LA PLAINE DES ROCAILLES

Article paru dans le bulletin n° 10

Jusqu'à une altitude pouvant dépasser 1.000m, les versants de la vallée de l'Arve sont revêtus de matériaux argilo-sableux avec des blocs de taille variable (jusqu'à plusieurs mètres dans leur plus grande dimension). Ces sédiments ont été deposés par le glacier de l'Arve pendant la période glaciaire (y-en-a-t-il eu une seule ou plusieurs, les spécialistes en débattent), quand le glacier du Rhône allait jusqu'à Lyon : c'est ce qu'on appelle des moraines.

Le sous-sol de Pers-Jussy est formé de moraines

Les cailloux morainiques, qu'on appelle blocs erratiques quand ils atteignent une grande taille, sont presque toujours formés de roches cristallines, souvent des granites, parfois des gneiss voire des micaschistes. Leur nature montre qu'ils proviennent des massifs cristallins alpins, Mont-Blanc et Aiguilles Rouges en l'occurrence.
Un petit secteur, entre La Roche-sur-Foron et Nangy, fait exception à cette règle : la Plaine des Rocailles. Elle est occupée par un dépôt morainique très particulier : les blocs y sont pratiquement tous de nature calcaire.

Dans la Plaine des Rocailles, les blocs erratiques sont calcaires

Les géologues ont trouvé une explication. Vers la fin de l'époque glaciaire, il y a environ 10.000 ans, un gigantesque glissement de terrain s'est produit sur les sommets qui dominent la rive gauche de la vallée du Borne, sans doute au-dessus du Petit-Bornand. Un pan de la corniche calcaire s'est brisé et a dévalé avec une partie de son soubassement marneux vers le fond de la vallée qui était encore occupé par le glacier du Borne, affluent du glacier de l'Arve.

Un gigantesque glissement de terrains dans la vallée du Borne.

Ces glaciers ont littéralement transporté "sur leur dos" les matériaux éboulés mais le glacier de l'Arve "moribond" n'a pas eu "la force" de les emmener bien loin et les a déposés là où ils se trouvent aujourd'hui. Les matériaux des rocailles n'ont pas séjourné plus d'un siècle ou deux sur le glacier.

 

Certains rochers ont eu un destin historique

Certains de ces rochers ont eu un destin historique : l'un d'eux supporte la tour de La Roche et a donné son nom à cette ville, un autre permet à la tour du Châtelet de dominer la campagne environnante, un troisième rend inaccessible la tour de Bellecombe.
Plusieurs blocs, parmi les plus gros, ont été "vandalisés" : la Pierre d'Angeroux à La Roche n'est plus qu'un souvenir immortalisé par des photos et le nom d'une rue.
Heureusement, il reste encore quelques beaux spécimens à Pers-Jussy (ceux que nous avons cités dans un autre article), Reignier, La Roche et Scientrier, qui possède un des plus gros : la Pierre Barmyre.

Un site exceptionnel à protéger

La Plaine des Rocailles est donc un site exceptionnel par sa nature, son origine et aussi par sa flore. C'est une curiosité géologique et même botanique qu'il convient de protéger, elle fait partie de notre patrimoine.

A.D 

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