6/08/1877 à Pers-Jussy, il est  fils de Pierre Naville, aubergiste à Chevrier, et d'Andréanne Métral. Il avait épousé Catharina Brandl le 6/11/1912 à Genève où il semble qu'il ait habité lors de la déclaration de guerre. Il appartenait au 14è Escadron du train et est décédé le 21/07/1915 à l'Hôpital militaire complémentaire de Lyon, des suites d'une maladie. Il avait 38 ans.

Alphonse-Edmond Roguet

Né le le 7/05/1896 à Pers-Jussy, il est le fils de Louis Roguet, agriculteur à Vuret, et de Marie-Eugénie Bouvard. À la mobilisation, il habitait Blouville-sur-mer (14).
Il est décédé, le 8/11/1915 à Falaise (35) mais on ignore la cause du décès. Il appartenait au 36e RI et venait d'être incorporé puisqu'il n'avait pas 19 ans.

Au cours de l'année 1915, vingt-quatre Pers-jussiens ont laissé leur vie au front ou à l'hôpital. Ils ont déjà été remplacés par les "bleuets" de la classe 1916, appelés sous les drapeaux à l'âge de 19 ans.
LES DARDANELLES (1915)

Nous ne nous sommes pas attardé  cet "épisode" car - par bonheur - aucun Pers-jussien n’y a laissé la vie. Néanmoins, en mémoire de nos concitoyens qui ont survécu à “l’enfer des Dardanelles”, nous nous devons d’évoquer cette “campagne d’Orient”. A notre connaissance, au moins trois poilus de Pers-Jussy ont participé à cette campagne : Adrien FENOUILLET, Eusèbe MARÉCHAL et Claude TISSOT. Si nos lecteurs en connaissent d’autres; ils peuvent nous les signaler.
Il faut se souvenir que les Turcs étaient entrés en guerre aux côtés de l'Allemagne et de l’Empire austro-hongrois. À la suite d’une idée malheureuse de Winston Churchill (le même qu’en 39-45), les Alliés décident de les attaquer directement, chez eux. En avril 1915, un corps expéditionnaire franco-britannique  débarque sur la presqu'île de Gallipoli qui borde le nord du détroit des Dardanelles. Il ne vise rien de moins que l’attaque d’Istanbul. Les combats sont sanglants, dans des conditions atroces. La dysenterie décime les troupes. L'opération est un fiasco. Seule l’évacuation peut être considérée comme un succès !


Bulletin n° 40 : Printemps 2006


L' ANNÉE 1916


L'année 1916 est surtout marquée par deux batailles meurtrières : celles de Verdun et de la Somme. Cependant, on se bat aussi sur tout le front, avec parfois des affrontements sanglants.
Les “poilus” de Pers-Jussy ont participé à tous ces combats mais nous nous intéresserons surtout à ceux qui ont coûté la vie à certains d’entre eux.
Le front des Vosges

Les combats pour la possession de l'arête sommitale des Vosges, commencés en 1915, se poursuivent en 1916. Trois Pers-jussiens décédés de leurs blessures à cette époque ont vraisem-blablement été touchés lors de ces combats ou lors de ceux de la fin de l’année 1915. Ce sont :
André Joseph Berthollet, du 12e BCA

Né le 1/12/1891à Paris XVIIIe, il est le fils de François Berthollet, de Reignier, et d'Étiennette Deluermoz, de Pers-Jussy. Au jour de la mobilisation il habitait Paris (1er) mais avait passé une partie de son enfance à Loisinges, chez son oncle, Joseph Chavannes.
Sergent au 12e BCA, il est décédé des suites de ses blessures le 11 janvier 1916 à l'ambulance 3-58 de Moosch (Hte-Alsace), à l’âge de 24 ans.

Joseph Maulet

Né le le 23/08/1884 à Pers-Jussy, il est le fils de Joseph Maulet, agriculteur à Chevrier, et de Joséphine Péguet. Au jour de la mobilisation il habitait chez ses parents, à Chevrier;
Soldat au 16è Escadron du train des équipages militaires, qui combattait dans les Vosges depuis 1914, il est décédé le 12 janvier1916 à l'ambulance 3/58, à Moosch (Hte Alsace), "suites de ses blessures reçues au champ d'honneur". Il avait 32 ans.

René-Jules Mieusset

Né le 22/07/1892 à Pers-Jussy, il est le fils naturel de Célestine Mieusset. Il avait été élevé par sa grand-mère à Chevranges avant de rejoindre sa mère à Genève et y exercer la profession de garçon de café. Il était marié et avait un enfant mais son épouse et l’enfant ne lui ont pas survécu longtemps.
Soldat au 133e RI, il avait combattu dans les Vosges depuis le début de la guerre. Il est décédé le 23 février 1916 à l'Hôpital St-Charles de St-Dié (Vosges), des suites de ses blessures, à l’âge de 24 ans.


La bataille de Verdun
(février - décembre 1916)

Depuis la fin de l’année 1914, le secteur de Verdun forme un saillant dans le territoire occupé par l’ennemi : il est est cerné sur trois côtés. La prise de Verdun permettrait aux Allemands de raccourcir le front et de porter un coup sévère au moral des Français. C’est pourquoi, le 20 février 1916, ils lancent une formidable offensive contre cette poche de résistance.

Après un effroyable bombardement des lignes françaises par l'artillerie (trois millions d'obus en quelques jours), une armée de plus de 250.000 hommes s'élance à l'assaut sur un front de 40 km. Ils avancent moins vite qu'ils ne l'espéraient car l’artillerie n’a pas exterminé les défenseurs français qui sortent des décombres pour résister courageusement à l’assaut de l’ennemi.
Le général Pétain est chargé de réorganiser la défense française.
Les terrains perdus au début de la bataille sont en partie reconquis par les Français pendant l'été et l'automne 1916. La "kolossale" offensive allemande se solde finalement par un échec, c’est pourquoi on parle de la “victoire de Verdun”.
Les pertes en vies humaines furent effroyables : 350.000 tués, blessés ou disparus du côté allemand, 380.000 du côté français !
Plusieurs Pers-jussiens ont dû participer à cette bataille car le 30e RI a été engagé dans ces combats et nous avons déjà signalé que ce régiment, basé à Annecy avant la guerre, avait incorporé un fort contingent de Pers-jussiens.
C’est donc presque un miracle si un seul Pers-jussien a perdu la vie à Verdun pendant l'offensive allemande :

Edmond-Auguste Lamouille, tué au Ravin de la Dame (55)

Né le le 8/01/1890 à Pers-Jussy, il est le fils de Jean Lamouille, cordonnier à Chevrier, et de Léonie Dumont.
Soldat au 30è Régiment d'infanterie (3è Bataillon, 12è Cie), il a été "tué à l'ennemi" le 12/05/1916 au Ravin de la Dame, à l'ouvrage d'Haudremont (Meuse). Il avait 26 ans.
L'ouvrage d'Haudremont appartenait au système de fortifications qui protégeait Verdun. Il était situé dans le secteur du célèbre fort de Douaumont, un peu à l’est. Le 12 mai 1916, les 10è, 11è et 12è Compagnies du 30è RI avaient pour objectif la conquête des tranchées au fond du "Ravin de la Dame" situées en avant de la "tranchée des sapeurs". Il y eut 22 tués (3 officiers et 19 hommes de troupe) dont Edmond-Auguste Lamouille. Ce soldat avait déjà été blessé à Perthes-les-Hurlus le 25/09/1915, au cours du combat où François Moënne, du même régiment, a trouvé la mort. C’est dans le ravin de la Dame qu’on a érigé le monument de la tranchée des baïonnettes.


La bataille de la Somme (février - novembre 1916)

Le 1er juillet 1916, après 6 jours de préparation d'artillerie, les Franco-britanniques montent à l'assaut des tranchées allemandes sur un front d'une trentaine de km, dans la Somme. L’offensive se poursuivra jusqu’en novembre.
Les assaillants ne progressent guère que d'une dizaine de km en direction de Péronne au prix d’une véritable hécatombe : 200.000 Français, 400.000 Anglais et 300.000 Allemands sont hors de combat ! Près d'un million d'hommes au total pour gagner moins de 200 km2, c'est-à-dire un territoire à peine plus étendu que le canton de Reignier !
Quatre Pers-jussiens ont perdu la vie dans cette aventure sanglante :

Louis
Dubouloz, mort à Barleux (80)
Né le le 31/08/1882 à Pers-Jussy, il est le fils d'Émile Dubouloz, charpentier au Chef-lieu de Pers, et de Louise Dumartheray
Le 31/07/1909, à Plainpalais (Genève), il avait épousé Marie-Julie-Rose Canon.
Au jour de la mobilisation, il habitait Plainpalais
Il était sergent au 36è R.I.C (24è Cie).
Il est tombé le 20/07/1916 à Barleux (Somme), à 4 km au S.O. de Péronne. Il avait 34 ans

 Joseph-Marie
Perréard, tué au Forrest  (80)
Né le 26/07/1891 à Pers-Jussy (Ornex), il est le fiils de Jean-Claude Pérréard et de Célestine Laphin.
Il était célibataire et, au jour de la mobilisation, il habitait Cruseilles (au jour de son décès, sa famille habitait Reignier).
Il était chasseur de 2è classe au 13è B.C.A. Il a été "tué à l'ennemi" le 3/09/1916 "au combat de la Ferme de l'Hôpital" à Le Forest (Somme). Il avait 25 ans.
Ce jour-là s’était produit une attaque française : le 13e BCA avait engagé un "corps à corps terrible" dans le "chemin creux".
Il fut inhumé sur le champ de bataille par son frère, Alphonse PERRÉARD, qui combattait dans la même unité. Après la bataille, Alphonse n'a jamais pu retrouver la tombe. Le corps de Joseph a peut-être été exhumé par la suite mais il n'a pas été identifié car son frère avait ôté sa plaque d’identité.
Son nom figure sur les monuments aux morts de Pers-Jussy et de Reignier.

Eusèbe Constantin, dit Refond
, tué au Forrest  (80)
Né le 26/07/1891 à Pers-Jussy (Ornex), il est le fiils de Jean-Claude Pérréard et de Célestine Laphin.
Né le 5/02/1891à Pers-Jussy (Ornex), il est le fils de Marie Constantin et de Marie Sage.
Il était célibataire et, au jour de la mobilisation, il habitait Pers-Jussy (Marny).
Il était chasseur de 2è classe au 13è BCA.
Il a été "tué à l'ennemi" le 3/09/1916 au même lieu et au même moment que son classard et concitoyen Joseph-Marie Perréard. Il avait 25 ans.
Il fut également inhumé sur le champ de bataille par Alphonse Perréard aux côtés de Joseph Perréard. Son corps n’a pas été retrouvé.

 Jean-Marie Constantin, tué à Berny-en-Santerre (80)

Né le 23/06/1886 à Pers-Jussy (Vuret), il est le fils de François Constantin et de Françoise Mermoud.
Il était célibataire et, au jour de la mobilisation, il habitait  Pers-Jussy (Vuret).
Il était soldat de 2è classe au 328è R.I. (5è Bat., 19è Cie).
Il est décédé le 6/09/1916 à 15 heures 30 à Berny-en-Santerre, canton de Chaulnes (Somme), "par suite de blessures de guerre par balles". Il avait 30 ans.       


Le front de Champagne

Deux Pers-jussiens y ont laissé la vie en 1916.

Marie Auguste Vachoux, tué Jubécourt (53-

Né le 22/11/1875 à Arbusigny, il est le fils de Jean-François Vachoux et de Philomène Duvernay.
En 1900 il avait épousé Françoise Mieusset, de Chevranges. Le couple avait trois enfants : Edmond (1902), Olga (1904) et Irène (1908).
Au jour de la mobilisation, il habitait Chevranges.
Il était soldat au 105e Régiment d’Infanterie territoriale. C’était donc un “territorial”, un “vieux”, un “pépère”, un de ceux à qui on avait dit qu’ils étaient mobilisés pour garder les voies ferrées ! Et malgré son âge et ses trois enfants, il est monté au front.
En fait, il a été porté disparu le 30/05/1915 à Jubécourt, au sud de l’Argonne (53), mais le décès n’a été confirmé qu’en 1916. Il avait 41 ans.


Joseph Naville, mort à la ferme de Mon Moret (51)

Né le le 25/11/1888 à Pers-Jussy, il est le fils d'Alexandre Naville, agriculteur à Marny, et de Mariette VACHOUX. Il était célibataire et, au jour de la mobilisation, habitait chez ses parents à Marny.
Soldat de 2è classe au 109è Régiment d'infanterie, il est mort au combat le 19/07/16 à 20 heures à la ferme de Mont-Moret (51). La ferme de Mont-Moret est située à 2 km au NE de Châtel-Raould ( sur la voie ferrée de Brienne à Vitry).
Il avait 28 ans.

Il nous faut également citer encore un Pers-jussien mort en 1916 mais dont nous ne connaissons pas les circonstances du décès.


Jean-Pierre Raoul REGAT, décédé à l'hôpital 

Né le le 20/11/1875 à Reignier, il était le fils de Joseph-Marie Regat, agriculteur à Ornex, et d'Andréanne Chevallier.
Il n’habitait peut-être pas Pers-Jussy en 1914.
Soldat au 157è Régiment d'Infanterie, il est décédé le 4/07/1916 à l'Hôpital Bondonneau, commune d'Allan (près de Montélimar ?).
Il avait 41 ans.


Bulletin n° 41 : Quatrième trimestre 2007

L’ANNÉE 1917


L’Etat-major allemand, au moins provisoirement, change de stratégie sur le front français. Il y adopte une politique purement défensive afin de porter ses efforts sur le front russe où son adversaire est affaibli  par la révolution de février 1917 et la chute du tsar. À cette fin, dès le début du mois de mars, il décide de raccourcir le front entre Arras et Laon. Les troupes allemandes se replient sur une ligne fortifiée préparée à l'avance.
Peu après ce recul volontaire, survient l'entrée en guerre des États-Unis (2 avril 1917). Il faudra cependant attendre longtemps avant que leurs troupes ne soient opérationnelles en Europe. Pendant des mois, les Anglais, les Belges et les Français continueront de combattre seuls.
Dans le présent bulletin nous nous contenterons de suivre les poilus de Pers-Jussy sur un seul front : celui de l’Argonne

Le front de l’Argonne : de janvier à avril 1917

La retraite allemande, purement stratégique, est mal interprétée par les Alliés : elle donne de faux espoirs au général Nivelle, qui a remplacé Joffre à la tête des armées françaises. Il croit que la percée est possible et, en coordination avec les britanniques, il concocte le plan d’une attaque d’envergure dans l’Argonne, secteur à cheval sur les départements de l'Aisne et de la Marne.
Avant même le déclenchement de cette offensive, des escarmouches locales coûtent la vie à deux Pers-jussiens sur ce front ou à proximité.

Jules Tissot

Né le le 22/12/1882 à Pers-Jussy, il est le fils de Cyrille Tissot agriculteur à Loisinges, et de Jeannette Maulet.

Il était célibataire et, au jour de la mobilisation, il habitait Pers-Jussy (Loisinges).
Soldat au 311è Régiment d'infanterie, il est décédé le 19/03/17, à 6 heures, par suite de blessures de guerre au combat de la “Fille-morte”. La “Fille-morte” est un lieu-dit situé  à 2,5 Km au NE de La Chalade, hameau de la commune de Ste-Menehould.
Il avait 35 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy.

Paul-François Laphin

Né le le 25/08/1894 à Cornier, il est le fils de Julien Laphin et de Clotilde Navilloux. Il était sans doute célibataire et, au jour de la mobilisation, il habitait vraisemblablement chez ses parents.
Soldat de 2è classe au 279è Régiment d'infanterie (14è Cie), il est décédé le 29/03/1917, à 16 heures, à l’ambulance de Blérancourt (Aisne) “par suite de ses blessures reçues sur le champ de bataille au combat d'Ostel (Aisne)”. Il était âgé de 23 ans.
Le 279è RI a participé à une importante offensive dans l’Aisne en mars 1917.    
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy et sur celui de Cornier.
Il a été décoré de la Médaille militaire.

Le Chemin des Dames (16 avril - 10 mai 1917)

Malgré de fortes réticences dans les milieux gouvernementaux et même militaires, le général Nivelle choisit de lancer une offensive massive dans l’Argonne. Auparavant, il demande aux Anglo-Canadiens d’attaquer sur son flanc nord pour faire diversion. Ce sera la fameuse bataille de Vimy, remportée par les Canadiens. Au moment des fêtes de  Pâques 2007, on a commémoré le 90e anniversaire de cet événement en présence de la reine d’Angleterre.
Pour tenter de percer le front, Nivelle a choisi le secteur du “Chemin des Dames”. Ce chemin - en noir sur la carte - longe la bordure d’un plateau qui domine les lignes françaises. L’escarpement qui limite le plateau est truffé de cavernes dont les Allemands ont tiré parti  pour le fortifier. Au delà du Chemin des Dames, le terrain est accidenté, semé d’obstacles, coupé de bois. Pour nos soldats, c’est “mission impossible” mais Nivelle en a décidé ainsi !
La bataille est précédée d’une longue préparation d’artillerie qui commence le 2 avril mais ne détruit que très partiellement les défenses allemandes. Le 16 avril 1917, Nivelle lance l’offensive sur un front d'une cinquantaine de km. Dans le secteur de Berry-au-Bac, les fantassins sont appuyés par les premiers chars d’assaut.
Le généralissime misait sur une avance fulgurante de ses troupes mais les premières vagues se heurtent aux solides défenses allemandes et seuls quelques kilomètres carrés sont conquis au prix de pertes considérables. Dès les premières heures, il apparaît que l’offensive est un échec. Nivelle avait promis d’arrêter l’assaut en cas d’échec mais il persévère  pendant près d’un mois et les pertes sont lourdes des deux côtés.
Début mai, nos soldats arrivent sur le Chemin des Dames mais le bilan est effroyable : du 16 avril au 10 mai, on compte près de 150.000 français mis hors de combat (tués ou blessés). Au Chemin des Dames, le généralissime Nivelle a acquis pour la postérité une détestable réputation.
A la mi-mai 1917, Nivelle est limogé avec trois autres généraux. Il est remplacé par Pétain à la tête des armées françaises.

Dans le prochain bulletin nous évoquerons les tragiques conséquences de cette offensive meurtrière, en particuliers les célèbres mutineries de 1917.


Trois Pers-Jussiens au moins sont morts dans cette offensive du “Chemin des Dames”.


François (-Joseph) Laphin, décédé  à Ostel (02)

Né le le 26/10/1887 à Pers-Jussy, il est le fils de Maurice Laphin , agriculteur aux Pittet, et de Marie-Horthense Navilloux.

Il avait épousé Joséphine Bel le 21/11/1913 et avait un tout jeune enfant, Abel (qui plus tard, sera boulanger au Chef-lieu de Pers-Jussy)
Il habitait sans doute Pers-Jussy au jour de la mobilisation.
Soldat de 2è classe au 54è Régiment d’infanterie (7è Cie), il est décédé le 6/05/1917 à 18 h 30 à Ostel (Aisne), “par suite de blessures occasionnées par un obus”. Il allait avoir 30 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy

Jean Constantin, décédé à Beaulne-et-Chivy (02)

Né le 31/03/1895 à Pers-Jussy, il est le fils de Jean-Marie Constantin, agriculteur au Biollay, et de Félicie Regat.
Au jour de la mobilisation, il était célibataire et habitait Pers-Jussy (Le Biollay).
Il était zouave de 2è classe au 1er Régiment mixte de zouaves et de tirailleurs (5è Cie). En avril 1917, ce régiment à été  transféré dans l’Aisne. Du 16 avril au 16 mai, il a participé à la bataille du chemin des Dames.
Jean Constantin est mort au combat le 11 mai 1917 à 12 heures, à Beaulne-et-Chivy, commune située à  une vingtaine de km au NE de Soissons (Aisne) qui a été rayée de la carte par la bataille du Chemin des Dames.
Il avait 22 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy.

Joseph-Marie Péguet, décédé au Berry-du-Lac (02)
 

Né le le 18/04/ 1897 à Pers-Jussy, il est le fils de Jean-Marie Péguet, agriculteur aux Pittet, et de Jeanne-Marie Lambert.
Au jour de la mobilisation, il était célibataire et habitait Pers-Jussy (Les Pittet).
Chasseur au 53è Bataillon de Chasseurs Alpins, il est décédé le 21/5/17 “sur le champ de bataille, par blessure de guerre au combat de Berry-au-Bac”, localité située sur l’Aisne, à 9 km au SW de Craonne (Craonne - prononcer Cran-ne - est la commune emblématique du Chemin des Dames).
Il venait d’avoir 20 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy.

Bulletin n° 47 : Été 2007

 Les conséquences du désastre du Chemin des Dames

Aiu cours de la sanglante offensive du Chemin des Dames. Les troupes françaises ont été décimées par des attaques au cours desquelles les poilus ont eu l’impression  d’être sacrifiés pour rien . Il en résulte une “grogne” qui enfle et devient révolte.

Les mutineries de 1917 (mai - juin - juillet 1917)

L'hécatombe du Chemin des Dames et le mépris de Nivelle pour la vie des hommes se répercutèrent sur le moral des troupes. Il y eut des actes de désobéissance plus ou moins graves allant jusqu'à la mutinerie de régiments entiers. Les estimations sur le nombre des mutins varient de 50.000 à 100.000 selon les sources. En fait, les mutins ne refusaient pas de combattre, mais ils refusaient d’aller se faire massacrer pour satisfaire l’ego surdimensionné d’un général en chef en quête d’un bâton de maréchal.
La riposte fut rapide et on discute encore aujourd'hui de l'ampleur de la répression. Selon les estimations les plus modérées, il y aurait eu 412 condamnations à mort mais "seulement" 55 exécutions. On ne sait pas si des Pers-Jussiens ont été plus ou moins directement impliqués dans ces événements. Toutefois, dans la dernière lettre adressée à ses parents, Marcel Maréchal écrit qu'il vient de vivre le pire moment de la guerre : il a fait partie d'un peloton d'exécution. Le fusillé était-il un mutin de 1917 ?


La chanson de Craonne

Elle exprime tout le désenchantement des poilus lors des combats du Chemin des Dames. Nous n’en citerons que le refrain.

Adieu la vie, adieu l'amour !
Adieu toutes les femmes!
C'est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau.
Car nous sommes tous condamnés.
C'est nous les sacrifiés !

On  ignore l’origine et l’auteur de cette chanson. Une prime importante et le retour à la vie civile furent même offerts à celui qui dénoncerait l’auteur ! Elle demeura interdite  jusqu’en 1974 !


Ci-contre

UNE CITATION EN 1917
(Le Messager agricole du 1/12/1917)

Les journaux locaux ne manquaient pas de signaler les actes de bravoure des poilus de la région.
Germain-Joseph Naville né vers 1894 était le fils de Jean Naville et de Josephte Bouvier, de La Collay.
Il semble qu’il était absent de Pers-Jussy au moment de la mobilisation et qu’il n’y soit pas revenu après la guerre.


Bulletiin n° 46 (automne 2008)


1917


LES FRONTS HORS DE FRANCE

Pour la plupart, les poilus de Pers-Jussy ont combattu en France, sur ce vaste front qui s’étendait de la Mer du Nord à la frontière suisse. Quelques-uns cependant ont été envoyés hors du territoire national. Il ne faut pas oublier que la guerre de 1914-1918 a été appelée “la première guerre mondiale”. On a combattu l’Allemagne et ses alliés sur tous les continents sauf l’Amérique : en Asie contre les Turcs, en Afrique et en Océanie où se trouvaient des colonies allemandes. Les poilus de Pers-Jussy n’ont pas quitté l’Europe mais ils ont eu l’occasion de combattre dans les Balkans (front d’Orient) et en Italie (front italien).

Les campagnes d’Orient
Quand nous avons passé en revue l’année 1915, nous avons évoqué la désastreuse expédition des Dardanelles. Indépendamment de cette “aventure”, dès le début de la guerre, les Alliés envoient un corps expéditionnaire au secours des Serbes. Il s’agit de l’Armée d’Orient qui débarque à Salonique, sous le commandement d’un Français, le général Sarrail. Après bien des mésaventures, l’armée alliée se replie sur Salonique pour dissuader la Grèce et la Roumanie, restées neutres, d'entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne et de la Turquie. Fin 1916, l’armée germano-bulgare envahit la Macédoine de l’Est, les Alliés - maintenant commandés par un autre français, le général Franchet d’Esperey - contre-attaquent dans les montagnes macédoniennes et poursuivent leur offensive en 1917 et 1918. Notre concitoyen Gustave Péguet, de Loisinges, a participé à ces opérations lointaines au cours desquelles un enfant de Pers-Jussy a trouvé la mort, il s’agit de

Jean-Marie Péguet, artilleur, tué à Sakulovo

Né le le 4 juillet 1883 à Pers-Jussy, il est le fils de Xavier Péguet, cantonnier aux Cornus, et de Marie Maulet.
Brigadier au 109è Régiment d'artillerie lourde (5è Batterie), c’était un des rares artilleurs de Pers-Jussy.
Il est décédé le 20/9/17 à 14 heures à l’Ambu-lance 2 à Sakulovo (Macédoine), “des sui-tes de maladie contractée en service commandé”.
Il avait 34 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy.

La campagne d’Italie

L’Italie est entrée en guerre aux côtés des Alliés le 23 mai 1915. Les troupes italiennes combattent principalement contre les Autrichiens dans l’espoir de récupérer les territoires italophones restés rattachés à l’empire austro-hongrois après l’unification italienne. .
Après deux années de guerre sur un front relativement stable, les troupes italiennes commandées par le général Cadorna* sont mises en déroute à Caporetto à la fin du mois d’octobre 1917. Elles se replient en désordre sur 150 km mais parviennent à arrêter l’avance ennemie sur le Piave (un fleuve qui descend des Alpes vers la mer Adriatique), au Nord-Est  de Venise. Pris de panique, le gouvernement italien demande du secours à ses alliés. Un corps expéditionnaire français est alors envoyé sur le front italien. Le transfert s’effectue par le rail à la cadence de 42 trains par jour ! Plusieurs bataillons de chasseurs alpins en font partie dont le 13è avec Alphonse Perréard et Louis-Ernest Nicollet, le 22è avec Arthur Nicollet, le 51è avec René Perréard.
Sous les commandements successifs des généraux Foch et Fayolle, la situation des Alliés se rétablit et le corps expéditionnaire français est rapatrié en avril-mai 1918.
Tous les Pers-Jussiens qui ont participé à cette expédition sont, semble-t-il, revenus indemnes ou presque.

* Les soldats Français ont composé
e, dans un jargon franco-italien, une chanson satirique assez féroce sur le général Cadorna. Je me souviens d'un couplet chanté par un ancien poilu dans les annéz 40.
lo dzénaral Cardona manndgia la bistèca
pendant qu'le pauv' soldat au front manndgia la castagna sèca
(transcription en écriture phonétique).


Bulletin n° 48 (printemps 2008)

1918

Le début de l’année 1918 peut-ête considéré comme relaticment calme. Un Pers-jussien a néanmoins pedu la vie au cours de cette période

(Jules-) Marcel Maréchal, mort des suites de blesures de guerre

Né le le 8/05/1897 à Pers-Jussy, il est le fils de Joseph-Andréa Maréchal, agriculteur (en 1897) au chef-lieu, et d’Alphonsine Martin, institutrice.
Situation de famille : célibataire
Domicile au jour de la mobilisation : Pers-Jussy (Élève-maître à l’É.N. d’Instituteurs de Bonneville).
Caporal au 22è Régiment d’Infanterie (3è Cie); il est décédé le 20/03/1918, à 18 heures, “suite de blessures de guerre”, à l’Hôpital auxiliaire n° 31, rattaché à l’H.O.E. de Morvillars (Territoire de Belfort). Il avait 21 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy.
Observations :
Décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.
Dans sa dernière lettre il disait qu’il venait de vivre le moment le plus dramatique de la guerre : il avait fait partie d’un peloton d’exécution (il s’agissait peut-être de l’exécution d’un mutin de 1917). (D’après les souvenirs de sa sœur).



LA GRANDE OFFENSIVE ALLEMANDE DE 1918  

Quand l’Allemagne a failli gagner la guerre

Au début de l’année 1918, l’état major allemand prépare une attaque qu’il espère décisive. Son but : réussir enfin la “percée”. Des deux côtés du front, on en rêvait depuis le début de 1915 mais toutes les tentatives avaient échoué dans un bain de sang.
Le plan conçu par le général allemand Ludendorff est simple et brutal. C’est une méthode qui avait bien réussi aux Allemands sur le front russe : il consiste à asséner des coups de massue préparés dans le plus grand secret et porté avec toutes les forces disponibles en un seul point, convenablement choisi. On distingue plusieurs “coups de massue”, portés successivement, ne des ponts différents

L’offensive sur l’Aisne

Le premier “coup de massue” est asséné à partir du 21 mars contre les troupes anglaises, dans la région de St-Quentin, tout près de la jonction avec l’armée française. Le Grand État-major allemand sait bien que la principale faiblesse de l'Entente est dans l'absence d'un commandement unique. Le brouillard est intense, les défenseurs sont étourdis par le furieux bombardement qu'ils viennent de subir et les épaisses nappes de gaz qui enveloppent les tranchées favorisent encore la surprise. Les Alliés sont contraints au repli
Pour saper le moral de l’arrière, les Allemands mettent en place un canon à très longue portée (120 km), qui bombarde Paris : ce canon a été appelé “la grosse Bertha”. La situation devient extrèmement grave et le gouvernement français envisage de quitter Paris pour Tours.
Le 26 mars, une décision capitale est prise : les autorités françaises et anglaises décident de confier la coordination de toutes les troupes alliées à une seule personne : le général Foch. Des troupes française, envoyées en renfort à la hâte, parviennent à  à stabiliser le front.
Début avril, l’’ennemi n’a pas atteint son objectif mais il a fortement progressé : il a dépassé Montdidier.

L’offensive en Flandres

Après une accalmie d’une dizaine de jours, le 9 avril, les Allemands repartent à l’offensive en Flandres pour un second coup de boutoir contre le secteur britannique. Les Anglais résistent bien et Foch, qui vient d’être nommé commandant en chef de toutes les troupes alliées, ramène des réserves françaises et l’offensive allemande s’enlise. Les Alliés, avec un gros renfort américain, poussent même des contre offensives victorieuses. Fin mai, la seconde offensive allemande paraît stabilisée.
Au cours de cette offensive en Flandres, un Pers-Jussien perd la vie, il s’agit de :

Jean-Marie Duvillard, disparu à Locre (Belgique)

Né le le 7/05 1889 à Pers-Jussy, il est le fils de Julien DUVILLARD, dit Perry, maçon à Ornex, et de Marie-Eugénie MONTAGNOUX.

Au jour de la mobilisation, il est célibataire et habite chez ses parents, à Ornex
Soldat au 414è Régiment d'Infanterie. Le 29/04/1918, aux environs de Locre (Belgique), ce régiment a été engagé dans une très violente bataille, à l’issue de laquelle J.-M. Duvillard  a été disparu. Il avait 29 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de P-J.

L’offensive en Champagne

Fin mai, les Allemands lancent une troisième offensive qui a bien failli réussir. Ils concentrent très discrètement des troupes dans le secteur du Chemin des Dames où la ligne de front n’a pas évolué depuis la terrible bataille de 1917. Le 26 mai au soir, ils passent à l’attaque avec de gros effectifs. Ils progressent fortement en direction de Soisons, Reims et Compiègnes la situation des Alliés devient difficile; leurs troupes reculent mais contiennent l’ennemi. L’offensive se termine le 13 juin sans que Compiègnes ait été prise.

Cette offensive a été particulièrment meurtière pour les Pers-jussiens : quatre morts.

Paul Dompmartin, tué au Charmel (51)

Né le 27/06/1893 à Pers-Jussy, il est le fils de Jean-Claude Dompmartin, agriculteur au chef-lieu et de Lucie Barbier.
Au jour de la mobilisation, il est  célibataire  et habite chez ses parents.
Il était un des rares cavaliers de Pers-Jussy et servait à l'état-major du 7è Régiment de Cuirassiers. Il est.décédé le 30/05/1918 à 5 heures, au nord du Charmel
( à 7 km au NO de Dormans) "par suite d'éclats d'obus à la tête et aux reins". Il s’était porté volontaire pour une opération en remplacement d’un de ses camarades marié et père de famille. Il avait 25 ans.et avait déjà été blessé auparavant.
Il a été enseveli à La Ferre-en-Tardenois. Son nom figure sur le monument aux morts de P-J.
Observation : il était le frère d'Éloi DOMPMARTIN qui sera maire de Pers-Jussy de 1935 à 1944.

Francis (-Marie) Bouvard, décédé à Bonnesvalyn (02)

Né le le 18/02/1898 à Pers-Jussy, il est le fils de Claude-Joseph Bouvard et de Marie-Angeline Calligé.
Au jour de la mobilisation, il est célibataire et "ouvrier journalier" à Marnaz
Soldat au 167è régiment d'Infanterie, il est décédé le 1er juin 1918 à Bonnesvalyn (Aisne) dans des circonstances inconnues.
Il avait 20 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy.
Victor (-Gustave) Chambet, mort des suites de ses blessures

Né le 17/09/1897 à Pers-Jussy, il est le fils de Félix Chambet, charron à Jussy, et de Marie-Clémentine Forestier.
Au jour de la mobilisation, il est célibataire et habite chez ses parents:
Il est soldat au 403è Régiment d'Infanterie (9è Cie) . Début juin ce régiment est engagé dans une violente bataille et subit de lourdes pertes : le 9/06/1918, Victor Chambet est blessé et entre à l'ambulance 5/59. Il décède le 10 juin 1918 à 10 heures à Compiègne (Oise), des "suites de blessures de guerre". Il n'avait pas encore 21 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy.
Observations : Victor CHAMBET était le frère de Mme MIEUSSET, qui a longtemps tenu le magasin de chaussures du même nom, rue de la gare à Annemasse.

 François (-Xavier) Passerat, tué à Saint-Maur (60)

Né le le 7/09/1879 à Pers-Jussy, il est le fils de Jean PASSERAT, sabotier au chef-lieu de Pers-Jussy et d'Andréanne LACROSAZ.
Sapeur au 4è Génie (Cie 8/63, il a été "tué à l'ennemi sur la champ de bataille", le 9 juin 1918 à St-Maur (Oise). Il avait 39 ans.
Il y a deux St-Maur dans l'Oise : un à 6 km au SO de Granvillers, l'autre à 4 km au SO de Ressons-sur-Matz. Ici, il s’agit sans doute du second.    

Bulletin ° 49 (été 2008)

LA FIN DE L’OFFENSIVE ALLEMANDE ET LE DÉBUT DE LA LA CONTRE-ATTAQUE ALLIÉE
 
Le rouleau compresseur allemand a été stoppé devant Compiègne mais il reste puissant d’autant plus qu'il reçoit des renforts venant de l’Est (la Russie a capitulé). Toutefois, chez l’ennemi, le moral des troupes et de la population civile sont en baisse. Voyant que les Alliés se renforcent avec l’arrivée massive de troupes américaines, l’État-major allemand décide de lancer une nouvelle offensive. Il espère mettre à genoux ses adversaires et remporter la victoire décisive. Pour cela, il jette toute ses forces dans la bataille sur une front de 90 km, en Champagne, entre Château-Thierry (02) et Massige (commune de Ville-sur-Tourbe - 51).

L’offensive allemande du 15 juillet

Le 14 juillet 1918, la machine est au point et le 15 juillet, à 0 heure, une préparation d’artillerie, avec obus toxiques et large emploi d’ypérite (gaz asphyxiant), ébranle le sol sur plusieurs centaines de kilomètres. Des obus monstrueux s’écrasent en même temps sur Châlons, sur Epernay, sur Dunkerque et jusque sur Paris. Cette débauche de munitions dure quatre heures. A sa faveur, l’infanterie allemande s’est portée en avant, prête à franchir la Marne grâce à des ponts et des passerelles jetés sur la rivière. L’ordre est d’avancer, coûte que coûte, à raison de 1 kilomètre à l’heure.
Mais l’État-major allemand ignore que son attaque sur le front de Champagne était  prévue depuis longtemps par le commandement allié : nos observatoires et nos avions avaient signalé devant nos lignes de formidables approvisionnements d'obus. En prévision de cet assaut, Pétain avait donné l’ordre d’abandonner la première ligne française en laissant de simples îlots de résistance entre la première ligne et la seconde ligne françaises. Ces îlots opposent une résistance héroïque qui ralentit et fatigue la vague d’assaut allemande. Celle-ci est alors décimée par un violent tir de l’artillerie alliée et taillée en pièces par la seconde ligne française, intacte.
D’autres attaques allemandes sur la Marne sont repoussées soit par des troupes franco-italiennes soit par les Américains.
Il faut noter que le succès de la contre-offensive alliée doit beaucoup à l’intervention de 470 chars d’assaut Renault qui jettent le désarroi chez l’adversaire.

La seconde victoire de la Marne

Toutefois, c’est seulement le 21 juillet au soir que la grande offensive allemande se transforme en une victoire décisive des Alliés : c’est ce qu’on a appelé “la seconde victoire de la Marne”, en souvenir de la première victoire de la Marne de 1914. Cette  victoire eut  un immense retentissement dans le monde entier et la victoire finale ne semblait plus devoir échapper aux Alliés.
Deux Pers-jussiens ont trouvé la mort au cours de cette phase décisive de la guerre.

(Achille-) René
Perréard, tué à Neuilly-Saint-Front
Né le 24/08/1896 à Pers-Jussy (Ornex), il est le fils de Jean-Claude Perréard et de Célestine Laphin.
Situation de famille : célibataire.
Domicile au jour de la mobilisation : Cruseilles, mais, au jour de son décès, sa famille habitait Reignier (Yvres).
Chasseur de 1ère classe au 51è B.C.A.
Mort au combat le 20/07/1918 à Neuilly-Saint-Front, commune située près de l'Ourcq, à 17 km au Nord de Château-Thierry. Il avait 22 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy et sur celui de Reignier.

François (-Victor)
Roguet, mort à Bois-de-Reims (51)
Né le 27/02/1892 à Pers-Jussy; il est le fils d'Émile Roguet, charpentier au chef-lieu de Pers et de Marie Chambet.
Situation de famille : célibataire.
Domicile au jour de la mobilisation : Pers-Jussy
Caporal au 97è Régiment d'Infanterie.
Décédé le 25/07/1918, à 19 heures à Bois-de-Reims devant Chaumuzy (Marne). Il avait 26 ans.
Son nom figure sur le monument aux morts de Pers-Jussy.

Bulletin n° 50 (automne 2008)

LA CONTRE-ATTAQUE ALLIÉE ET LA FIN DU CAUCHEMAR

(juillet - novembre 1918)


Le reflux et la démoralisationde l’armée allemande

Après la seconde victoire de la Marne  les Allemands sont contraints au repli en Champagne pour éviter l’encerclement et l’espoir change de camp. Stimulés par ce recul, les Alliés (Français, Britanniques, Canadiens, Australiens, Américains, etc...) repartent de l’avant avec le renfort des chars, de l’artillerie et de l’aviation. Devant cet assaut, l’ennemi recule en abandonnant un abondant matériel et de nombreux prisonniers. La démoralisation s’empare de l’armée allemande et gagne la population.
Septembre, octobre et le début de novembre sont surtout marqués par la forte progression des Alliés et les défections successives des puissances alliées de l’Allemagne : Bulgarie (29/09), Turquie(31/10),  Autriche-Hongrie (3/11).

L'armistice

Pendant ce temps, les troubles s’exacerbent en Allemagne : la “rue gronde” et des marins se mutinent. Guillaume II abdique le 9 novembre. La république est proclamée en Allemagne et l’armistice est signé à Rethondes le 11 novembre entre les Alliés et le nouveau pouvoir. Les conditions imposées par les Alliés sont sévères :
- évacuation rapide des régions occupées,
- occupation par les Alliés de la rive gauche du Rhin ainsi que d’une bande de dix kilomètres de large sur la rive droite,
- renonciation aux avantages donnés à l’Allemagne par le traité de Brest-Litovsk passé avec les Russes,
- livraison de la flotte de guerre (dont les sous-marins),
- etc...
Pendant cette dernière phase de la guerre, la commune de Pers-Jussy a encore perdu un de ses enfants au front mais sept autres sont morts des suites de la guerre sans qu’on connaisse toujours la date de l’événement (blessure ou maladie) qui fut à l’origine du décès.

Sylvain Laverr!ère, mort des suites de ses blesures
Né le 2/04/1889 à La Muraz.
Caporal au 340e RI, il est mort des “suites de blessures de guerre” le 3/09/1918 et a été inhumé au cimetière militaire de Chevillecourt (60).
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Pers-Jussy à l’année 1918 mais avec le prénom de Célestin, or les archives militaires ne recèlent aucun soldat mort pour la France s’appelant ainsi ; d’autre part, il semble qu’il ait été recensé à Pers-jussy pour le conseil de révision de la classe 1909. Il devait donc habiter à Pers-Jussy à cette époque. Peut-être était-il domestique de ferme.
Son  nom figure également sur le monument aux morts de La Muraz avec le prénom de Sylvain.
NB : Nous avons mis 12 ans pour identifier cet "inconnu" du monument ausx morts mais le doute est encore permis sur notre conclusion.

Léon (-Fernand ) Mieusset, mort à Dallon (02)
Né le 16/06/1894 à Pers-Jussy, fils d'Émile, agriculteur à La Collay, et de Marie Chevallier.
Célibataire, il habitait sans doute chez ses parents au jour de la mobilisation.
Caporal au 32è BCA (3è Cie), il a été  "tué à l'ennemi suite de blessures multiples par éclats d'obus" le 19/09/1918, à 11 heures, à la Corne Nord-Est du Pas-de-Margerin (ou du Bois de Margerin), commune de Dallon (Aisne). Il avait 24 ans.
Dallon se trouve sur la Somme à 4 km au SO de St-Quentin.

Léon (-Joseph) Constantin, mort à l'hôpital

Né le le 15/05/1880 à Pers-Jussy, fils de feu Frédéric, agriculteur aux Cornus, et de Marie-Josephte Berger.
Il semble ne plus habiter à Pers-Jussy au jour de la mobilisation.
Soldat au 54è Régiment d'artillerie de campagne (il  est un des rares artilleurs de P-J), il décède le 30/09/1918 à 21 heures, à l'Hôpital Février de Châlons (Marne). Il avait 38 ans.

Arthur (-Narcisse) Nicollet, mort des suites de ses blesures

Né le le 17/012/1896 à Pers-Jussy, fils de Jean-Marie, agriculteur chez les Pittet et de Françoise Pittet.
Il habitait chez ses parents au jour de la mobilisation
Chasseur au 22è BCA (2è Cie), il décède le 5/10/1918, à 12 heures, à l'ambulance 7/13, à Hattencourt (Somme), "des suites de blessures de guerre". Il avait 22 ans.
Du 1er au 15 octobre le 22è BCA a participé à une offensive au cours de laquelle Arthur Nicollet a pu être mortellement blessé.
C’était l’oncle de notre amie Josie, secrétaire des APJ, dont le père fut grièvement blessé à cette époque. La famille Nicollet a été durement éprouvée pendant la guerre : 2 fils tués et un mutilé.

Ernest (-François) Naville, le seul "aviateur" de Pers-Jussy, mort des suites de la guerre

Né le le 17/11/1892 à Pers-Jussy, fils de François, agriculteur à Chevrier, et d'Andréanne Gignoux..
Marié le 11/12/1916 à L'Isle-Adam avec Noémie-Julia-Léonie Lepoivre.
Au jour de la mobilisation, il habitait Paris.
Soldat au 2ème Groupe d'aviation, il est décédé le 6 octobre 1918 à L'Isle Adam (95) des suites de la guerre. Il avait 25 ans. C’était le seul “aviateur” de Pers-Jussy.
 
(Claude-) Marius Mugnier, mort des suites de maladie contractée en service

Né le 23/12/1894 à Pers-Jussy, fils de Joseph, agriculteur à Chevrier, et d'Eugénie Panthin...
Marié le 10/10/1917 à Arenthon avec Andréanne-Félicie Genou, il habitait Pers-Jussy (Chevrier) au jour de la mobilisation.
Canonnier de 2è classe au 5è Régiment d'Artillerie de campagne (c’était lui aussi un des rares artilleurs de P-J), il est décédé à l'ambulance 13/4 de Coulommiers (77), le 10/10/1918 à 12 heures 30, "des suites de maladie contractée en service". Il avait 24 ans.
 
Ernest (-Félicien) Maréchal, mort des suites d'une maladie contractée à l'armée

Né le le 2/05/1889 à Pers-Jussy, fils de Pierre-Félix, aubergiste au chef-lieu de Pers  (la "Pension Maré-chal", devenue "Le verger") et de Marie Chappuis.
Marié le 18/06/1913 à Pers-Jussy avec Franceline-Élise Dompmartin, de Pers-Jussy (Vercot ?)
Au jour de la mobilisation, il habitait Pers-Jussy, où il exerçait la profession de boucher.
Caporal au 97è Régiment d'Infanterie, il est décédé le 18/10/1918, à l'hôpital de Chambéry, des suites d'une maladie contractée à l'armée. Il avait 29 ans.

François Constantin, décédé après l'armistice

Né le 13/05/1888 à Pers-Jussy (Les Cornus)
Fils de Phanus Constantin, agriculteur aux Cornus, et d'Henriette Verdan, il habitait, semble-t-il , Pers-Jussy lors de la mobilisation.
Soldat au 230è Régiment d'Infanterie, il est décédé le 21/11/1918, donc après l’armistice, à Ferney-Voltaire, sans doute des suites de ses blessures. Il avait 30 ans.

LE “SOLDAT INCONNU” DU MONUMENT AUX MORTS DE PERS-JUSSY

Sur le monument aux morts de P-J, à l’année 1918, figure le nom d’Eugène REGAT, strictement inconnu à Pers-Jussy et absent des listes officielles des “morts pour la France”. Qui était-il ? Mystère. Peut-être un descendant de Pers-jussiens émigrés à Genève ?

TÉMOIGNAGES DE PERS-JUSSIENS À PROPOS DE L'ARMISTICE


Lors de la préparation de notre exposition de 1997 consacrée aux Pers-jussiens pendant la grande guerre, nous avions recueilli les témoignages de quelques anciens qui avaient connu cette époque.
 
Vous souvenez-vous de l'armistice du 11 novembre 1918 ?

Madame NAVILLE, née Gabrielle MARÉCHAL (91 ans)  "Il neigeait à gros flocons. J'avais 12 ans. J'étais seule au café, ma mère était allée à pied à Amancy pour la sépulture d'une cousine morte de la grippe espagnole. Les cloches ont sonné. On a su que c'était fini. Les femmes de soldats qui étaient allées à Reignier toucher leur maigre allocation les ont entendues sur le chemin du retour. Elles sont venues au café et ont utilisé l'argent de leur allocation pour boire de l'Ayze avec les vieux. Les jeunes étaient mobilisés... ou morts".
Madame NICOLLET, née Lina MARÉCHAL (95 ans) : "J'avais 16 ans, j'étais en place à Genève. Je me souviens qu'il y a eu des avions au dessus du lac pour fêter l'événement".
Placide DUVERNAY (94 ans) : "J'avais 15 ans. J'habitais alors Reignier. Avec un ami, j'étais allé au chef-lieu de Reignier. Le sacristain, qui boîtait, nous a demandé de monter dans le clocher de l'église pour sonner les cloches. C'était la première fois que je montais dans le clocher".
Madame Laure SAULNIER-MARÉCHAL (86 ans) : "J'avais 7 ans. J'étais écartelée entre les gens qui faisaient la fête au dehors et ma mère, enfermée dans la maison, qui pleurait la mort de son fils*”.
* Marcel Maréchal 

TANDIS QUE LA GUERRE DE 14-18 S’ACHEVAIT, SÉVISSAIT UNE ÉPIDÉMIE DÉVASTATRICE, LA GRIPPE ESPAGNOLE


De l’automne 1918 au printemps 1919, le monde entier fut exposé à l’épidémie de grippe la plus meurtrière qui ait jamais sévi : on l’a appelée abusivement “grippe espagnole”.
Le premier foyer de grippe fut la Chine au début de 1918. L’épidémie  a rapidement gagné les États-Unis. En l’espace d’une semaine, l'Amérique du Nord tout entière était touchée. Le déploiement massif des forces armées américaines en Europe a sûrement facilité la propagation du virus sur le vieux continent. Dans un premier temps, la maladie n’a pas provoqué un taux de mortalité très élevé. La plupart des victimes étaient rétablies au bout de quelques jours de fièvre. En revanche, la seconde vague de l’épidémie à la fin de 1918, se révéla particulièrement meurtrière. Les victimes décédaient en 3 jours !
Le bilan humain fut effroyable. On dit que la grippe espagnole a fait plus de victimes en quelques mois que la guerre en quatre ans. Environ 550 000 Américains en sont morts. En France, on parle de 400 000 victimes
Voir article consacré à cette épidémie.


Retour à l'index thématique


Retour à l'accueil
R