SAINT ANTOINE ET LA VOGUE DE JUSSY
Article paru dans le bulletin n° 27

Maurice ROSSET, notre Président d'honneur, évoque ci-dessous une coutume bien oubliée : la vogue de Jussy.

Dans l'ancien calendrier, St-Antoine apparaissait le 17 janvier et, traditionnellement, c'était la vogue de Jussy, bien oubliée aujourd'hui. Avec six Jussiens, j'ai participé par hasard à la dernière célébration de cette fête patronale. Beaucoup d'eau a coulé dans le Nant de la Fenne, depuis que, étant venu à la sépulture de je ne sais plus qui, je fus invité après l'office par Edmond Métral à une petite fête intime chez Arsène à Gustin (1). Bientôt, Oui-Oui au Marin (2), Jean Mieusset (des Chaussures) (3), Ernest Chambet, son beau-frère, et Marcel à Rénon (4) vinrent nous rejoindre.

La femme d'Arsène apporte alors un superbe et succulent gâteau qui fut dégusté et arrosé de mousseux. Puis on rappela des souvenirs, chacun parlant du passé, de personnes disparues...
Hélas ! ce fut la dernière célébration de la Vouga à Diessy : en quelques mois décédèrent la plupart de mes compagnons. C'est pourquoi j'ai tenu à évoquer ce souvenir émouvant.

Revenons à Saint-Antoine, dont la belle statue en bois sculpté figurait en bonne place dans la petite église de Jussy. À Ia Révolution,elle fut cachée dans le foin de la grange de Jean-Pierre Constantin, dit au Marin, ainsi que le beau crucifix qui figure aujourd'hui contre un pilier droit de l'église actuelle de Pers.
On ne sait comment la statue vint trôner jusqu'à la fin du XXè siècle dans le hall du château de Cevins. Plusieurs curés de Pers demandèrent à ce qu'elle vienne prendre place sur I'autel de Ia nef gauche, remplaçant le Saint Antoine de plâtre sans valeur et sans beauté... Démarches inutiles et le Saint Patron de Jussy partit un jour en Bretagne dans les bagages du fils de la Baronne.
Mais il avait longtemps tenu son rôle local, car chaque année avaient lieu les trois processions des Rogations auxquelles participait la statue du saint portée sur un brancard. Le cortège passait par les Verdel, poussait jusqu'à la croix d'Ornex et redescendait vers le pont du Beule... Le chemin était pentu et glissant, si bien qu'une certaine année, raconte la Mayon au Frère (5), on abandonna le brancard à l'endroit scabreux pour charger la statue sur les épaules d'un paroissien robuste. Mais celui-ci, au cours de la descente, aperçut soudain une pièce d'argent qui brillait dans la boue. II se pencha pour la ramasser, un peu brusquement sans doute, car notre saint lui passa par dessus la tête et chut devant son porteur qui s'écria : "L'shancre ! é l'a viu avant met" (Le cochon ! Il l'a vu avant moi !).

Et c'est ainsi que la pente en question est devenue "Champ Tiuainet" alors que le chemin a pris le nom de "Chemin de San Tiuainet''.

Maurice ROSSET

(1) Arsène Duverney
(2) Louis Constantin, boucher à Annemasse
(3) Marchand de chaussures à Annemasse, époux d'une Chambet de Jussy
(4) Marcel Chambet, maire de Pers-Jussy, de 1965 à 1977 et père de notre ami René Chambet
(5) Marie Dubouloz

 

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