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TOPONYMIE
PERS-JUSSIENNE Synthèse de plusieurs articles parus dans les bulletins n° 4, 6, 8 et 11 |
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Dans cette rubrique, nous nous
proposons de faire l'inventaire des noms de lieux et
même des cours d'eau de Pers-Jussy. Pour "parler
savant", nous allons faire de la toponymie (du grec topos :
lieu et onuma : nom). Ce ne sera pas facile : aucun membre
de l'équipe de rédaction n'est
spécialiste en toponymie et les ouvrages
consultés ne permettent pas toujours de donner une
réponse incontestable. Une seule certitude : les noms
des hameaux, des lieux-dits, des ruisseaux et même des
terres sont, dans leur majorité, très anciens.
Beaucoup remontent au Moyen-Age et même à
l'antiquité gallo-romaine ou même
gauloise. |
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PERS ET DE JUSSY : D'OU VIENNENT CES NOMS ? Dans les document les plus anciens faisant allusion à la paroisse de Pers, ce nom est écrit Paërs ou Paër, ou Paërt. On trouve cette orthographe dans certains actes notariés et d'état-civil jusque vers 1700. D'après Maurice ROSSET, dans l'ancien patois de Pers, on disait "Pa-ê". Autrefois, on ne disait pas Pers mais Paers, nom viendrait du latin Paternus Ce serait la contraction de Paternus , nom (ou surnom) d'un propriétaire gallo-romain qui s'était constitué là un vaste domaine agricole. Ce nom semble avoir été assez commun dans la région à l'époque gallo-romaine : un Paternus est attesté à Genève et Payerne, en Suisse, aurait la même origine. De la même manière, les nombreuses localités françaises portant les noms de Saint-Paër, Saint-Pair ou Saint-Pern devraient leur nom à Saint Paterne. En revanche, les autres Pers de France, évoqués dans notre bulletin n° 2, n'auraient pas la même étymologie, ils viendraient de Persius, autre nom de pro-priétaires gallo-romains. La plus ancienne allusion à la paroisse de Jussy date de 1330, sous la forme Gissye. Plus tard on trouve Gissier, Gissie, Gessier, puis Jussier dans la Gabelle du sel de 1561. Jussier est la forme française, Jussy la forme patoise mais, à l'usage c'est cette dernière qui sera officialisée. Il est arrivé la même chose pour Marny, Ésery, Arbusigny, Amancy, etc... Au contraire, dans le cas de Reignier, Scientrier, Chevrier, Cornier, c'est la forme française qui a été consacrée. Jussy viendrait du nom (ou du surnom)
d'un propriétaire gallo-romain appelé Justius
dont le domaine s'appelait Justiacum , c'est-à-dire
le domaine de Justius.
Pour venir chez nous, Astérix demanderait la route de Paterno-Justiacum Justius et Paternus étaient-ils contemporains ? On ne le saura sans doute jamais mais, si on voulait traduire "Pers-Jussy" en latin, on pourrait réunir les deux anciens domaines gallo-romains sous le nom de "Paterno-Justiacum".
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Selon la coutume savoyarde, les hameaux de Pers-Jussy étaient - et sont encore - appelés des "villages", À l'écart des villages se trouvent des lieux-dits, unités de petite taille qui peuvent parfois être constituées dune seule habitation. La "géométrie" de ces "agglomérations" a évolué avec le temps et la distinction entre hameaux et lieux-dits peut parfois prêter à controverse. Leur nom, souvent très ancien, a parfois une origine discutée ; il lui est également arrivé d'évoluer avec le temps. Un certain nombre de villages actuels se confondent avec les dîmeries de l'ancien régime (circonscriptions bien définies, liées au recouvrement de la dîme). Leurs toponymes (on appelle ainsi les noms de lieux, de rivières etc...) sont très anciens. L'ancienne commune de Jussy ne comptait guère que deux hameaux : le village du clocher et le Biollay d'en bas. En revanche, celle de Pers, beaucoup plus étendue, était subdivisée en une quinzaine de villages plus ou moins subdivisés. Il était autrefois
appelé "village du clocher" ou "village de
l'église". L'ancien
chef-lieu de Jussy Du temps où Jussy était une commune autonome (avant 1814), on l'appelait aussi "village du clocher" ou "village de l'église". Ce nom ne vient pas de "croix", il serait de la même famille que "creux" : c'est l'endroit où il y a un creux, une petite vallée. Le Nant de la femme qui traverse le village donne de la vraisemblance à cette hypothèse. Le Beule Autrefois, ce village était appelé "Le Bouloz" Ce
village doit son nom au patronyme Verdel. On disait "Chez les Verdel".
Pendant longtemsp, ce village a été appelé "Chez
Pamphy" ou "Chez Panchy".
Jusqu'à la Révolution Française, Le Châble faisait partie d'une vaste dîmerie appelée le Meytens (parfois orthographié "Le Métan" ou Le Métens") qui englobait aussi les village des Roguet et des Cornus ainsi que divers lieux-dits. Ce toponyme, encore utilisé dans l'état-civil ancien en 1763, a complètement disparu aujourd'hui, même dans la mémoire collective.
En dialecte local, un "châble"
est un couloir par où on fait passer les billes de
bois pour les descendre des hauteurs. La situation
topographique de ce village rend cette explication
très plausible.
Les
Cornus
On disait autrefois "Chez les
Cornus". "Cornus" était un surnom familial appliqué
à une branche des Constantin : les Constantin dits Cornus. Le
surnom a diparu, le toponyme est resté. Chez
Roulis
Nom donné à un secteur habité des Cornus. Dans un bail daté de 1692, on évoque une terre appelée "Chez Rollier". Le patronyme Rollier (Rolly, Rouly ou Roulis en patois) semble inconnu à Pers. S'agitil du nom d'une très ancienne famille aujourd'hui disparue ou d'un surnom. ? On disait naguère "Chez les Roguet". Ce toponyme vient en effet du nom de la famille Roguet, encore très représentée dans ce village aujorud'hui. Il a remplacé I'ancienne appellation : "Les Faviers". Il apparaît pour fa première fois dans l'état civil ancien en 1758 mais on le trouve déjà dans des actes notariés plus anciens. D'autre part, il existe un "mas des ROGUET" dans les registres qui accompagnent la mappe sarde de 1732. Autrefois on disait "Vers Le Four". Ce
toponyme est peut-être dû à la
présence ancienne d'un four à pain ou
peut-être d'un four à chaux. Cependant, une
autre étymologie est possible : "Le Four" pourrait
être une déformation de "Le Foug", nom venant
du latin Fagus (le hêtre ou fayard). Dans cette
hypothèse, on peut supposer que le secteur devait
être très riche en fayards.
Deux lieux-dits, dépendent de cet ancien village : Combloux et Marjolin. Combloux : d'où vient ce nom ?
L'étymologie parfois avancée pour la commune
du même nom, "la combe aux loups" ne semble pas
convenir ici. Le nom viendait plutôt de "cumulus" qui
désigne le site habité le plus
élevé. Mais pourquoi disait-on "Chez Combloux"
? Peut-être parce que, pendant des siècles, a
habité là une famille "Constantin dit
Combloux". C'est sans doute le lieu qui a donné son
surnom à la famille. Ensuite on l'a oublié et
on a fini par donner au lieu le surnom de la famille en le
faisant précéder de la préposition
"chez".
"Marjolin" ou "Chez Marjolin"
Marjolin
est un lieu-dit en miniature : une seule maison perdue aux confins de
La Chapelle-Rambaud ! L'origine de ce nom est mal connue. Cependant,
aux XVI° et XVII° siècles, la famille Lafin (aujourd'hui
Laphin), présente à Pers depuis 1562, était
surnommée Marjolin : ce sobriquet est-il à l'origine du
nom du lieu-dit ou bien est-ce l'inverse ? On retrouve le même
problème que pour Combloux. Il a également existé
"Constantins dits Marjolins" mais, dans ce cas, le surnom viendrait du
toponyme : les Constantin qui habitent Marjolin.
Jusqu'au siècle dernier, on écrivait "Epénousaz", "Espénousaz", "Espinosaz","Penausaz", etc... Cependant, comme toujours dans nos régions, on ne prononçait pas la désinence "az". Vers le milieu du XIXè siècle, on a adopté une orthographe plus conforme à la prononciation locale. Ce nom vient peut-être de l'abondance des aubépines dans ce village, autrefois...
Selon l'État des âmes de
1766 (il s'agit d'un recensement d'origine
ecclésiastique), on rassemblait dans le village
d'Épineuse la petite agglomération qui porte
aujourd'hui ce nom et le groupe de maisons qu'on appelle
maintenant "Les Pittet".
Ce nouveau toponyme (on disait naguère "Chez Pittet" ou "Chez les Pittet") est apparu à la fin du XVIIIè siècle, il vient indiscutablement de la famille Pittet, originaire de Jussy, qui s'y est établie entre 1720 et 1750. Du fait de cette origine, il ne faut pas mettre de "s" à Pittet : les noms de famille sont invariables.
Le
patronyme Pittet est en train de s'éteindre dans ce lieu-dit,
puisque la dernière représentante de cette famille aux
Pittet a été madame Jean Favre, née Éveline
Pittet.(1908-2002).
"Navilly" est la transcription de la prononciation patoise du nom français "Navillier". souvent utilisé dans les actes anciens) : c'est une ancienne dîmerie. D'après certains spécialistes, ce nom viendrait du piémontais "naviglio" : petit canal. Il y avait en effet un bief de moulin dans ce village. Le patronyme "Naville" viendrait de NaviIIy, à moins que ce ne soit l'inverse ! Dans ies actes anciens, ce village était souvent appelé "Chevry", selon la forme patoise. C'est également une ancienne dîmerie. Pendant longtemps Chevrier a été le village le plus peuplé de Pers-Jussy, avant le Chef-lieu. Plusieurs lieux-dits en dépendent
Losnèlaz
Autrefois on écrivait Lossenèlaz et on prononçait Loss'nèle. Aujourd'hui sur les panneaux indicateurs et les cartes on voit Lasnèlaz, ce qui semble être une erreur. On pourrait alors prononcer Lass'nèle mais surtout pas Lanela, "à la parisienne". Le nom de ce secteur de Chevrier est sans doute assez récent. Il est cependant déjà attesté au XVIIIè siècle. A l'origine, on disait "Chez les Bégots". Peut-être s'agit-il du surnom d'une famille qui habitait là. C'est une ancienne dîmerie. On a coutume de dire que ce nom est d'origine burgonde, ce qui ferait remonter au plus haut Moyen-Age. Mais cette hypothèse est controversée. Vient de "biolle" qui, en dialecte local, signifie "bouleau". Il y avait sans doute beaucoup de bouleaux dans ce village autrefois. C'est une ancienne dîmerie. Comme Loisinges, c'est peut-être un nom d'origine burgonde, C'est une ancienne dîmerie, autrefois appelée "Margny", ou "Marnier". Comme la plupart des noms savoyards terminés par "-y" ou par "-ier", ils dériveraient de l'association d'un nom de personne (souvent d'un grand propriétaire gallo-romain) et de la terminaison gallo-romaine "-iacum" (devenue "-y" ou "-ier") indiquant que l'endroit appartenait à ce personnage. Marny est peut-être ainsi "la propriété de Marinius.".
Le Crêtet
Vient logiquement de "crête" mais, selon d'autres sources, ce nom dériverait lui aussi de "creux". La topographie contredit un peu ces deux hypothèses. Vuret
Autrefois écrit "Vurey", c'est une ancienne dîmerie. Ainsi appelle-t-on la plaine qui s'étend entre Navilly, le Marais, les Bégauds et la départementale 2. C'est un nom très courant dans toute la région (par exemple Les Fins à Annecy, La Fin à Reignier). Il vient du latin "finis" : limite, borne, frontière. Certains spécialistes, comme Paul-Louis ROUSSET, pensent qu'il s'agissait des limites entre les terres des grands propriétaires gallo-romains et celles qui furent concédées aux Burgondes après l'arrivée de cette peuplade germanique dans notre région aux alentours de l'an 450. Si, comme d'aucuns le pensent, Loisinges est un nom d'origine burgonde, on peut rêver et imaginer que des Burgondes se soient installés dans ce secteur tandis que les Gallo-romains se regroupaient de l'autre côté des Fins ! Attention, ce n'est peut-être pas sérieux...
Pour terminer, on peut signaler une
caractéristique de ces "villages" : la relative
stabilité, jusqu'à la dernière guerre,
des populations qui les habitaient. Ainsi, Augusta Laphin,
la doyenne de Pers-Jussy, descend-elle de la famille
évoquée plus haut et dont la présence
remonte au XVIè siècle. Quand on compare
l'État des âmes de 1766 et les recensements
nominatifs du début du siècle, on retrouve les
mêmes patronymes, par exemple Péguet, Pittet et
Laphin dans l'ensemble "Épineuse-Les Pittet", Roguet,
Gerine, Constantin dans l'ensemble "Le
Four-Combloux-Marjolin".
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Les Contamines Nom donné au secteur où se trouve implantée la zone d'activité commerciale à Jussy. Il vient du terme "condominium" et signifie soit "terre faisant partie du domaine seigneurial et exempte de charges", soit "terre indivise entre deux propriétés nobles". Nom donné au secteur où se trouve l'ancienne fruitière d'Épineuse. Il vient du latin Fagus : fayard, hêtre. Sans doute y-avait-il là une hêtraie. Nom donné à une terre de Jussy. Il vient d'une technique culturale appelée culture en hutins. Elle consistait à faire périr les arbres d'un terrain en les écorçant pour faire grimper des plants de vigne sur les troncs morts. Il devait donc y avoir de la vigne dans ce secteur. Ceci n'a rien d'étonnant : en Savoie, la culture de la vigne était autrefois beaucoup plus développée qu'aujourd'hui... En arrivant à Jussy, le Ruisseau du Châble change de nom et devient le Ruisseau de Vuarapan qui coule parallèlement à la D2 avant de se jeter dans le Foron tout près du viaduc du chemin de fer. D'où vient ce nom ? Selon notre président d'honneur, Maurice ROSSET, "Vuarapan" serait une déformation de "Vuard à pont" ou de "Vua à pont". Dans notre province, le mot "vuard" désigne soit un étang soit un terrain marécageux. "Vua" quant à lui dérive de "gua", le gué. (ainsi la commune de Saint-André-le-Gaz, dans l'Isère, est en fait Saint-André-le-Gua)*.
Jusqu'au siècle dernier, les
rives du ruisseau du Vuarapan, au niveau de Jussy,
étaient très marécageuses et un long
pont en bois enjambait cette zone qui était donc un
"vuard" à pont, ou peut-être tout simplement un
"vua" à pont !
En consultant naguère les archives du château de Cevins, Maurice Rosset a trouvé une anecdote à propos de ce pont : au siècle dernier, Claude Chambet, de Jussy, y fut attaqué nuitamment par un "bohémien", individu qu'il réussit à mettre en fuite. Dans les registres de décès de la paroisse de Pers on trouve également une allusion à ce ruisseau : "Le dix-neuf mars mil sept cent trente, Nicolas, fils de feu Girard De La Crosaz, s'est noyé en Vayrapan, en venant de Reignier et a été enterré le jour suivant à Jussy". Sans doute le malheureux voulait-il traverser à gué le ruisseau qui, en cette saison, devait être en crue (l'enneigement était beaucoup plus important qu'aujourd'hui et, en mars, on était en pleine péride de fonte des neiges). * Pensez au "passage du Gois", route qui, à marée bass, relie Noirmoutier au continent On donne ce nom au ruisseau plus ou
moins intermittent qui prend sa source à Ornex, du
côté de La Montanière, passe à La
Crosaz puis descend vers Jussy où il se jette dans le
Ruisseau de Vuarapan. Selon madame Gaby Naville (1906-2003), ce nom serait lié à une
légende. |