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Octobre arrive, on dirait que ça veut pleuvoir et pourtant, y en a encore bien à faire. C'est le moment d'atteler la belgique derrière les boeufs pour lupper dans les étroubles. Après, pour préparer les labours, il faudra enrayer et remonter la terre avec un tombereau ou même avec une lotte. Heureusement, en cette saison, y a plus de tavans, plus de tônes, juste quelques mouchillons. En revenant des champs, je me suis encoublé en bortant contre une pierre j'ai trombèlé et j'ai bien failli tomber. J'ai même brétolé pendant un moment. C'est normal, après avoir eu les pieds toute la journée dans le diot, je sentais la fatigue. Et pourtant, il faut pas s'écouter : dans quelques jours, il faudra bien que je mette la batyule à l'épaule pour aller semer. Et puis, il y a les imprévus. Quand la Colombe a vélé, j'ai d'abord vu que le béton avait une drôle d'allure : elle était malade et elle a crevé dans la nuit. J'aurais dû faire venir tout de suite un sagati pour la débiter. Au lieu de çà, on l'a encrottée. Le veau, on l'a nourri en l'emboquant, en l'engorzelant. Il est venu tellement goulu qu'il a fallu lui mettre un panier.
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le semeur portait en bandouillère |
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Ce tantôt, je voulais émotter un fayard mais la Tine m'a demandé de lui arracher deux ou trois patnailles pour la soupe. J'ai pris un larron mais le manche locatait et les dents ont failli émaquer. D'habitude, j'aime bien sa soupe, à la Tine, surtout quand elle y met des fajoules fraîchement éguernées. Mais hier soir, sa soupe, elle était toute engalotée et j'ai trouvé qu'elle sentait un drôle de goût. C'était à cause du lard qui était trop rance. Après la soupe, je mange souvent du séré et un bon bout de tomme bien céronnée, mais il ne faut pas trop que j'en mange, ça me met la brûle. Ce que j'aime bien c'est la crache, quand la Tine a fait fondre une matole de beurre. C'est presqu'aussi bon que les greubons. Ah ! la Tine, elle est bien un peu pirate, elle écorcherait un pou pour avoir la peau et, si je vais au café pour payer une picholette aux amis, elle me fait des reproches. Mais elle fait du bon manger : quand je ramène une lièvre de la chasse, elle nous la prépare en civet dans la coquelle. Mais moi, la viande que je préfère, c'est le bouilli. Pour les douceurs, ça serait la confiture d'amborzales. Ce soir, en sortant de l'école, les enfants sont passés à l'épicerie. Avant eux, il y avait la Zette, une vraie barjaque qui enchaplait avec la Zélie. Quand ils l'ont vue, les enfant ont dit : "Elle est mais là, celle-ci". Cette femme, c'est un vrai charcot, qui ne pense qu'à faire des crasses. Et avec ça, simple comme un cul de panier dévetté ! Les gamins en ont peur, ils craignent de se faire emphysiquer. Mais au fond, elle et son mari, c'est des pauvres gens qui tirent l'andrille : ils vivent tout sur leur jardin et il leur manque toujours dix-neuf sous pour faire un franc. En attendant d'être servis, les enfants ont regardé une réclame pour du chocolat, pendue après le mur.
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Larron = outil à dents fortes et recourbées Locater = avoir du jeu Émaquer = échapper, cèder, lâcher Fajoules = haricots Éguernées = égrenées Engalotée = grumeleuse Trop que j'en mange = Que j'en mange trop Mettre la brûle = donner des brûlures d'estomac |
Matole = motte Greubons = résidu du lard dont on a extrait le saindoux Enchapler = battre sa faux (ici, en terme imagé, c'est parler à jet continu) Mais = encore Un charcot = une femme repoussante de laideur Faire des crasses = faire des méchancetés Emphysiquer = jeter un sort Tirer l'andrille = tirer le diable par la queue Après le mur = contre le mur |
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L'épicière leur a mis une demi-livre de café dans un cornet et a plié trois savons dans un journal. Après çà, ils ont traîné sur la place pour voir des balouriens et leur roulotte. La fille est rentrée toute seule, elle a fini par avouer que son frère était resté en arrière pour fumer des ouables. Quand il est arrivé, je lui ai flanqué un de ces éveillons ! Une bonne trifouillée de temps en temps, ça n'a jamais fait de mal. à personne. Pour les punir, je suis allé greuler le noyer et les ai obligés à ramasser les noix. Cet hiver, à la veillée, ils s'occuperont à les guermailler pendant que les femmes manderont le chanvre. Après la soupe, le sommeil
m'a pris et je me suis aboché sur la table pour faire un petit
clopet
pendant que la Tine était à la vaisselle avec
la patte à
relaver. Elle m'a dit
d'aller au lit. Alors, j'ai cotté la porte de la cuisine et je suis monté
à la chambre. J'ai quitté mes
linges
et me suis couché. La Tine avait mis une
fourre
propre au traversin et j'ai dormi comme un plot.
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Balouriens = romanichels, saltimbanques Greuler = secouer Guermailler = monder |
Clopet = somme Cotter = fermer à clé Les linges = les vêtements Fourre = taie
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A.D.
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