| 6 FÉVRIER 1944 : À ORNEX, LES ARMES TOMBENT DU CIEL Article paru dans le bulletin n° 35 |
6 février 1944 : À
Pers-Jussy, comme un peu partout dans la France continentale
occupée par l’armée allemande, nombreux sont les
habitants qui, en ce soir du 6 février 1944, collent une oreille
contre un gros poste de TSF pour écouter, en cachette, sur ondes
courtes, “Les Français parlent aux Français”,
la célèbre émission de la BBC. Les nouvelles sont
plutôt encourageantes. L’empire que se sont taillé
les armées hitlériennes à travers l’Europe
craque de partout et rétrécit comme une peau de chagrin:
Ses armées reculent à l’Est devant les Russes ; en
Italie, après avoir abandonné la Sicile et le sud de la
botte, elles s’accrochent au Monte Cassino avec
l’énergie du désespoir.
En France, on attend fébrilement le débarquement libérateur. En Haute-Savoie, les maquis se multiplient, le bataillon des Glières s’organise : l’occupant et ses complices sont sur les nerfs. Un message “personnel” très ciblé : à Londres, on pense à Pers-Jussy
Après
les informations proprement dites, la BBC émet une série
messages dits “personnels” au contenu très sibyllin
et ce soir-là, à Pers-Jussy, quelques initiés
sautent de joie, ils viennent d’entendre le message qu’ils
attendaient : à Londres, on pense à Pers-Jussy ! Pour eux
seuls, le sens du message est très clair : “cette nuit, la
RAF survolera Pers-Jussy et parachutera des armes à
l’endroit convenu”.
Un avion au-dessus d’Ornex
L’endroit convenu est situé au-dessus d’Ornex, pas très loin du “château”, sur un replat. Dès la tombée de la nuit, on installe des lampes ou peut être de petits bûchers qui seront allumés dès qu’on entendra vrombir les avions. Les avions ? En fait, il s’en présente un seul ! Il repère les lumières qui balisent le terrain et largue ses containers à l’endroit prévu. Les armes sont emportées sur des chars et réparties dans des cachettes
Toute une équipe est là pour réceptionner les “colis” qui sont chargés dans des chars tirés par des chevaux et immédiatement ventilés dans des caches. L’une d’elles est située dans une classe désaffectée de l’école d’Ornex. Parmi les autres, on pense qu’il y a eu la ferme Sonnerat à Ornex et la ferme Vachoux (Edmond) à Chevranges. L’ancien maire recouvre de fumier les traces du parachutage
Après le transport, on se rend compte que les chars ont laissé de profondes ornières dans les champs détrempés : une simple reconnaissance aérienne permettrait aux Allemands de repérer le site du parachutage et même les caches. Joseph Constantin, dit au Lévraut, ancien maire de Pers-Jussy, arrive alors sur les lieux avec un chargement de fumier qu’il épand sur les traces laissées par les maquisards. Mais qui sont ces maquisards ? Un important groupe FTP (Francs Tireurs et Partisans), constitué dans le secteur de La Chapelle-Rambaud - Ornex, à partir de résistants locaux et de rescapés d’une section FTP de La Roche. Depuis la promotion d’Olivier Sonnerat (alias commandant Hulot) à l’État major départe-mental des FTP avec la responsabilité du secteur de la Roche, elle est commandée par Fernand Mieusset (David dans la Résistance), natif de Chevranges et mari de l’institutrice d’Ornex. Il faut noter que les parachutages alliés destinés aux FTP étaient assez rares : les autorités de la France Libre, à Londres, se méfiaient de leurs sympathies communistes et avaient tendance à favoriser l’AS (Armée secrète). Sous toutes réserves, il semblerait que des miliciens ou des allemands soient venus à Ornex et Chevranges pour enquêter sur ce parachutage... sans succ. A.D
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Un
grand merci à Michel Germain, Robert Amoudruz, Pierre Regat, Max
Péguet et Maurice Sonnerat qui nous ont communiqué les
informations dont ils disposaient. D’après Michel Germain,
historien de la Résistance en Haute-Savoie, on ne sait pas grand
chose de la mission aérienne en dehors de sa date et du fait
qu’il n’y avait qu’un avion. Nous aurions aimé
retrouvé le texte du message personnel qui l’a
annoncée mais cela semble impossible. Si des lecteurs
connaissent d’autres détails sur cet
événement, ils sont invités à nous les
faire connaître.
A.D
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