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PERS-JUSSY ET LA
LITTÉRATURE... AUJOURD'HUI |
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Joseph Deshusses, membre fondateur de notre association, a écrit naguère un long article intitulé "Pers-Jussy et la littérature" que nous avons publié en deux fois, dans les bulletins n° 6 et 7. En décembre dernier, il m'a proposé une suite mais, étant directement impliqué, j'ai pris sur moi d'en différer la publication. Je ne voulais pas donner l'impression d'utiliser le bulletin dont j'ai la responsabilité pour faire ma propre publicité. Aujourd'hui, le livre auquel il fait allusion est pratiquement épuisé : je n'ai plus d'excuse pour empêcher la publication de cet article bien que je n'aie pas l'impression d'avoir fait oeuvre littéraire... André Décérier Depuis bien longtemps la littérature française, même régionaliste, avait délaissé Pers-Jussy et ses environs. Mais voici que vient de paraitre un ouvrage dont le titre, d'emblée, nous fait signe. "Les Sorciers de la Pierre aux Fées ". Pas d'erreur c'est pour nous, et dès la première page les noms géographiques cités, qui nous sont familiers, nous le confirment. Il s'agit d'un roman historique dont l'action débute dans la seconde moitié du XVIIème siècle. L'auteur, spécialiste des recherches érudites approfondies, part de faits réels. Avec patience il les a exhumées des documents authentiques ensevelis dans les archives. Avec méthode il les a clarifiés. Avec talent il a donné chair et vie à ces ombres qui n'étaient plus que des noms oubliés au long des siècles écoulés. Toute une atmosphère est recréée, en particulier par l'emploi de termes locaux (il y a même un lexique pous les non initiés ).
Le cadre géographique est
brossé en quelques traits évocateurs : "Les
labours s'inclinaient en direction de la vallée du
Foron relayés par des broussailles à partir de
la rupture de pente."
On a aussi le panorama qui constitue toujours le fond de décor immuable du village : "La montagne là, devant vous, qui ressemble à une motte de beurre en plus pointu c'est Môle... à droite, l'autre montagne pointue, plus rocheuse, c'est Andey. A gauche, la montagne allongée c'est les Voirons." Avec les noms propres des hameaux et lieux-dits on retrouve un ancien tracé : "On prit le chemin qui mène à La Chapelle-Rambaud en passant par ce qu'on appelait alors "la route d'Annecy". Elle partait du village du clocher, traversait Le Bouloz, les bois de Mabet, passait au large des Cornus et des Faviers pour arriver chez Le Bois " Et au fil des pages et des parcours une série de tableautins : la description d'un intérieur avec son mobilier et les ustensiles qu'on y trouve; la moisson à la faucille, tableau vivant sous nos yeux; le laboureur ou le semeur, rencontré en chemin et croqué en quelques lignes.
Et l'auteur glisse adroitement des
précisions historiques rafraîchissant la
mémoire du lecteur, par exemple à propos des
façons culturales, des repas, de l'organisation
judiciaire ou de l'histoire de l'église de Pers (on
disait Pers-en-Bornes ).
Mais dans ce vaste ensemble se déroule la sombre histoire qui justifie le titre. La Jeanne, la pauvre fille un peu simplette présentée avec sympathie et de manière très vivante dès la première ligne deviendra le pivot des événements. Ayant fui sa famille après le remariage de son père, la misère et la faim la poussent à inventer une histoire de diablerie. Se rendant compte des avantages ainsi procurés, elle exploite ce premier mensonge avec aplomb, n'hésitant pas à faire un portrait du diable selon l'image courante à l'époque. Enhardie elle se dit sorcière, conduite au sabbat par son père, marquée à la cuisse par Satan et devient l'attraction des curieux du village.
Le père, arrêté,
se défend comme il peut, et la fille accuse alors la
Françoise Ravenelle, la Fouèse, c'est elle qui
l'aurait conduite pour des cérémonies
diaboliques à la Pierre aux Fées de
Léculaz ou à celle de Chevry.
Sans déflorer les péripéties du récit et leurs conséquences dramatiques - laissons-les découvrir au lecteur - on ne peut s'empêcher de mentionner la reconstitution de l'interrogatoire minutieux et implacable qui accompagne le supplice de la Fouèse, accusée - à tort - de sorcellerie ; c'est un moment de suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu'au frisson. Enfin dans un après-propos, l'auteur, lui aussi, mais spontanément, passe aux aveux avec courage mais fierté. Coup de tonnerre : il révèle être lui-même un propre descendant des personnages inquiétants et tourmentés qu'il vient de ressusciter !
J'allais oublier de dire que cet
auteur n'est autre qu'André Décérier,
le Président de notre association. Alors,
méfions-nous ! `
Joseph Deshusses André Décérier : "Les Sorciers de la Pierre aux Fées " Éditions Lapeyronie
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Article paru dans le bulletin n° 22 Dans les bulletins n° 6 (septembre 97) et 7 (février 98), Joseph Deshusses a inauguré cette rubrique destinée à recenser les ouvrages évoquant notre commune et les auteurs liés de près ou de loin à Pers-Jussy. Il a récidivé dans le bulletin n° 20 pour parler d'un roman dont l'action se situait principalement à Pers-Jussy. Aujourd'hui, je prends sa suite pour présenter un ouvrage de Françoise Blanchard, écrivain dont j'ai fait la connaissance au salon du livre de Cluses en décembre 2000, à l'occasion de la sortie de son premier roman "Foutu dimanche". A l'époque, apprenant mes liens avec Pers-Jussy, elle m'a parlé d'un projet qui lui tenait à coeur et m'a proposé de me faire lire son manuscrit en sollicitant mon avis. Très flatté, j'ai accepté et l'ai encouragée aller au bout de son projet. Le livre vient de sortir aux éditions Lapeyronie qui avaient déjà publié "Foutu dimanche" et... "Les sorciers de la Pierre aux Fées". Il est en vente dans toutes les bonnes librairies au prix de 18 euros. André Décérier Quand on ouvre ce livre, on est frappé par une ressemblance avec le début du film "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" mais pas de plagiat ici, le manuscrit était achevé bien avant la sortie du film. L'auteur découvre une boîte à biscuits pleine de vieux papiers et sa vie en est bouleversée. Il y a là des lettres, celles qu'envoyait François à Marie pendant la guerre de 14-18 et celle du sous-lieutenant Jacquier (*) qui décrit au curé de Pers-Jussy les derniers instants de François, blessé à mort à Cappy, dans la Somme, le 29 janvier 1915 . Dans la boîte, il y a aussi trente carnets dans lesquels Marie a tenu son "journal de bord" de 1915 jusqu'à sa mort en 1946. Il y a enfin un gros carnet à couverture de cuir rouge : sur ses vieux jours, Arthur, le gendre de Marie, avait entrepris d'y raconter sa vie à l'intention de ses petits-enfants.
Cette découverte, c'est
Françoise Blanchard, née Bochet, qui l'a
faite. A partir de ces documents,elle a écrit une
sorte de récit familial car elle est la fille
d'Arthur Bochet, d'Arbusigny, et la petite-fille de
François et Marie Regat, dits Taque, cultivateurs au
château d'Ornex à Pers-Jussy. A partir des
lettres de son grand-père et du journal de sa
grand-mère, elle nous replonge avec émotion
dans la guerre de 1914-1918 vue par ceux qui l'ont
vécue, les soldats du front et ceux - femmes, vieux,
enfants - qui sont restés au pays. Puis elle
cède la parole à son père. L'enfance
à Arbusigny avec ses parents, François Bochet
et Joséphine Laverrière, et des voisins qui
mangeaient des chats ! La guerre de 14-18 qui emporte
François, son cadavre ne sera retrouvé qu'en
1938. Les études à "l'école
supérieure" d'Annemasse, interrompues parce que la
terre avait besoin de bras. La jeunesse pendant
l'entre-deux-guerres, le mariage en 1932 avec Éphise
Regat, de Pers-Jussy, elle aussi orpheline de guerre. Mais
une guerre chasse l'autre et Arthur Bochet consacre de
nombreuses pages de son carnet à la "drôle de
guerre" et à la vie à Arbusigny et Pers-Jussy
pendant les années noires de la France dite "libre"
et de l'occupation. Arthur Bochet est alors
secrétaire de mairie dans ces deux communes et passe
d'une mairie à l'autre avec sa "pétrolette".
Il y a là le témoignage exceptionnel d'un
observateur très bien placé sur une
période non moins exceptionnelle. Mais, sur une
époque aussi complexe, tout témoignage ne peut
être que subjectif, voire partial. Celui d'Arthur
n'échappe pas à la règle et, pour
éviter toute polémique, Françoise
Blanchard a eu l'intelligence de le faire lire à
Constant Plaisant, d'Éteaux, ancien combattant des
Glières, qui a rédigé une introduction
pour ces pages parfois très dures.
Mais Françoise Blanchard ne parle pas que de guerres, elle évoque aussi ses souvenirs d'enfance à Arbusigny, les bons les mauvais moments avec ses parents, l'oncle Henri, la Camille, la Madeleine à Hilaire, Rémy et la Lisse à la Bruise, Marcel et Marcelle. Elle narre aussi avec humour toutes ces savoureuses anecdotes qui fleurent bon les années d'après guerre tel l'abandon de "la guérite au fond du jardin" pour les WC intérieurs que les voisins venaient voir avec admiration. Avec une sorte de jubilation, elle redécouvre les expressions du parler local qu'elle avait refoulées au fond de son subconscient. Les pers-jussiens s'y retrouveront aussi avec la description de lieux familiers et l'évocation de personnages dont le souvenir est resté vivace tel Éloi Dompmartin, ancien maire. Ah ! J'oubliais, l'ouvrage de Françoise Blanchard s'intitule "La maille anglaise" et je laisse aux lecteurs le soin de découvrir pourquoi il en est ainsi. A.D.
Françoise Blanchard : "La maille anglaise " Éditions Lapeyronie |
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André Décérier Le 16 août 1944, tandis que la
Haute-Savoie se libère seule de l'occupant et de ses
séides français, François Merlin, maire
de Petit-Bornand, est abattu par un commando armé,
à son domicile, en plein village.
Pourquoi cette exécution qui n'a jamais été revendiquée par personne ? Qui étaient les membres du commando ? Qui étaient les commanditaires ? Depuis fort longtemps, Robert Amoudruz se posait ces questions car François Merlin était son cousin et cette affaire était pleine de mystères. Près d'un demi-siècle après, il a entrepris de réaliser une enquête personnelle. Il a a réalisé un véritable travail de journaliste d'investigation et de détective et, même s'il n'aime pas trop qu'on lui dise ça, il a écrit un vrai roman policier mais sur des faits réels. Robert Amoudruz a interrogé ou tenté d'interroger les témoins encore en vie de cette époque troublée. A défaut, il s'est adressé à leur proches. Il raconte les difficultés auxquelles il s'est heurté : fragilité des témoignages humains, refus de parler de ces affaires (un témoin capital, ancien résistant, l'a même traité de "brasse gouille"), etc... Pour bien resituer le problème dans son contexte, l'auteur retrace la carrière de François Merlin, maire et conseiller général radical-socialiste avant la guerre, maintenu dans ses fonctions par Vichy. Robert Amoudruz évoque aussi les événements qui ont marqué Petit-Bornand et la Haute-Savoie depuis l'armistice de 1940 et surtout après l'invasion de la zone sud en novembre 1942. Vaille que vaille, François Merlin continue, d'administrer sa commune, "coincé" entre l'administration de Vichy et l'occupant, d'une part, (il sera même arrêté par les Allemands en septembre 1943 et détenu au fort Montluc, à Lyon, pendant plusieurs mois) et les maquis qui se développent sur son territoire, d'autre part. Il y a l'Armée secrète dont fait partie son propre fils, Joseph, et les FTP avec, en particulier, le groupe "Liberté-chérie" fondé par Marcel Lamouille, un enfant du pays. Le maire, comme l'abbé Truffy, curé de la paroisse et authentique résistant, voient d'un mauvais Ïil l'implantation de ce dernier à cause de son radicalisme et ses coups de mains audacieux. C'est l'occasion, pour Robert Amoudruz de décrire sans complaisance les rivalités qui existaient dans la Résistance entre l'Armée secrète, d'obédience gaulliste, et les FTP, très proches du parti communiste, dissensions qui surent s'effacer devant l'ennemi nazi : aux Glières l'unité fut sans faille. A ce propos, il déborde le cadre de Petit-Bornand et évoque également les maquis F.T.P. du plateau des Bornes dirigé par le commandant Hulo, alias Olivier Sonnerat, de Pers-Jussy, cousin germain de François Merlin. A Pers-Jussy, le "commissaire aux opérations" est David, alias Fernand Mieusset, mari de l'institutrice d'Ornex. L'auteur signale même une réunion de maquisards du secteur de Pers-Jussy, au café Ciclet, à Chevrier, quelques jours avant l'exécution de François Merlin, sans conclure formellement à leur implication dans l'affaire Merlin. Dans chaque événement, dans chaque fait historique, Robert Amoudruz recherche des mobiles éventuels à l'exécution de François Merlin : le maire, une fois au moins, aurait été quelque peu "imprudent" en "lâchant" un renseignement mais cela suffisait-il pour le condamner à mort ? Quant à identifier les commanditaires et les éxécutants c'est une autre histoire : sans déflorer le sujet, disons cependant que l'auteur propose des pistes au lecteur, sans prendre parti.
Pour conclure, je voudrais souligner
l'objectivité et l'honnêteté de Robert
Amoudruz. Tout au long de son enquête, il fait
totalement abstraction de ses opinions et de ses sympathies
éventuelles, ne néglige aucune piste, ne
rejette aucun témoignage. Son seul souci semble
être de "comprendre" : comprendre les personnes dont
il se sent proche mais aussi, et c'est plus difficile,
comprendre les autres, tous les autres...
L'ouvrage de Robert Amoudruz, est un
livre majeur sur l'histoire de notre petite région et
même de notre commune au cours de cette période
troublée de la guerre et de la Résistance. Il
contribue à dissiper les zones d'ombre qui
subsistent.
A.D.Robert Amoudruz : "La
mémoire interdite de François Merlin "
Éditions Cabedita.
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