INONDATION CATASTROPHIQUE À NAVILLY

Article rédigé à la manière de la presse actuelle

Article paru dans le bulletin n° 9

Pers-Jussy, le 10 juin 1904

Hier, jeudi 9 juin, vers une heure de l'après-midi, un orage épouvantable s'est déchaîné sur la commune de Pers-Jussy et les environs.

Une véritable trombe d'eau

Une véritable trombe d'eau s'est abattue sur la commune et les ruisseaux qui descendent des hauteurs vers la plaine ont subitemement grossi d'une façon anormale, roulant des blocs de rochers d'un poids considérable, du gravier et du sable.

Un pont emporté par le Nant Guin

Au niveau du pont de la route d'Arbusigny, les eaux du Nant Guin sont montées de trois mètres, érodant et emportant la maçonnerie de soutènement de l'ouvrage d'art. À côté, par suite de l'élargissement du torrent, un champ de pommes de terre de quatre cents mètres carrés s'est affaissé de deux mètres cinquante.

Des champs ravagés

Plus bas, sur une largeur de cinquante mètres, le Nant a couvert de pierres, d'arbrisseaux et de racines, les champs exploités par les riverains. Parmi les agriculteurs dont les terres ont été particulièrement sinistrées, on peut signaler monsieur Jean Rosset, dit au Damet.

La maison de Célestin Burnier détruite

À Navilly, la même eau impétueuse a envahi un bloc de six maisons dont les locataires ont juste eu le temps de se sauver, entaînant à grand peine leur bétail. Celle de Célestin Burnier a été complètement démolie et le mobilier a été entraîné à la dérive. La paillasse de l'infortuné est restée accrochée au parapet d'un petit pont resté intact et d'aucune utilité maintenant vu que le lit du torrent a changé de place, empiétant sur une route.

Chez Sophie Maréchal, l'eau est entrée par les fenêtres

L'habitation de madame Sophie Maréchal a, elle aussi, été fortement endommagée. Dans cette demeure sise au bord du torrent incriminé, l'eau est entrée par les fenêtres avec une telle force qu'une paroi a sauté sous la pression. Le liquide s'est évacué par la porte, entraînant linge, vêtements, chaussures. Seuls ont résisté au flot une horloge fixée au mur et le petit lit dans lequel étaient couchées une femme de faible intelligence (sic) et sa jeune nièce, âgée de six ans.

Une femme et une enfant sauvées de justesse

Réveillées en sursaut par l'entrée intempestive de cette eau vaseuse, ces deux personnes n'eurent que le temps de se dresser sur le lit déjà balancé par le remous. N'écoutant que leur courage, le charpentier Lombard et le cultivateur Joseph Trottet, sont allés à leur secours, au péril de leur vie. À leur arrivée, la femme avait de l'eau jusqu'au cou et tenait l'enfant au-dessus de sa tête.

Deux héroïques sauveteurs

Les autres maisons en ont été quittes pour d'insignifiants dégâts, à part la dévastation des vergers. Cependant, à un certain endroit, dit-on, si l'eau ne s'était pas divisée en trois branches sur une étendue de plus de cent vingt-cinq mètres, elle aurait emporté une maison dont, seuls, les jardins ont été ravinés.

Un spectacle de désolation

Au dehors, le spectacle est lamentable : par-ci, par-là, on voit du linge, des draps de lits, suspendus, arrêtés aux buissons. Dans un champ couvert de pierres et de racines, gît un panneau de lit en chêne ayant appartenu à Burnier.

Les dégâts sont considérables mais la solidarité s'organise

Sur les principaux lieux, des troncs incitant à la pitié sont disposés pour venir en aide aux sinistrés.
On évalue les dégats à approximativement 80.000 francs. C'est un vrai désastre pour le pays, surtout que, cette année, la récolte était superbe et promettait bien.

Cette page a été rédigée à l'aide d'articles parus dans la presse hebdomadaire de l'époque :
"Le Messager agricole", "Le Cultivateur savoyard" et surtout "Le Rochois"
qui a consacré une colonne et demie à l'événement
.

 

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