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LES PRÉNOMS DES PERS-JUSSIENS À TRAVERS LES ÂGES Article publié en feuilleton dans plusieurs bulletins |
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Nous
entreprenons aujourd’hui une étude des prénoms
attribués aux habitants de Pers et Jussy au cours des
âges. Comme le sujet est un peu aride, nous le traiterons par
“petites doses”. Dans le présent bulletin, nous
couvrirons la période qui va de la fin du Moyen Âge
(XIVè siècle) à 1561, Elle commence avec les plus
anciens documents écrits concernant Pers et Jussy et se termine
au dénombrement nominatif pour la gabelle du sel en 1561.
LES PRÉNOMS À PERS ET JUSSY DE LA FIN DU MOYEN ÂGE À 1561
Les comptes de subsides dont nous avons déjà parlé dans les bulletins n° 24 et 25, nous donnent un aperçu des prénoms des Pers-Jussiens qui vivaient aux XIVè et XVè siècles, c’est à dire à la fin du Moyen Âge, mais ils ont deux inconvénients : ils ne permettent pas de faire des statistiques et, surtout, ils donnent peu de renseignements sur les prénoms féminins. Chez les hommes, on trouve déjà, sous une forme latine plus ou moins reconnaissable, un certain nombre de prénoms qui resteront en usage pendant longtemps, voire jusqu’à nos jours : Amédée (prénom de plusieurs souverains de Savoie), André, Antoine, Barthélémy, Claude, François, Guillaume, Henri, Hugues (et Gonin, sa forme dérivée), Humbert, Jacques, Jean, Martin, Mermet, Nicolas, Pierre, Raymond, Rodolphe (avec Rollet, sa forme dérivée). Les autres fleurent bon le Moyen Âge tels Aymon (qui donnera Aimé), Durand, Girod, Guichard, Guigue, Guillard, Michaud, Pétremand et Roch, mais certains nous paraissent aujourd’hui assez incongrus comme Aguesome, Admet, Axemet, Bosonet, Guille, Mermillod, Nusard, Phannodus, Poncet, Ponod, Rondet (ou Roudet). Trop peu de femmes sont citées dans ces documents pour donner une idée exacte de la diversité de leurs prénoms. On rencontre déjà toutefois, sous leur forme latine ou une forme dérivée : Agnès, Catherine, Étiennette, Françoise, Huguette, Marguerite. Mais on reste perplexe devant Annexona, Babella, Joheca, Jota, Perronella, Ponette et Prata ! (1) En 1561, 48% des hommes s’appellent Pierre, Jean ou Claude
Le dénombrement de Pers et de Jussy pour la gabelle du sel de 1561 (voir l’article historique du bulletin municipal de 1992) donne des informations très précises : on y relève 43 prénoms masculins et 48 prénoms féminins différents. Chez les hommes, trois prénoms dominent largement : Pierre, Jean et Claude portés, à eux trois, par 48 % de la population masculine. Ils sont de toutes les époques. Parmi les autres, certains se rencontrent déjà dans les comptes de subsides tels, par ordre de fréquence, Jacques, François, Nicolas, André, Barthélémy, Antoine, Thomas, Amédée, Aimé, Henri, Martin, Hugues (ou Gonin) et Michaud. Mais on voit apparaître des nouveautés (à Pers-Jussy, car ils étaient peut-être portés ailleurs depuis longtemps) : Richard, Mathieu, Christophe, Anselme, Vincent, Thomas, Sébastien, Robert, Philibert (prénom du duc de Savoie en 1561), Maurice, Laurent, Georges, Marin, Eucher (=Eustache) et Bernard. Quelques-uns peuvent nous paraître étranges comme Roux et Rond. Quant à Perceval, nouvellement apparu à Pers-Jussy, il semble venir tout droit des chevaliers de la table ronde. En 1561, 49% des femmes s’appellent Jeanne, Pernette ou Claudine
Chez les femmes aussi, trois prénoms dominent largement : Jeanne, Pernette et Claudine, portés à eux trois par 49 % de la population féminine. Ils sont suivis par Françoise, Jacqueline et Nicolarde qui se partagent 17 %. Il ne reste que 34 % pour les 42 autres parmi lesquels on trouve des prénoms encore portés aujourd’hui comme Martine, Louise, Huguette, Antoinette, Aimée, Michèle, Marie, Henriette, Andrée, Marguerite, Laure, Georgette, Sébastienne, Mauricette, Marine, Made-leine, Laurence, Justine, Jeannette ou Denise. D’autres rappelleront des souvenirs aux plus âgés de nos lecteurs comme Etiennette ou Perrine, Mya (prononcer Mille comme dans famille mais avec un i long). |
LES PRÉNOMS À PERS ET JUSSY DE 1561 À 1704
Entre 1561 et
1636, il n’y a pas eu de recensement. D’autre part, les
actes d’état civil ne sont conservés que depuis
1636 à Jussy et 1643 à Pers et, pour la période
1636 -1704, ils sont incomplets.
De 1561 à 1643, les seuls documents susceptibles de donner des indications sur les prénoms des habitants de Pers et Jussy sont les actes notariés et la liste des communiers de Pers en 1616, avec les noms et prénoms des seuls chefs de famille. On peut également utiliser les actes de baptême postérieurs à 1636 (pour Jussy) et 1643 (pour Pers) : on y trouve les prénoms des parents des nouveaux baptisés, personnes nées, en gros, entre 1590 et 1643. Ces sources ne se prêtent pas à des statistiques fines. On peut cependant en dégager quelques idées générales . Les prénoms Claude et Jean dominent chez les hommes
Chez les
hommes, on observe une dominance large de Claude et Jean (écrit
encore parfois Jehan), suivis de Pierre et de François. Plus
loin viennent Louis (souvent écrit Louys), Nicolas (ou Nicod ou
encore Nycod), Michel et Antoine (Anthoine, Anthoyne), Aimé
(généralement orthographié Aymé). Le reste
des prénoms masculins se répartit entre Jacques,
André, Georges (souvent écrit George), Charles,
Gérard (et Girard), Hugues (Hugonin, Gonin), Martin,
Sébastien, Marin, Maurice (parfois écrit Mauris), Mermet,
Rollet, Bartholomé (abrégé en Berthod), Estienne,
Matthieu, Philibert, Prosper. Parmi les prénoms rarement
attribués on peut citer quelques “curiosités”
comme Mauriz (pour Maurice), Balthazar, Catherin, etc...
Le prénom Claudine et ses variantes l’emporte chez les femmes,
suivi de Françoise, Jeanne et Perrine Chez les
femmes, c’est le prénom Claudine (Clauda, Claudaz, Claude)
qui l’emporte de loin, suivi de Françoise, Jeanne (Janne,
Jeanna) et Perrine (ou Pernette). Plus loin, on trouve Louyse (ou
Louise), Anthoine (Antoinaz, Antoine), Philiberte (Berthe, Berta,
Berthaz) et Jacquemine (Jaquemine). Moins fréquents encore :
Marie (avec sa forme dérivée Miaz ou Myaz), Estienne,
Nicolarde (Nycolarde, Nicole), Michelle (Michère, Michiaz),
Aimée (Ayma, Aymée), Henriette (Henrietaz, Henrittaz),
Maurise (Maurice, Mauriza, Mauriz), Andréaz, Christophlaz
(Christophle), Guillermine (Guillerme). On note aussi de rares
Matthias, Anne, Balthazarde, Benoiste, Janique, Laurence, Magdelaine,
Marguerite, Martine, Noëlla (Noëlle), Victoire,
Bartholomée, Charlotte, Gasparde, Georgine, Hugonine, Marthaz,
Rodolphine, Sébas-tienne, Philippaz, Rolettaz (Rollette),
etc...
Les prénoms et les orthographes archaïques se raréfient
Au début
de la période envisagée, on trouve encore, à de
rares exemplaires, des prénoms archaïques dont
l’usage disparaît rapidement : Francillon, Justet,
Perce-val, Rond et Sermod chez les hommes, Girarde, Mermette (Mamerte),
Guillerme (Guillaumaz) et Sermaz chez les femmes. Tout au long de cette
période on observe aussi la raréfaction des orthographes
archaïques : Aymé, Anthoine, Jehan, Jean, Loys et Louys,
Michière et Michère ou encore Michiaz, Henritte.
Dans cette énumération, une absence frappe : l’extrême rareté de Joseph et l’absence de Paul ainsi que de leurs équivalents féminins. Quasi absence de Joseph, Paul et de leurs équivalents féminins
mais la mode des prénoms composés se développe Au XVIIè
siècle, on voit se développer progressivement la mode des
prénoms composés. Le premier prénom est presque
toujours très commun. Chez les femmes, c’est Jeanne et ses
composés qui dominent (principalement J.-Françoise, suivi
de très loin par J.-Louise, J-Claudine, J.-Marie, J.-Baptiste,
J.-Estienne, J.-Andrée, J.-Aymée, J.-Perrine). On trouve
aussi de nombreux composés de Claudine (Claude, Claudaz)
(Cl.-Louise, Cl.-Françoise, Cl.-Perrine, etc...). Les autres
prénoms féminins ont peu de composés. Chez les
hommes, c’est également Jean et ses composés
(principalement J.-François, J.-Louys, J.-Claude, J.-Baptiste,
J.-Jacques) qui dominent. Viennent ensuite Claude et ses
composés (Claude-François principalement), puis Pierre
(Pierre-François principalement). Citons également le
prénom composé Marc-Antoine.
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LES PRÉNOMS À PERS ET JUSSY DE 1704 À 1793
De 1704 à 1793, les actes de baptême des paroisses de Pers et de Jussy ont été intégralement conservés soit à la mairie de Pers-Jussy. soit aux Archives départementales de la Haute-Savoie. Il existe par ailleurs un répertoire alphabétique réalisé par monsieur André-Marc Chevallier du Centre Généalogique Savoyard de Paris et de la Région Parisienne . Ce document, qui a servi de base pour la rédaction de cet article, peut être consulté à la mairie À compter de 1704, les registres de baptême de Pers et Jussy sont complets
Les actes de baptême donnent les noms et prénoms des enfants, des pères et mères, des parrains et marraines. Ils permettent donc une analyse précise des prénoms des Pers-Jussiens avec des statistiques très fines, mais nous vous ferons grâce de considérations trop techniques. On constate la persistance de la tradition qui consiste à donner au nouveau-né le prénom du parrain ou de la marraine. Conséquence de ce mode d’attribution, le “stock” de prénoms disponibles est restreint. Un certain renouvellement est cependant possible grâce à deux processus : - Par “l’apport” d’un parrain ou d’une marraine venus d’une paroisse “exotique” (au XVIIIè siècle, l’exotisme commence au Sappey ou à Amancy !) .- Par l’attribution d’un prénom pour des motifs religieux,, par exemple la dévotion à un saint ou à une sainte. Un autre moyen de diversifier les prénoms en utilisant le “stock disponible” est de les associer : la mode des prénoms composés, qui a commencé à se développer au XVIIè siècle, prend de l’ampleur (40% des enfants nés au XVIIIè siècle en portent un). Chez les hommes, une soixantaine de prénoms différents
Chez les hommes, on dénombre une petite soixantaine de prénoms en comptant les seconds prénoms. À une exception près, les plus répandus sont les mêmes qu’au siècle précédent : si on prend en compte le premier prénom, on observe la primauté de Jean (près de 21 % des cas) devant Claude, François et Pierre (environ 10% chacun). Ascension foudroyante de Joseph
La grande différence avec la période précédente est la “promotion” de Joseph, quasiment absent au XVIIè siècle. Son apparition est due à quelques parrains venus d’ailleurs mais surtout, semble-t-il, à un choix délibéré des parents, sans doute pour des motifs religieux. La fréquence de ce prénom reste faible jusque vers 1720 pour atteindre 17,8 % au cours de la décennie 1754-1763. Les prénoms les plus couramment attribués sont également les plus fréquemment combinés : Jean-François, Jean-Claude, Jean-Pierre, Claude-François, etc... Derrière ces champions, on retrouve presque tous les prénoms du XVIIè siècle mais avec des proportions un peu différentes : raréfaction progressive d’Antoine, progression de Michel, André, Paul, Gérard, Maurice. Statu quo pour Louis, Nicolas, Aimé. On note l’apparition de deux petits nouveaux donnés en seconds prénoms : Victor et Melchior. Ce denier a été donné par un parrain originaire (et original !) de Reignier. Citons la disparition de Gabriel, Gervais, Janus, Marin, Philibert, Rollet et Thomas. Jeanne l’emporte chez les femmes, suivi de Claudine et de Marie Chez les femmes, on dénombre une cinquantaine de prénoms différents en comptant les seconds prénoms. Si on prend en compte le premier prénom, on observe de nettes différences par rapport au siècle précédent. Certes, on retrouve deux figures du palmarès précédent: Jeanne qui passe largement en tête (21%) et Claudine (12%). En revanche Marie (11%) qui était rarement attribué auparavant, prend la troisième place. Il est curieux de constater que sa progression est parallèle à celle de Joseph : faut-il y voir la conséquence du développement d’un culte rendu à la Sainte Famille ? Nous attendons les avis de spécialistes. Une progression de Marie parallèle à celle de Joseph
Comparativement au siècle précédent, les prénoms dérivés de Pierre (Perrine, Péronne ou Pernette) chutent spectaculairement. Jeanne et Claudine restent des “valeurs sûres”. Françoise régresse mais on le retrouve souvent associé à Jeanne ou Claudine, en seconde position. Parmi les “valeurs montantes” citons Andréaz (ou Andréanne), Jacqueline (ou Jacobine) et Michelle (ou Michellaz). Citons la disparition de Guillermine, Matthiaz, Anne, Magde-laine, Victoire, Bartholomée, Georgine, Hugonine, Mamerte, Marthaz, Rodolphine, Rogette, Victoire etc... |
LES PRÉNOMS À PERS ET À JUSSY DE 1793 À 1814
Cette étude a été réalisée à partir des registres de naissances conservés à la mairie. Il s’agit maintenant d’un véritable état civil, rempli par un officier municipal, en général le maire en personne. Jusqu’alors, les registres ne renfermaient que des actes de baptêmes remplis par le curé ou le vicaire de la paroisse. Cette nouveauté a un inconvénient : il n’est pas possible de savoir si, comme par le passé, on donne en général aux nouveaux-nés le prénom du parrain ou de la marraine. Il n’y a cependant aucune raison de penser que, Révolution ou pas, on ait changé les vieilles habitudes . Quand on compare avec la fin du siècle précédent (voir bulletin n° 32), on constate une répartition statistique assez voisine des prénoms masculins et féminins. On remarque cependant un net appauvrissement de la diversité : la fantaisie n’est plus de mise. La période révolutionnaire aurait-elle altéré l’imagination des Pers-jussiens ? Prénoms masculins
Le nombre des prénoms descend au-dessous de quarante et les prénoms doubles restent largement minoritaires (12,2% des individus seulement en reçoivent un). Si on prend en considération à la fois les prénoms employés seuls et les premiers membres des “doublettes”, les champions toutes catégories, sont : Joseph : près de 20% Il est parfois associé à Marie (Joseph-Marie). C’est également le prénom le plus utilisé comme second d’une “doublette” (ex : François-Joseph). Ce prénom était déjà, et de loin, le plus fréquent à la fin du 18e siècle alors qu’il était quasiment inconnu auparavant ! François : 14,5%. Près d’une fois sur deux, il est utilisé en tête de doublette, associé à Joseph ou à Marie. En revanche, l’association Claude-François, très prisée auparavant, devient anecdotique. Jean : 11% : Il est parfois associé à Claude (Jean-Claude) ou à Baptiste (Jean-Baptiste) mais on ne trouve plus de Jean-Pierre. Pierre : 10,6%.- Claude : 7,6%.- Michel : 3,5%. Signalons un prénom habituellement féminin, rarement porté en première position (5 cas) mais beaucoup plus fréquent en seconde position après Jean ou Joseph (8,3% des cas), il s’agit de Marie. Les plus fréquents des prénoms rarement utilisés sont : Charles (9 cas), André et Jacques (7), Balthazard et Louis (6), Antoine et Maurice (5), Gaspard, Guillaume et Paul (3). Les autres ne se rencontrent qu’une ou deux fois pendant la période : Aimé, Benoît, Bernard, Dominique, Étienne, Gabriel, Girard, et Henri. Les deux seuls prénoms un peu originaux sont Théodule et Victor-Valentin. On constate que la conjoncture politique n’a eu aucune incidence sur l’attribution des prénoms à Pers et à Jussy : aucun Maximilien (cf. Robespierre), aucun Napoléon ! Prénoms féminins
On “roule” sur un fonds de 32 prénoms seulement, encore moins que chez les garçons ! Les prénoms doubles sont encore plus rares ( 8%). Les prénoms les plus fréquemment utilisés, soit seuls soit en première position de doublette, sont : Jeanne : 23,7%. C’est le seul prénom utilisé en tête de doublettes (plus d’une Jeanne sur trois est une Jeanne-Marie, Jeanne-Françoise ou Jeanne-Baptiste). Marie (parfois sous la forme de son diminutif “Marion”) : 18,3 %. Dans de rares cas, il est associé à Josephte. Plus souvent, il est associé à Jeanne : Jeanne-Marie (mais Marie-Jeanne est inconnu). Françoise (parfois sous la forme de son diminutif “Fanchon”) : 16,5%. On le rencontre aussi associé en seconde position derrière Jeanne. Claudine : 9,5%. Josephte : 9%. On le rencontre aussi en second membre de doublette, associé à Jeanne. Andréanne : 6,4%.- Péronne (ou Pernette) : 4,1%. Si on excepte Anne (8 cas), Louise (6), Berthe (4 ), Marguerite et Charlotte (3), les autres prénoms féminins ne se rencontrent qu’une ou deux fois au cours de la période : Aimée, Antoinette (ou Antoinaz), Bernardine, Catherine, Élisabeth, Henriette, Jérômine, Maurisaz, Monique et Nicolarde. La seule originalité est un prénom quadruple : Augustine-Caroline-Joséphine-Adelgonde. Il convient de préciser qu’il a été attribué à une fille des ci-devant seigneurs de Cevins ! A.D.
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