LES SURNOMS FAMILIAUX À PERS-JUSSY

(Article paru dans le bulletin n° 15)
 

Notre Président d'honneur, frère Maurice Rosset, la personne qui assurément connaît le mieux le passé de notre commune, nous a adressé un petit texte à propos des surnoms familiaux - nous disons bien "familiaux" et non pas "personnels" - ceux qui se transmettaient (et se transmettent parfois encore) comme le patronyme. Ils n'ont rien de péjoratif et permettaient de distinguer des familles différentes portant le même patronyme.

Au fil des ans ils disparaissent : certains en avaient presque honte, comme s'il se fut agi de vieux habits usagés, démodés, des défroques surannées ! Et pourtant, nos grands-parents, nos "vieux" les avaint portés, disons... gaiement. Certains formaient une généalogie en miniature: "portrait de famille" disait Jérémie au Dian Joset, le sage de Loisinges. Il n'est que de dérouler la litanie de... Guste à Mile à Phonse à... etc...
D'où viennent ces témoins d'un autre âge, ces Bargoin, Bolliet, Corson, Branquais, Refon, Stan, Bran, Damet, Beule, Do-det, Serin, Barcelogne, Bor-guet, Marin, Dandalet, Parnin, Sory (ou Sery), Bartha, Bar-thou, Collambet, Guernoillon, Bise, Bony, Grabret, Du Clu, Tiuaine, Tiuan'ne, Renon, Pany, Cambleu, Trosson, Guiron, etc...? Il fallait distinguer les nombreux Naville, Constantin, Roguet, Péguet, Laphin, Tissot, Maréchal, Dubouloz, Sage, Calligé, Métral, Regat, Chambet, Duvernay, etc...
Ces listes ne sont pas exhaustives. D'où viennent ces surnoms ? Ce sont pour la plupart des patronymes ou des prénoms très déformés, des particularités physiques de l'ancêtre de la lignée (Levraut, Refon, Bolliet, Bossu, P'tiou, Gros, Rosset pour roux) ou ses qualités (Lafleur, Gentil, Serin), du travail (Teupet - ou Taupet - pour Taupier). Ils peuvent venir aussi de lieux-dits (plusieurs familles, des Laphin et des Constantin, ont porté le surnom de Marjolin pour avoir habité le lieu-dit qui porte ce nom) au nom tellement déformé qu'on ne peut déceler la dénomination primitive.

Maurice ROSSET

Compléments

Certains des surnoms cités ci-dessus par Maurice Rosset ont une origine assez récente mais beaucoup sont attestés depuis fort longtemps ainsi trouve-t-on déjà, à Pers, des Constantin dits Cornut dans un document fiscal de 1530, des Constantin dits Bolliet dans le dénombrement de 1561 pour la gabelle du sel, des Mestral (= Métral) dits Berthaz dans un acte notarié de 1616. Dans l'état civil ancien, dans l'état des âmes de Pers de 1766 (recensement d'origine ecclésiastique), dans les actes notariés d'avant la Révolution, on mentionnait couramment le surnom familial pour résoudre le problème des homonymies. Dans ces documents, on trouve de nombreux surnoms qui ont survécu jusqu'à une période très récente, voire même jusqu'à aujourd'hui. Ainsi les Constantin se subdivisaient naguère encore en Barcellone (ou Barcelogne), Refon, Bois (ou Boëx), Duamy (Diômi en patois), Borguet, Combloux (Cambleu en patois), etc... Chez les Navilloux (devenus Naville par la suite), on distinguait les Brun, les Bran, les Beule, les Branquais, les Bergoën, les Collombet (ou Collambet), les Dandallet, etc... Chez les Roguet, on trouvait des Taupet (ou Teupet), des Vaillant, etc... Parmi les Mugnier (=Munier) on distinguait les Bédail (B'dôye en patois) et les Bise. On peut encore ajouter à cette liste au moins deux "lignées" de Mieusset : les Corson et les Rosset. Ces derniers doivent leur surnom à leur ancêtre commun, Nicolas Mieusset (1712-1768), surnommé "Le Rouget" à cause de sa chevelure rousse. Dans ces listes, on trouve aussi des Métral dits Bertat, des Chevallier dits Escaloux (selon une tradition orale, ce surnom serait dû à un ancêtre qui aurait participé à l'Escalade en 1602 !), des Tissot dits Pany (surnom d'origine inconnue, attesté depuis au moins 300 ans). On y rencontre aussi des sobriquets disparus depuis longtemps de la mémoire collective : des Calligé dits Chausse, des Constantin dits Bélard, des Gignioux (ou Gignoud) dits Riand, etc...
Il est possible que certains patronymes d'aujourd'hui soient d'anciens surnoms : ce pourrait être le cas de Fenouillet (autrefois Sivolet dit Fenouillet mais on trouvait aussi des Fenouillet dits Sivollet, alors que croire ?). Certains patronymes actuels résultent de l'accolement d'un nom et d'un surnom, ainsi en est-il de Rosnoblet (autrefois Ros dit Noblet) ou de Rosbérard (Ros dit Bérard).
Pour terminer, on peut signaler une particularité de ces surnoms familiaux : contrairement aux patronymes, il leur arrive parfois d'être transmis par les femmes. Ainsi a-t-on vu le surnom Refon passer par mariage d'une famille Constantin à une famille Passerat, celui de Bolliet d'une famille Constantin à une famille Métral.

A.D.

 

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