HUMOUR D'ANTAN


Nous ouvrons une nouvelle rubrique alimentée surtout par frère Maurice Rosset
qui a autrefois recueilli tant de souvernirs auprès de Pers-Jussiens aujourd'hui disparus.

LE CHEMIN DE SAINT-ANTOINE
(extrait du bulletin n° 15)

Chaque année, trois jours avant l'Ascension, avaient lieu les Rogations, processions matinales à trois endroits différents de la paroisse. L'une d'elles montait à la Croix d'Ornex : sur une sorte de brancard hissé sur des épaules robustes, on promenait la statue de Saint Antoine, patron de l'ancienne paroisse de Jussy et on redescendait par le chemin de San Tiuounet (Saint Antoine). Un jour, à un endroit particulièrement pentu, scabreux, un costaud colportait le pesant saint de plâtre. Sur le chemin glissant, il devait s'avancer à pas prudents, le dos courbé. Soudain, il aper-çoit une pièce de monnaie qui brille dans la boue. Il se penche davantage mais, patatras ! la statue lui passe par-dessus la tête et plonge sur ladite pièce ! L'homme s'écrie : "Hou ! l'shancre ! L'a viu avant mè !" (Hou ! le salaud ! il l'a vue avant moi !).

Telle est l'histoire de San Tiuounet qui fut autrefois contée à frère Maurice Rosset par "la Mayon au frère".

 

PÉRONNE ÉTAIT SERVANTE CHEZ MONSIEUR LE CURÉ,
DIGUE DONDADONDAINE...
(extrait du bulletin n° 15)

Placide s'était amouraché de Péronne, servante du curé de Pers-Jussy, brave jeune fille de Frangy. Un soir, vers dix heures, le pasteur allait prendre son repos quand il entend un bruit de voix et même des rires montant de la cuisine... Intrigué, il sort de sa chambre et descend les escaliers. Il ouvre la porte de cette pièce et ne voit que Péronne, assez surprise il faut le dire : "Tiens, vous êtes seule ?" demande-t-il. "Oui... Oui", souffle sans conviction la servante.
Incrédule, le curé ouvre la grande armoire où il a entendu un craquement dénonciateur... Que voit-il ? Placide ! Mais oui, Placide plaqué contre les balais !

- "Alô Placide ! T'ai qu'tai fö itye ?" ("Alors Placide, qu'est-ce que tu fais ici ?"

- "Ben ! Vo veyi, Monchu, d'em' promin'ne !" ("Ben, vous voyez monsieur, je me promène !").

L'histoire rappelle beaucoup la chanson "Perrine était servante chez monsieur le curé..." mais elle se termina beaucoup mieux et très moralement... par un mariage.

Placide, le "héros" de l'aventure, était le frère de la "Lympe à Barcelogne" qui a raconté l'histoire à frère Maurice Rosset... il y a longtemps.

 

A GENÈVE

Un habitant de Navilly, un peu naïf, était "descendu" pour la première fois de sa vie à Genève et avait pris le tram à la gare des Vollandes.
A chaque station, le contrôleur criait un nom : "James Fazy", "Corraterie", etc... et des personnes descendaient.
Ce que voyant, notre homme se dit : "
Oh ! Quet d'sai bêtyet, d'ai ubliô d'dire mon nom !" (Oh ! que je suis bête, j'ai oublié de dire mon nom !").
Emerveillé, il revint de Genève en disant : "
Mais, Zhenn'va, y'èt on ptiou Paris !" (Mais Genève, c'est un petit Paris !).

 

LE BAPTÊME DE LA FILLE DU BARON

La scène se passe à la fin du XIXè siècle.

Le baron de Cevins, à la sortie de la grand'messe, venait faire baptiser sa fille (celle que nos grands-parents ont connu sous la dénomination de "Thérèse, la dame de Cevins").

Le curé Brasier (curé de pers de 1875 à 1897) lui demande :

- "Monsieur, comment l'appellerez-vous ?"

- "Adelgonde, Amaranthe, Joséphine, Hélène, Thérèse".

Le curé se penche alors en souriant vers son clerc :

- "Phonse, on pou pliet d'aidye !" (Alphonse, un peu plus d'eau !).

 

PAS D'OMELETTE SANS CASSER DES OEUFS
(extrait du bulletin n° 29)

La scène se passe pendant la guerre de 14-18, dans le train de La Roche.

Dans un compartiment, deux militaires de Pers-Jussy, montés en gare de Chevrier, rentrent de permission pour rejoindre le front. Ils sont en compagnie de trois dames. L'une d'elle gémit sur la perte de milliers de soldats mais sa voisine, poudrée, pomponnée, parfumée, minaude en disant : 
"Que voulez-vous ! On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs !"
A ces mots, l'un des soldats (un parent de Guste à la Georgette) rugit :
"
Ouè, dama ! malhireusamin, vot n'éte po dé slou joi aouai louqu'el on fa d'om'lete !" (Oui, dame, malheureusement, vous n'êtes pas de ces oeufs avec lesquels on fait des omelettes !).

 

LA JAMBE DE BOIS DU SEUDÒ
(extrait du bulletin n° 29)

La scène se passe avant la guerre de 1914-1918.

A cette époque, le buraliste du chef-lieu de Pers était François Dubouloz. Il avait obtenu cet emploi réservé pour avoir perdu la jambe gauche à la guerre de 1870. Il compensait ce handicap avec une une jambe de bois. Dans le pays, on l'appelait "le Seudò" (le soldat). Barbu, portant beau, il avait pourtant un fichu caractère de bourru.
Un jour, Paul Dompmartin, frère d'Éloi (futur maire de Pers-Jussy entre 1935 et 1944), qui devait mourir au combat en 1918, vint rendre visite au Seudò pour lui demander un papier administratif. Le Seudò le fit attendre plus que de raison, prenant tout son temps pour rédiger le document qu'on lui demandait.
Paul était un jeune homme plein d'esprit, farceur à l'occasion, connu pour ses bons mots et sa gentillesse. Néanmoins, il finit par se lasser devant la la lenteur du buraliste qu'il apostropha ainsi :

-"Dis dan, Seudò, d'quol boet ta piôta z'est faita ?" (Dis, soldat, de quel bois ta jambe est faite ?)

-"Pet quet tet d'mande santje ?" (Pourquoi tu demandes ça ?), rugit notre scribe.

-"Pet quet ? Pass'quet si elle auru faita d'verna, l'auru prê raç'na !" (Pourquoi ? parce que, si elle avait été faite de verne*, elle aurait pris racine !").

* Verne : Aulne, arbuste réputé pour la facilité avec laquelle il se bouture.

 

Anecdote rapportée autrefois à Maurice Rosset par Marie Dubouloz, dite la Mayon au frère

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CHEZ LA "MÈNE AU BOVI"
(extrait du bulletin n° 29)

Il y a bien longtemps, à Marny, sur le bord de la route, à droite quand on va vers Arbusigny, existait un café (le bâtiment existe toujours, peu avant la ferme Trottet), C'était alors une baraque en bois, aux parois bien mal en point, qui ne payait pas de mine. Il était tenu par la "Mène au Bovi", sympathique dame, avantageusement connue.
Malgré la rusticité des lieux, nombreux étaient ceux qui s'arrêtaient dans ce lieu isolé, ne fut-ce que pour saluer l'accorte tenancière. L'un d'eux, après d'abondantes libations, éprouva un besoin pressant... Sans façon, il sortit et alla se soulager la vessie contre la paroi aux planches disjointes. Malheureusement le "liquide" pénétra à l'intérieur, à la fureur de la maîtresse de maison. Elle sortit et lança au responsable qui se reboutonnait : "Di dan, monchu, v'gni psi d'dian ! D'la sourta, vot psri d'feu !"(Dis donc, monsieur, venez pisser dedans, de la sorte, vous pisserez dehors !).

 

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