FAITS DIVERS : UN MEURTRE AUX CORNUS... 

EN 1708

Article paru dans le bulletin n° 6

Une initiative malheureuse

Le 5 novembre 1708, le paisible village des Cornus a été le théâtre d'un drame qui a semé la consternation dans toute la paroisse de Pers. Ce jour-là, au soleil levant, un habitant du lieu, Claude NAVILLOUX fils de feu Aimé a eu la funeste idée d'aller couper un fayard dans la haie qui sépare sa propriété de celle de Jean-François CONSTANTIN dit Humbert, fils de feu Jean.

Une querelle de voisinage

Cette initiative a déclenché une querelle de voisinage : attiré par le bruit, Jean-François CONSTANTIN est arrivé sur les lieux et a prétendu que l'arbre lui appartenait. Les deux hommes ont alors sollicité l'avis de leurs voisins. L'un d'eux, Marc-Antoine PÉGUET, fer-mier de la tour des Cornus, attribua le hêtre à NAVIL-LOUX et dit que, s'il était à lui, il le couperait. CONSTANTIN le mit au défi de le faire. PÉGUET prit alors une hache et s'ap-prêta à abattre l'arbre. Jean-François CONSTANTIN voulut l'en empêcher mais PÉGUET le frappa à la tête avec le talon de sa cognée.

Un coup de hache mortel

CONSTANTIN tomba à terre tout ensanglanté et perdit la parole. D'après les témoins, Marc-Antoine PÉGUET fut effrayé par les conséquences de son acte, il voulut relever sa victime en lui disant : "Courage, frère, ça ne sera rien".

Le blessé fut conduit dans sa maison par Barthélémy MIEUCET et Claude DÉLÉTRAZ, ses voisins ; il est décédé au coucher du soleil sans avoir repris connaissance.

La victime a été examinée par un chirurgien

Un constat a été fait par Me Déage, chirurgien à Cornier, à la réquisition du châtelain du Châtelet du Crédoz.. Selon ses propres termes, il "a trouvé le dit CONSTANTIN mort dans son lit" et, "après visite faite de toutes les parties de son corps", il n'a "trouvé qu'une plaie sur le crâne du côté gauche, faite d'un coup de la tête d'une hache qui a enfoncé les deux tables jusqu'à la cervelle..."

L'inhumation de la victime n'a pu avoir lieu que trois jours après le meurtre et, dans l'acte de décès, le curé de Pers n'a pas jugé opportun d'évoquer les causes de la mort.

La fuite du meurtrier

Conscient du risque encouru, le meurtrier s'est enfui aussitôt après son forfait et a quitté le pays. On pense qu'il a trouvé refuge en Franche-Comté où est installée une forte colonie savoyarde et où il a sans doute des connaissances.


LA PERSONNALITÉ DU MEURTRIER

Marc-Antoine PÉGUET est né le 12 juin1664 à Pers (Les Cornus), de Jean-Louis PÉGUET (fils de feu Philibert) et de Perrine FAURAL (fille de feu Maurice). Son parrain fut Marc-Antoine FAURAL et sa marraine, Jeanne CHEVALLIER.

En 1708, il a 44 ans et s'est déjà marié trois fois. Du premier mariage (antérieur à 1686) avec Gasparde MYUCET (Mieus-set), il a au moins deux enfants : François et Perrine .

En secondes noces, il a épousé Andréaz ROCH en 1689 à Pers. Celle-ci lui a donné au moins sept enfants : Hugonine, Jean l'aîné, Jean le cadet, Maurice, Michel, Georges et Berthod.

Après le décès d'Andréaz ROCH, survenu le 17 janvier 1704 à Pers, il s'est remarié dès le 23 octobre de la même année avec Claudine CALLIGÉ dit Chausse. Cette dernière avait plus de quarante ans mais elle lui a tout de même donné une fille, Perrine, en 1706.

Depuis de nombreuses années, il était fermier du Seigneur du Sougey, propriétaire de la Tour des Cornus.

On se demande comment un père de famille apparemment paisible a pu perdre ainsi son sang froid pour devenir un meurtrier. 

LES SUITES DE L'AFFAIRE MARC-ANTOINE PÉGUET

Jugé par contumace

Marc-Antoine PÉGUET a été jugé par contumace en décembre 1708 à La Roche, condamné à mort et pendu en effigie.

En 1716, le duc de Savoie, Victor-Amédée II, récemment devenu roi de Sicile par le traité d'Utrecht (1713), proclame un indult, c'est à dire une sorte d'amnistie. Marc-Antoine PÉGUET, qui avait disparu depuis bientôt huit ans, sort de sa retraite et demande à en bénéficier.`

Amnistié

Il doit d'abord se constituer prisonnier et le procès est révisé : Marc-Antoine PÉGUET "est reçu au bénéfice de l'indult général" mais il doit payer "les souscriptions ordonnées..." Le condamné amnistié "s'est mis à genoux, tête nue, et a promis et juré sur les Saintes Écritures de vivre dorénavant en homme de bien et de ne commettre à l'avenir pareil excès à peine d'être privé du bénéfice du dit indult et d'être puni comme s'il n'avait été accordé..."

Remarié à 72 ans

Marc-Antoine revient à Pers. Après le décès, en 1731, de sa troisième femme, Claudine CALLIGÉ, il prend une ser-vante, Jacquemine ROGUET et... lui fait deux enfants naturels, Jeanne-Louise et Claude-Aimé. Il se résoud à épouser sa concubine en janvier 1736. Il a alors 72 ans et c'est son quatrième mariage !

Père à 82 ans

Après avoir régularisé sa situation, il aura encore deux filles et un fils: Jeanne-Andréaz, Claude et Antoinette. A la naissance de cette dernière, en 1846, il a 82 ans. Impressionné, le curé a écrit en marge de l'acte de nais-sance d'Antoinette : "le père a 82 ans".

Au total, Marc-Antoine PÉGUET a donc eu au moins 14 enfants (et qui sait s'il n'a pas laissé quelques bâtards sur les lieux de son exil?).

Il est décédé à Pers le 17 juillet 1750, à l'âge de 86 ans. Marc-Antoine PÉGUET fut vraiment un personnage hors du commun.

NDLR

Les documents de base qui ont permis la rédaction de ces articles nous ont été communiqués par monsieur Gérard PANISSET, généalogiste, 
74370 NAVES-PARMELAN.

 

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